V. — AMMON, ABBE A NITRIA
(mort vers la fin du ive siècle.)
Amnion se marie et vit dans la continence avec sa femme. Les deux époux se séparent après une union de dix-huit ans. Ammon s'établit dans le désert de Nitria. Il s'y assemble peu a peu une nombreuse communauté ; vie et occupation des religieux, hospitalité qu'ils exercent. La communauté cherche une solitude plus profonde dans le désert de Cellia. Antoine voit en esprit la mort d'Ammon.
« Seigneur, qui demeurera dans votre tabernacle ? Celui qui vit sans tache » Ps. XIV, 1-2.
Dans une maison de campagne, non loin d'Alexandrie, un jeune homme de vingt-deux ans était assis près d'une jeune personne, à laquelle il expliquait le septième chapitre de la première épître aux Corinthiens. Ce chapitre traite des avantages de la virginité sur l'état du mariage, privilèges que l'Apôtre résume en ces mots : « Une vierge s'occupe des choses du Seigneur, afin d'être sainte de corps et d'esprit (1 ); » et en ceux-ci : « Cependant, elle sera plus heureuse si elle demeure vierge (2). » Ces deux jeunes gens étaient en habits de fête, et portaient une couronne de fleurs sur la tête , comme c'était la coutume aux noces, — car ils allaient être unis par le mariage. Le jeune homme s'appelait Ammon. Il était d'une famille riche et considérée ; orphelin dès son jeune âge, un de ses oncles lui avait fait donner une éducation soignée, afin qu'il pût un jour briller dans le monde. Mais la
(IjV. 34. (2)V. 40.
grâce s'empara si puissamment et sitôt de cette ame, que le monde, son bonheur et son éclat, n'eurent aucun appât pour elle. Les richesses, les honneurs, les jouissances et les plaisirs l'eloignèrent au lieu de l'attirer. Son oncle, homme trèsdroit du reste, vit cela avec grand chagrin, et pensa que le mariage serait le meilleur moyen de jeter Ammon dans un autre courant d'idées. Sans consulter son neveu, il conclut un mariage entre celui-ci et la fille d'un homme Irès-considéré. Ce fut seulement après que tout fût arrêté et convenu, qu' Ammon apprit l'arrangement de son oncle, qu'il aimait et honorait tendrement comme un fils bon et reconnaissant. Les âmes pures sont menées sûrement par la main de Dieu, Ammon se soumit extérieurement. Mais la grâce fut si grande en lui, qu elle passa aussi à sa fiancée, et 1 élan de son ame fut si sublime, qu'il éleva la fiancée au-dessus des choses de la terre. Après qu'Ammon eut lu ce que saint Paul, inspiré par l'Esprit-Saint, a écrit sur la virginité, et ce que le divin Sauveur a dit du royaume céleste, comme nous l'apprend le XIX^ chapitre de l'évangile selon saint Matthieu, la jeune fille sentit aussi s'allumer dans son cœur les flammes de l'amour divin, et tous deux convinrent de vivre dans la continence. Ammon aurait souhaité se consacrer aussitôt à la vieerémitique ; mais il n'osa prendre cette résolution sans le consentement de sa femme. Celle-ci, inquiète de son sort si Ammon la quittait, le pria de ne point se séparer d'elle immédiatement. Ammon y consentit, et ils commencèrent et continuèrent pendant dix-huit ans, une vie tranquille, paisible et angélique. Ils habitaient une maison de campagne agréable, entourée de grands jardins, dont la culture formait 1 occupation constante d'Ammon. Il consacrait des soins particuliers à un jardin de balsamiers, parce que cet arbrisseau, comme la vigne, doit être cultivé, taillé et élagué à grand'peine, pour qu'il distille la résine précieuse et odorante, qui sert à préparer l'encens et certains médicaments. Sa femme conduisait