XII.— SAINTE MACRINE
Sa giand'mère, Macrine l'ancienne. Ses parents, saint Basile et sainte Emilie. Son enfance, son éducation, ses fiançailles, sa consécration à Dieu. Ses vertus. Son couvent. Ses souffrances. Sa mort.
Méditez sur les choses du ciel, non sur celles de la terre. (Ccl. III, Sî.)
Nous voyons d'une manière frappante, dans ]a famille de saints à laquelle appartiennent les deux saintes Macrine, quelle influence ont sur les enfants l'exemple des parents et l'éducation chrétienne. La première des deux, mère de cette race bénie, naquit à Néo-Césarée, dans le Pont, h l'époque où le saint évéque Grégoire-le-Thaumaturge y faisait des miracles, et ce saint prêtre y bénit le petit agneau du troupeau de Jésus-Christ, dès sa plus tendre enfance.
Sainte Macrine se choisit pour époux un homme qui lui était égal en noblesse d'origine et de sentiments, et qui lui apportait ce qu'elle donnait elle-même, des trésors de bonheur et de vertus. Ce couple pieux fut terriblement éprouvé par la persécution de l'empereur Dioclétien, continuée avec fureur par l'empereur Maximin. Ils furent privés de leurs biens ; leur fortune fut confisquée et ils durent s'enfuir dans les forêts ihontagneuses du Pont, où, longtemps, ils errèrent sans secours; là, ils éprouvèrent une extrême misère, mais ils la supportèrent avec un tel courage et leur exemple affermit tant de chrétiens dans la foi, qu'on les considérait comme de pieux confesseurs de cette foi, et que l'on regardait Macrine comme
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une sainte. Un jour plus favorable se leva enfin pour le christianisme ; les fidèles persécutés rentrèrent en possession de leurs biens; Macrine et son mari, après avoir réglé leurs affaires, se retirèrent dans le Pont, où ils passèrent le reste de leur vie, entourés de la considération que donne une grande vertu unie à une grande richesse. Ils donnèrent à leur fils unique Basile, une éducation telle qu'on pouvait l'attendre de parents aussi éclairés, et le jeune homme sut si bien en profiter, qu'il devint bientôt, par son esprit, ses vertus et sa science, lobjet de l'admiration de tous ; tous ces dons se développèrent tellement dans Basile que, non-seulement l'Eglise le considère comme un saint, mais que Dieu lui donna une sainte pour femme et une famille de saints pour enfants. Il épousa une jeune personne nommée Emilie, dont les idées s'étaient d'abord tournées vers la vie religieuse ; mais les circonstances ou les desseins de Dieu en décidèrent autrement. Elle fut de bonne heure orpheline ; son père périt victime de la barbarie de l'empereur Licinius et sa mère mourut de chagrin. Sa rare beauté et ses erands biens attirèrent à l'entour d'elle une foule de prétendants qui l'eussent plutôt enlevée de force que de la laisser paisiblement se retirer dans le cloître. Les troubles du temps ne lui offrant aucune chance de protection, elle choisit Basile pour époux et lui apporta en mariage de grands biens dans la Cappadoce. Dieu bénit cette union par la naissance de dix enfants, desquels, trois fils devinrent saints et évoques, savoir : saint Basile-le-Grand, archevêque de Césarée , saint Grégoire , évéque de Nice et saint Pierre, évéque de Sébaste. L'aîné de ces enfants était une fille qui reçut le nom de son aïeule, Macrine ; elle était comblée des grâces célestes : son esprit, fort, plein d "élan, profond, faisait l'édification de ses frères, ces colonnes de l'Eglise: son cœur était si rempli de fortes affections, que la famille entière se reposait sur ce saint attachement ; son intelligence, absorbée dans les choses de Dieu, rayonnait de
SCS lumières ; une grande beauté de formes et une touchante douceur de manières, ajoutaient à ces grandes qualités celle d'un charme entraînant.
Emilie s'occupa de cette enfant avec une affection sans bornes ; presque jamais, elle ne s'éloignait d'elle ; elle se fit sa bonne, et plus tard, son institutrice. Elle ne souffrit pas que les facultés intellectuelles de l'enfant fussent impressionnées par les productions fantastiques des poètes, ni que sa mémoire se chargeât de poésies, selon l'usage du temps. Elle nourrit son esprit de choses saines et fortes par la lecture des saintes Ecritures appropriées et rendues compréhensibles h son enfance. Macrine apprit par cœur, avec la plus grande facilité elle plus grand plaisir, le livre de la Sagesse et les psaumes, et elle trouvait dans le chant de ces hymnes divines tant de bonheur qu'elle en accompagnait tous ses travaux et toutes ses occupations. C'était son premier chant le matin ; c'était son dernier chant le soir ; il errait sur ses lèvres, tandis qu'elle se livrait à tous les ouvrages de femme, dans lesquels elle excellait.
Son intelligence et sa beauté se développèrent ainsi de bonne heure h un haut degré, dans cette atmosphère si pure de la piété, et elle avait à peine douze ans que son père la fiança à un jeune homme qui s'efforçait de marcher sur ses traces dans la voie de la perfection. Mais il mourut peu de temps après ses fiançailles. Macrine considéra cet événement comme l'expression de la volonté du Ciel et se décida à rester vierge. Elle rejeta toute autre recherche disant que, comme la mort n'est qu'un long voyage et non une séparation éternelle, elle reverrait l'homme à qui son père l'avait fiancée et que, par conséquent, elle ne pouvait se lier à aucun autre. Elle sembla, dès lors, ne plus vivre que pour Dieu, tandis qu'elle remplissait ses devoirs avec une telle exactitude et avec un tel dévouement, qu'il semblait que toutes ses pensées fussent concentrées sur sa famille. Son père mourut l'an 342, préci-
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sèment à la même époque où son plus jeune frère Pierre venait au monde. Emilie se trouva plongée dans la plus vive douleur, lorsqu'elle vit mourir son époux, qui lui laissait le soin de l'éducation de dix enfants, dont laînée, Macrine, avait, à peine, atteint sa quatorzième année. Emilie eût succombé, sans doute, à de tels soins et à un pareil fardeau, si elle n'eût eu à ses côtés .\ïacrine, dont la fermeté et la pénétration, bien au-dessus de son âge, l'affection et la tendresse, bien audessus des devoirs qu'elle remplissait dans sa famille, ne lui fut venue en aide. Macrine se chargea du soin de son petit frère, qui grandit, entouré de sa sollicitude, comme elle l'avait été de celle de leur mère. Elle prit aussi sur elle la direction si difficile de leurs propriétés immenses, qui, consistant en biens fonds, se trouvaient disséminés dans les trois provinces du Pont, de la Cappadoce et de la petite Arménie. En même temps, elle se dévouait à sa mère, dont la santé était altérée à un tel point, qu'elle l'habillait elle-même et qu'elle faisait elle-même le pain qu'elle aimait. Emilie n'avait, avec ses enfants et son ménage, que la joie en partage ; sa fille en gardait pour elle-même les soucis et les travaux. Inépuisable d'affection, de tendresse, de consolations pour sa mère, dont elle était, pour ainsi dire, la sœur spirituelle, elle était en même temps la mère spirituelle de ses frères et sœurs ; elle dirigeait l'éducation de son jeune frère Pierre, et après avoir veillé sur son enfance, elle devint son maître dans l'adolescence. Elle ne voulut pas que l'esprit pur et innocent de l'enfant s'occupât de sciences profanes. Elle lui fît d'abord étudier, comme elle l'avait fait, les choses de Dieu et les saintes Ecritures à fond, et lui apprit de bonne heure à s'adonner à la prière et à la méditation, en même temps qu'il apprenait, parla mortification, à combattre ses passions naissantes, et, par la soumission, à faire plier sa volonté.
L'aîné des frères, le grand Basile, revint d'Athènes, dans le Pont, qu'habitait sa famille, l'an 355, et il en rapportait ce dédain profond et vaniteux, qui peut surprendre parfois le
génie, lorsque, jeune encore, il a su acquérir des trésors de science et d'érudition, sans s'être exercé dans la vertu évangélique de l'humilité. Basile n'avait que vingt-six ans, et déj^, la renomn:iée avait parlé si haut de sa sagesse et de sa rare intelligence, que la ville de Néo-Césarée lui fit la proposition de le mettre h la tète de tous les établissements d'instruction qu'elle contenait ; toute la population même se porta à sa rencontre, lors de son entrée dans la ville pour lui faire la même prière. Basile refusa; il se trouvait au-dessus des charges et des dignités ; il se sentait appelé plus haut; il était altéré de gloire, de l'éclat d'un nom immortel ; il désirait ardemment l'admiration des plus distingués d'entre ses contemporains et de la postérité.
Macrine vit avec peine ces dispositions dans la noble ame de son frère, car, un tel dédain n'était pas celui que nous commande l'Evangile ; ce mépris du monde, par amour de Dieu, qui n'est pas celui auquel nous porte un sentiment de satisfaction, lorsqu'on a la conviction de sa propre excellence. Elle lui fît remarquer avec douceur quel danger il pouvait résulter pour lui de cette satisfaction de lui-même ; Basile, alors, pour nous servir de ses propres expressions, s'éveilla, à la lumière de l'Evangile, comme d'un profond sommeil, abandonna l'orgueilleuse sagesse humaine, et entreprit, à travers l'Egypte, la Palestine, la Syrie et la Mésopotamie, un voyage dont le but était d'aller étudier auprès des ascètes, la sagesse divine, afin de se mettre, en la suivant, véritablement au-dessus du monde. Tandis qu'il accomplissait son projet, Macrine, de son côté, s'exerçait fortement au renoncement dicté par cette sagesse. Ses sœurs se trouvaient toutes mariées; ses frères, ou suivaient les écoles, ou avaient embrassé une carrière qui lui ôtait tout souci de leur mariage. Macrine proposa à sa mère de fonder un couvent où elle pût, dans une retraite paisible, se vouer entièrement au service de Dieu. Emilie y consentit d'autant plus volontiers, qu'elle voyait se