‹ Les pères du désertChapitre 17 sur 41 · SAINTE MACHINE · texte numérisé non relu

SAINTE MACHINE

prière qu'elle l'eût jamais été, et supportait, avec un visage riant, les douleurs qui la torturaient. Cependant Emilie était profondément affligée. Elle ne pouvait croire que Dieu lui demandât le sacrifice de cette enfant. Ne comptant plus sur la science des hommes, elle espérait d'autant plus en la miséricorde de Dieu, et elle commença h le prier nuit et jour d'éloigner d'elle ce calice. Et lorsqu'elle eut été ainsi absorbée dans cette prière qui fait violence au ciel, pleine de confiance en celui qui veut être prié avec cette ardeur confiante, elle fit sur sa fille malade le signe de notre rédemption ; la puissance de la croix vainquit le mal et Macrine fut guérie.

Mais arriva le jour qui devait être le dernier d'Emilie. Certes, il arrivait trop tôt pour le cœur aimant de sa fille, mais il arrivait à temps pour épargner à la tendre mère la douleur de survivre à son fils Basile, qui mourut le 1" janvier 379, à peine âgé de cinquante ans. L'ame de Macrine les suivit dans le ciel ; elle distribua ce qui lui revenait de leur succession aux pauvres ; elle traitait son corps avec la dernière rigueur; elle le regardait désormais comme un cachot qui retenait son ame désireuse d'une liberté éternelle. La prière était son seul délassement. Son plus jeune frère Pierre vint diriger le couvent d'hommes fondé par sa mère et sa sœur et consola cette dernière par son affection fraternelle, affection que les ordres sacrés qu'il avait reçus, rendaient plus forte et plus sainte.

Mais, depuis huit ans, ils n'avaient plus vu leur troisième frère, le saint évêque de Nice, Grégoire, que la tempête, soulevée par l'arianisme, tenait éloigné de son troupeau. Les hérétiques poursuivaient avec ardeur les catholiques, mais, particulièrement, les évêques qu'ils ne pouvaient entraîner dans l'erreur. Vers la fin de l'année 379, Macrine tomba dangereusement malade ; précisément à la même époque, il se tint, à Antioche, un concile auquel Grégoire assista. Enfin, il osa, en quittant cette ville, se rendre dans le Pont et aller visiter les

deux couvents qui lui étaient si chers. Connme c'était l'usage, les moines vinrent à sa rencontre en cérémonie et le conduisirent au couvent de Macrine, où les religieuses l'attendaient avec impatience, dans l'église ; elles reçurent avec une silencieuse humilité sa bénédiction et se retirèrent. Grégoire vit alors que la supérieure ne se trouvait pas parmi elles. Il se fit conduire auprès d'elle et la trouva malade dans sa misérable cellule. Son lit était une planche, son coussin un bloc de bois creux et sa couverture un lourd cilice. Ce misérable grabat était tourné vers l'Orient, afin que Macrine pût prier dans une position convenable. Son frère resta avec elle toute la journée, et ils causèrent ensemble de la mort de Basile ; Grégoire en parlait avec une amère douleur, mais Macrine en parlait comme d'un esprit dont les ailes déployées l'emportaient à la rencontre de sa glorification. Elle parla d'une manière si admirable de la volonté de Dieu, si digne d'adoration ; de son amour, qui nous envoie des souffrances ; de la dignité si élevée de l'ame et de l'état auquel elle est appelée; des délices de la vie éternelle, que Grégoire écrivit, sous l'inspiration de cet entretien, un «Traité sur l'ame et la résurrection. » Vers le soir, lorsque l'on sonna « l'ofifice des lampes, » tel était le nom que l'on donnait alors aux vêpres, Macrine envoya son frère à l'Eglise, et pria seule sur son lit de douleur. Le jour suivant, il se hâta, de grand matin, de se rendre auprès d'elle et s'aperçut bientôt qu'elle n'avait plus longtemps à vivre. Elle fit effectivement, peu à près, le signe de la croix et rendit sa belle ame à Dieu. On ne trouva, dans toute la maison, ni robe, ni manteau, ni drap pour couvrir ces saints restes d'une manière plus décente. « Elle n'avait que cette pauvre robe d'uniforme, » disait, en pleurant, Vestiana, noble veuve, qui dirigeait la communauté, pendant la maladie de Macrine. Alors Grégoire jeta son manteau sur cette dépouille mortelle et il ôta à Macrine un anneau de fer avec un morceau de la vraie croix, qu'elle avait toujours porté sur son cœur. Il donna

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