SAINTE MACHINE
réaliser le vœu de sa jeunesse. Sa fille éleva donc ce couvent dans une de leurs propriétés du Pont. Il était situé près du fleuve Iris, dans le diocèse de lévéque d'ibora. A un quart de lieue i» peine du couvent, se trouvait une église, consacrée aux quarante martyrs, ces guerriers qui, sous l'empereur Licinius, reçurent la mort pour la foi à Sébaste, en Arménie. Emilie avait f\iit apporter, dans cette église, les reliques de ces soldats de Jésus-Christ, dont Dieu avait manifesté la sainteté par des miracles pendant le transport de leurs reliques. Macrine était directrice du couvent ; de pieuses veuves et vierges, en partie amies ou parentes d'Emilie, en partie ses servantes, composaient l'association dont Macrine était l'ame, comme elle avait été celle de sa famille. Toutes vivaient dans la plus parfiiite égalité et la plus jurande concorde, sans qu'il fût jamais plus question des rapports antérieurs. Toutes les choses nécessaires à la vie étaient en commun : l'habillement, la nourriture, le coucher étaient de même pour toutes. Leur jouissance consistait dans le renoncement ; leur richesse dans la privation de tous les biens terrestres; leur gloire à vivre oubliées du monde. A certaines heures du jour et de la nuit, on entendait l'air retentir du chant des psaumes, et le temps s'écoulait, partagé entre la prière, le travail manuel, de pieuses lectures et la méditation.
En 358, le cœur d'Emilie fut déchiré par la mort subite de son second fils. Il se nommait Naucrate ; ce noble jeune homme, beau, plein d'esprit, bien élevé, instruit, était le frère chéri de Macrine ; toutes les carrières lui étaient ouvertes, les succès les plus brillants l'attendaient. Mais non ; à l'âge de vingt-deux ans, il fut le premier de la famille qui se sentît entraîné par l'ascétisme. Il prit son patrimoine paternel qu'il distribua aux pauvres ; il renonça à toute possession de fortune ; ne prit qu'un arc et des flèches et se rendit dans une forêt, près du fleuve Iris, où il se bâtit un ermitage. Son compagnon, celui qui voulut partager avec lui cette vie dure
et sauvage, fut son esclave fidèle, nommé Ghrysaphe, qu'aucune peine ne put séparer de son maître. Non content des dinicultés d'une telle existence, Naucrate recueillit dans sa solitude deux vieillards, dont il soignait les infirmités, et pourvoyait à leur nourriture, en bon chasseur. ïl mena cette vie pendant cinq ans ; et un jour, on le trouva mort, avec son fidèle Ghrysaphe, dans la forêt. Emilie pensa succomber de douleur. Mais Macrine fit passer dans son ame les sentiments divins qui l'animaient elle-même, et la fit se réjouir du bonheur dont jouissait ce frère sitôt parfait et l'engagea, en fortifiant son ame, à se soumettre entièrement à la volonté de Dieu. Elle avait fondé, non loin de leur propre couvent, un couvent pour des hommes pieux qui voulaient, dans une paisible retraite, se vouera la sainte méditation. Ce fut dans ce couvent que fut élevé le dernier enfant d'Emilie, et lorsque Basile revint de son voyage et qu'il se fut retiré dans un endroit solitaire de la forêt, il se chargea de la conduite spirituelle de ce couvent et lui donna une règle que lui-même avait composée. Macrine eut alors la sainte joie de voir ce noble frère marcher dans le chemin de la perfection, pour laquelle était si bien faite sa belle ame. Bien qu'il devînt bientôt prêtre et que Dieu l'appelât à combattre pour la foi par sa parole, par ses écrits et par ses actes ; bien que, plus tard, il fût appelé au siège épiscopal de Césarée et que, dans toutes les positions, il pratiquât toujours les vertus de son état, cependant, la sainte solitude resta toujours le but de ses désirs, et le saint ascétisme, le moyen par lequel il garda son ame dans une sainte paix, au milieu de l'agitation du monde.
Vers cette époque Macrine fut atteinte d'une terrible maladie : un cancer menaça sa vie. Emilie eut recours à tous les médecins et sa fille employa ponctuellement tous les remèdes prescrits; mais hélas! en vain. Ce triste mal faisait des progrès de plus en plus grands. Elle était cependant aussi calme, aussi gaie, aussi empressée au travail, aussi assidue à la