‹ Les pères du désertChapitre 21 sur 41 · LA B. MARANE ET LA B. CYRE · texte numérisé non relu

LA B. MARANE ET LA B. CYRE

joug du Seigneur, si doux et si léger, était si grande, qu'elle les porta à faire voir que l'amour ne connaît pas de fardeau. Elles prirent des chaînes de fer si pesantes, qu'un homme fort n'eût pu les porter qu'avec peine, en suspendirent une à leur cou, et s'en attachèrent une autre autour du corps ; ces deux chaînes étaient si longues, qu'elles pendaient jusqu'à terre ; puis, elles s'en mirent également aux pieds et aux mains, et au-dessus de toute cette parure, elles jetèrent un long voile qui descendait par-devant jusqu'à la ceinture, et qui, par derrière, les enveloppait complètement. Dans ces ornements de fiancées, elles attendaient lEpoux de leurs âmes. Et qui était cet époux? c'était Jésus-Christ dans la prison ; Jésus- Christ dans les liens ; Jésus-Christ en la puissance d'une vile populace. Sa captivité dans la chair d'abord, dans les souffrances ensuite : tel était le mol de l'énigme d'amour que l'homme sensuel ne peut vraiment pas deviner. Cyre, qui était d'une complexion délicate, ne pouvait presque pas soutenir le poids de ses chaînes. Elle était toujours plongée dans une sainte méditation, et jamais un étranger ne l'entendit parler. Marane parlait aux femmes par la petite fenêtre extérieure ; et les femmes, dans leurs diverses peines,, s'adressaient à ces héroïnes du Christ ; ceci n'avait lieu, cependant, qu'au saint temps de la Pentecôte; elles" demandaient alors leurs prières, afin d'obtenir du Saint-Esprit l'inspiration de ce qu'elles devaient faire pour le salut de leurs âmes. Hors de là, les deux recluses observaient le silence le plus strict. Bien que leur dépense fut excessivement restreinte , elles gardaient encore toutes les deux, trois fois par an, un jeûne de quarante jours, et un autre de vingt-un jours.

Plus tard, 1 esprit de mortification leur inspira l'idée de visiter les saintes stations de Jérusalem, et elles entreprirent ce voyage de vingt jours en silence, priant et jeûnant pendant tout le temps; et elles rapportèrent de ce pieux pèlerinage, un plus grand amour et une plus grande joie pour souffrir. Elles

firent une autre fois une visite du même i>enre au tombeau de sainte Thècle, h Séleucie, en Isaurie. Elles rentraient dans leur effrayante cellule, animées de plus en plus de leur œuvre de pénitence. Mais leurs souffrances ne les touchaient guère; leur ])rière n'était qu'une extase h peine interrompue.

« J'ai vu plusieurs fois ces servantes de Dieu, écrivait Théodoret, car, pour honorer le caractère de prêtre dont j'étais revêtu, elles me permettaient l'entrée de leur retraite. Le même motif les faisait se rendre à mes pressantes prières et déposer, pendant le temps que durait ma visite, les chaînes pesantes qu'elles portaient, et sous le poids desquelles je craignais toujours de les voir succomber. Elles vivent cependant, depuis vingt-quatre ans, dans cet état, et malgré cette rigueur, elles sont aussi zélées et aussi ardentes dans leurs pénitences que si elles venaient de les commencer. Elles ont toujours devant les yeux, d'un côté, les souffrances et l'amour; de l'autre, la beauté et la gloire de leur divin Epoux, et dans l'attente de la récompense qu'il leur a promise, elles accomplissent leur course sans fatigue, ne faisant attention ni à la chaleur ni au froid, ni à la faim ni à la soif, ni aux torrents de pluie ni aux ardeurs du soleil, ni à la douleur ni à la lassitude; car, au bout de leur course, elles voient' leur Bien-Aimé avec l'immortelle et céleste couronne. Et, comme enivrées d'une liqueur du saint amour, tous les désirs de leurs âmes s'envolent de la terre vers Dieu. »

Si les Maries agissent ainsi, que doivent faire les Magdeleines?

SAINTE thaïs. 305

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