XIH. — LA BIENHEUREUSE MARANE ET LA BIENHEUREUSE CYRE
(mortes dans le Ve SIÈCLE.;
Ces deux jeunes filles, riches et distinguées, de Béroé en Syrie, mènent une vie d'austère pénitence, dans une espère de prison pour l'amour de Jésus-Christ.
0 L'ame désire ardemment ton nom et ton souvenir. » Is.me. XXVI, 8.
Le pieux et savant évêque Théodoret de Cyre, en Syrie, mort en 4o7, raconte, dans son « Histoire de ceux qui aiment Dieu, » plusieurs faits relatifs à de saints hommes qu'il avait connus, ou sur l'histoire desquels il avait recueilli des documents sûrs ; et à d'autres, qui avaient vécu à une époque telle-
ment rapprochée de la sienne, que leur vie et leurs vertus étaient encore présentes c'i l'esprit de chacun. Il visita les ascètes qui, soit en solitaires, soit cloîtrés, vivaient ensemble dans la Syrie, dans la Cilcsic cl dans la Palestine. Il parle à ce sujet de deux femmes ascètes qui vivaient déjà depuis vingt-deux ans lorsqu'il les vit, dans cette vie de pénitence ; et lui, qui avait tant de fois vu la force des pénitences que pratiquaient ces saints solitaires, en fut épouvanté. «Depuis que le Seigneur Jésus a honoré la pureté virginale, en choisissant une Vierge pour sa mère, écnt-il, le champ toujours vert de la virginité est sans cesse émaillé de milliers de fleurs, qui croissent pour leur Créateur seul. » La femme, comme l'homme, peut pratiquer cette vertu dans toute sa perfection, de même qu'elle peut atteindre celle de la vie spirituelle. Car, la difiérence qui existe entre l'homme et la femme, n'existe que pour la vie naturelle ; dans l'ordre de la grâce, dans l'ame et dans la foi, il n'y en a pas. Les femmes n'ont pas moins à combattre que les hommes pour conquérir le royaume des cieux, et elles ne sont que plus dignes de louange, si, malgré leur nature délicate, elles soutiennent le combat contre l'homme, et effacent ainsi la faiblesse et la honte d'Eve. Le saint apôtre Paul écrit : « En Jésus-Christ, il n'y a ni homme ni femme ; et c'est pourquoi le Dieu de miséricorde n'a qu'un ciel pour ses fidèles soldats. »
Marane et Cyre étaient filles de parents très-riches et trèsconsidérés à Béroé, en Syrie. Elles étaient amies d'enfance, et la force des lieng qui les unissaient ne provenait pas de la gloire de leur naissance, ni de la richesse de leurs parents, ni de la considération dont ceux-ci jouissaient dans le pays, ni de la bonne éducation qu elles avaient reçue, ni de la richesse de leurs vêtements, ni de leur parure ou d'autres bagatelles semblables ; elle venait de leur brûlant amour pour Celui qui les avait aimées le premier d'un amour éternel. Tous les plaisirs de la jeunesse, toutes les jouissances