LA BIBLE JUGÉE AU NOM DE LA MORALE PAR VOLTAIRE
Or, comment assimiler au vrai Dieu ce Dieu d'Israël qui dicte à Moïse tant de lois inhumaines, qui patronne tant de révoltantes injustices, qui réprouve Saïil pour avoir épargné le roi Agag, et qui décide le pieux Samuel à couper ce malheureux en morceaux?
Gomment voir des élus de Dieu dans un Abraham qui livre sa femme à Abimélech, en échange d'une somme d'argent; dans un Jacob qui escroque à Esaù le droit d'aînesse ; dans un David qui, après avoir lié des rapports adultères avec Bethsabée, scelle une si coupable union, d'où plus tard sortira Jésus, par le meurtre du mari de cette femme, et qui, à son lit de mort, consacrant ses derniers moments à une pensée de vengeance, recommande à son fils de tuer ce même Siméi à qui il avait solennellement juré qu'il ne le tuerait pas?
Gomment reconnaître l'inspiration divine dans un livre qui montre Dieu présidant aux plus honteuses barbaries ; où, en diverses occasions, Dieu ordonne aux chefs du peuple, par la bouche de ses prophètes, d'anéantir leurs ennemis, en mettant à mort non seulement les hommes, mais encore les femmes, les enfants à la mamelle, et aussi les bœufs, les brebis, les ânes et les chameaux qui leur appartiennent; où Dieu impose à un Jephlé d'avoir à lui immoler sa propre fille, de par cette loi atroce du Lévitique prescrivant que tout être voué au Seigneur ne puisse être racheté et meure de mort; où Dieu ôte impitoyablement la vie à cinquante mille hommes parce qu'ils ont vu l'arche sainte; où Dieu, voulant punir David d'avoir fait le dénombrement du peuple, lui donne à choisir entre le déshonneur de fuir lui-même devant ses ennemis, ou bien une famine générale, ou bien une peste générale ; puis, d'après le
choix de David, fait expier au pauvre peuple la faute du roi par une peste qui, en un seul jour, tue soixante-dix mille hommes?
Admettre que ce pêle-mêle de choses horribles ou absurdes est l'œuvre sainte de Dieu et le vivant témoignage d'une révélation divine, n'est-ce pas faire injure à la conscience et au bon sens?