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leurs du péché ; et si ce salaire est fort peu de chose en comparaison de mes fautes ; vous ferez bien en mesurant les autres d'après vous, c'est-à-dire, en regardant les méchants aussi pour des bons ; car, c'est une chose dangereuse de juger les autres. » Il disait en terminant : « Bonne Aselle, modèle des âmes vierges, chastes et pures, pensez à moi devant le Seigneur, et calmez amsi par vos prières les flots de la mer. » Sa franchise qui parfois ne gardait point de ménagement, lui avait fait maints ennemis parmi les Romains amollis, surtout parce qu'il flétrissait d'une manière inexorable, le relâchement dans la vie religieuse, plus encore, s'il était possible, que dans la vie civile : c'est ce qui explique les paroles que nous avons rapportées.
L'influence considérable que Marcelle avait acquise s'étendait au delà du cercle des personnes de sa famille qui désiraient leur salut ou voulaient avancer dans la perfection. A cette époque, l'origénisme troublait l'Eglise. Rufin, le savant prêtre d'Aquilée, avait traduit un ouvrage du grand Origène,
— le Pen'a/'cAo/i, c'est-à-dire, les principes fondamentaux,
— dans lequel étaient exprimées des opinions que la doctrine catholique condamne comme erronées, et qui n'en étaient pas moins regardées par les aveugles partisans d'Origène, comme appartenant à l'enseignement catholique. Voici quelles étaient les principales de ces opinions : l'enfer n'est pas éternel ; les âmes ont existé avant les corps ; les anges déchus seront rétablis dans leur dignité primitive ; le paradis n'est que la représentation figurative du ciel ; l'homme ne ressuscitera pas dans le même corps. De son vivant, le grand et pieux Origène avait affirmé que les copistes de ses nombreux écrits avaient agi avec fort peu de conscience et occasionné beaucoup de méprises, exploitées par des hommes inquiets, remuants et avides de nouveautés; tes méprises l'avaient placé lui-même sous un faux jour, et avaient scandalisé les uns et ébranlé les autres. C'est ce qui arrivait aussi alors. On voulait, à l'aide de l'éclat
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du nom célèbre d'Origène, donner une sanction dogmatique aux propositions que nous avons citées. Saint Jérôme s'opposa résolument à ces erreurs, bien qu'il fût un grand admirateur d'Origène, et, depuis de longues années, l'ami de Rufin d'Aquilée ; il lui suffisait que l'Eglise réprouvât ces erreurs pour les combattre, d'autant plus qu'il les voyait reçues et adoptées par des laïcs, des prêtres et des moines, et que, d'Orient, elles se répandaient même jusqu'à Rome. Plus le nom d'Origène répandait d'éclat, plus était terrible l'arme que l'hérésie s'en faisait contre ceux qu'Origène lui-même aurait certainement combattus. Alors, en effet, l'Eglise n'avait point encore fait connaître la décision de l'Esprit-Saint sur les propositions dont il s'agissait. Et ce n'est pas l'erreur qui fait l'hérétique, mais son obstination volontaire contre l'Eglise, que le Fils de Dieu a fondée sur la terre, lorsqu'il a dit : « Celui qui vous écoute ni'écoute. »
Peu de temps après le départ de saint Jérôme, Marcelle avait perdu sa mère chérie Albine. Cette dame quoique réellement vertueuse n'avait pu rompre les liens de la chair et du sang qui l'unissaient à sa famille ; aussi sa fille n'ayant pas j)erpétué sa race, elle laissa toute sa fortune aux enfants de son frère. Marcelle aurait vivement désiré cette fortune pour la consacrer à ceux qui étaient dans le besoin ; elle supporta cette privation avec patience pour ne pas affliger sa mère ; Dieu, dans son amour sans bornes, remplit le souhait de la sainte ame de Marcelle, carPammaque, neveu de celle-ci et un des héritiers d'Albine, versa dans le sein des pauvres sa part d'héritage, après l'avoir considérablement augmentée. Aselle devint supérieure d'une communauté de femmes nouvellement converties; elle contribua extraordinairement, par ses instructions, à répandre la foi dans Rome, où Palladius la vit au commencement du V" siècle. Il admira son zèle et rapporte que plus d'un Romain, excité et encouragé par ses exhortations, s'était converti au catholicisme. Marcelle se
retira de plus en plus du monde et quitta son palais de l'Aventin pour habiter un petit JDien de campagne qu'elle possédait dans un faubourg de Rome. Lorsque l'origénisme vint répandre le trouble jusque dans celte ville, elle se donna les plus grandes peines pour éloigner les brebis galeuses du troupeau de Jésus-Christ, et pour opposer une digue à l'erreur. 11 était difficile de découvrir la trace des hérétiques, car le Périarchon avait été traduit sous le voile de l'anonyme ; ceux mêmes qui en admettaient les principes, prétendaient encore être de vrais croyants et.de bons catholiques, parce que, d'après eux, ces principes n'attaquaient point ce que le christianisme a d'essentiel et de fondamental; ils suivaient en un mot la tactique mise en œuvre par la plupart des hérétiques. Le pape Sirice lui-même se laissa circonvenir par ce faux raisonnement sur ces dangereux efforts des origénistes. Mais Marcelle ne resta pas inactive dans le silence de sa retraite. La foi catholique était en danger au lieu même où les apôtres saints Pierre et Paul l'avaient annoncée et étaient morts pour elle ; des âmes imprudentes se laissaient éloigner de cette foi, de laquelle on ne peut rien retrancher, ni à laquelle on ne peut rien ajouter, parce qu'elle a été révélée vraie et pure. Marcelle s'ingénia par toutes les voies et par tous les'moyens en son pouvoir, à détourner l'orage de dessus la partie la plus précieuse du domaine de Jésus-Christ ici-bas. Elle employa la plus grande prudence, la plus grande réserve, et elle parvint à découvrir des personnes dignes de foi, qui témoignèrent qu'elle avait été instruite par tel ou tel dans les erreurs origénistes. Les hérétiques purent ainsi être mis en jugement et leur doctrine condamnée.
Parmi les personnes pieuses avec lesquelles Marcelle était liée, elle en avait distingué une, à. laquelle elle servit de mère en même temps que d'amie. C'était Principie. Elle s'était attachée à Marcelle dès sa jeunesse. Principie était une orpheline issue d'une maison patricienne distinguée, car saint
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Jérôme lui écrit : « Rome entière se rcjouil Je ce que vous avez trouvé une mère et Marcelle une fille. » Liée à cette pupille chérie, Marcelle s'occupa constamment d'oeuvres pieuses, spirituelles et corporelles ; elle atteignit une vieillesse avancée, dont les derniers jours ne furent pas exempts de troubles et de peines. Le roi Alaric avec ses Goths se répandit comme un torrent dévastateur en Italie et jusque sous les murs de Rome. L'empereur Honorius était à Ravenne,où il se livrait à un de ses amusements favoris : il engraissait ses poules. Les courtisans adulateurs qui l'entouraient se risquaient si peu à le troubler dans ce délassement impérial, qu'ils ne prononcèrent pas une seule fois en présence d'Honorius le nom barbare d'Alaric ; ils lui dirent encore moins que ce roi et les barbares assiégeaient Rome. On était en 410. Ce fut un horrible siège. La famine et la maladie régnaient dans la ville, que la trahison livra aux mains d'Alaric le 24 août. Il la livra au pillage et les barbares y promenèrent le feu et le fer. Alaric et ses Goths étaient ariens. Cependant, ils avaient un tel respect pour les saints apôtres Pierre, et Paul, qu'Alaric donna ordre de respecter comme des refuges sacrés pour les fuyards, les deux basiliques élevées l'une sur le Vatican et l'autre sur la grand'route d'Ostie. Ce respect des ariens pour les deux disciples du Sauveur, respect qui se rencontrait chez eux avec le mépris du Sauveur lui-même, montre l'inconséquence de l'esprit humain, dès qu'il se soustrait à la foi catholique. L'ordre d'Alaric fut observé par les Goths ivres de leur victoire et avides de butin, avec une rigueur digne d'étonnement, et qui se fait remarquer par vingt traits, dont nous ne rapporterons que le suivant. Une vierge vouée à Dieu depuis de longues années , avait mis en sûreté dans sa maison les vases sacrés de la basilique de saint Pierre, et attendait, en priant, ce qu'il plairait à Dieu de faire advenir. Un Goth, officier d'un grade élevé, pénétra chez elle avec ses soldats. Ils ne lui firent aucune offense, et lui intimèrent seule-
ment de livrer son or, son argent et ses bijoux. Elle répondit qu'elle avait en effet de grands trésors, qu'elle allait leur montrer. Elle les conduisit dans sa chambre où se trouvaient les magnifiques vases qu'elle avait enlevés. La multitude de ces vases, leur poids et leur travail jetèrent les soldats goths dans l'étonnement. « Ces vases appartiennent h saint Paul, leur dit la vénérable vierge ; comme je n'ai pas la force de les défendre, il m'est impossible de les garder. Prenez-les donc si vous en avez le courage. » L'officier envoya un de ses soldats avertir Alaric de la découverte qu'il venait de faire ; le roi ordonna que les vases sacrés, la vierge qui les gardait et tous les chrétiens qui voudraient se joindre à elle, fussent conduits sains et saufs à la basilique du prince des apôtres. Le Vatican étant à l'autre bout de la ville, ce cortège solennel traversa Rome, au milieu du tumulte de la guerre. Les chrétiens portaient avec grand respect et grande vénération les vases sacrés qui leur sauvaient la vie. Ils marchaient au milieu d'une double haie de soldats tenant l'épée nue ; Romains et Goths chantaient les louanges de Dieu ; et plus grand était le nombre des fugitifs qui se joignaient au cortège, plus était grand l'empressement des soldats à ouvrir leurs rangs protecteurs. Comment ces hérétiques eussent-ils ainsi respecté les calices et les vases sacrés, s'ils n'eussent ressenti la vérité frémir dans leur ame: car ces calices avaient renfermé le corps et le sang de Jésus- Christ ?
Marcelle s'était retirée dans son habitation pendant ces jours de terreur. Elle craignait d'autant plus pour Principie, (ju'elle craignait moins pour elle-même. Le tlot des troupes arriva jusqu'à elle. \^es soldats voyant l'étendue et la magnificence de l'habitation, jugèrent qu'elle devait renfermer des trésors. Aussi Marcelle, lorsqu'elle montra ses vêlements modestes et qu'elle affirma ne posséder rien autre chose, fûtelle sr j)eu crue, que, pour toute réponse, on la maltraita à coup de bâtons. Mais elle n'y fit point attention et demanda
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la faveur de ne pas être séparée de sa fille. Dieu toucha le cœur de ses bourreaux, qui firent conduire Marcelle et Principie à la basilique de saint Paul. Marcelle chanta un cantique d'action de grâce, et remercia Dieu de ce que la captivité ne l'avait point appauvrie mais trouvée déjà pauvre, et de ce que Pnncipie était sauvée. Peu de jours après, elle s'endormit dans les bras de sa fille adoptive, et rendit sa belle ame à Dieu, sans maladie et sans agonie.