XXI. — LA BIENHEUREUSE FABIOLA
(morte en 400,1
Elle se sépare de son premier mari et en épouse un second. Elle se soumet a la pénilence publique et se convertit glorieusemenl a Dieu. Elle fonde le premier hôpital a Rome et y serf comme domestique. Elle va à Jérusalem et se lie d'amitié avec saint Jérôme ; elle retourne a Rome et v meurt.
« Je serai agré.ible au Seigneur dan.s la terre des vivants.» Ps. CXIV,9.
Moins parfaite dans ses premières années que sainte Marcelle, Fabiola, noble dame romaine, se convertit cependant à Dieu d'une manière si absolue, que son esprit de pénitence n'en devint pas moins un modèle admirable pour tous ceux qui s'efforçaient de sauver leur ame. Dans la biographie que saint Jérôme a faite de cette sainte femme, il la propose comme un exemple de la miséricorde de Dieu, qui éclaire aussi et attire, par sa grâce, ceux qui, tout en suivant l'erreur, sont de bonne foi, afin qu'ils retrouvent la voie droite. Les mœurs, les usages, les opinions païennes, régnaient dans Rome infidèle ;
ils envahissaient même les clirétiens que mille liens de famille et d'amilié ratlacbaieDl aux idolAlres. Une personne catholique était quelquefois entourée de toute une famille païenne ; on voyait aussi parfois le contraire. Quand la lumière pure de la vie chrétienne voulait éclairer les païens et leur communiquer les rayons de la vertu des saints, elle se trouvait arrêtée par l'atmosphère étouffante qui éblouissait ces infortunés : l'homme sensuel, eût-il le nom de chrétien, est toujours un païen. Depuis la chute d'Adam, c'est-à-dire, depuis la prévarication de 1 homme contre la loi que Dieu lui avait révélée, aucune relation ne produisit plus de perversité que celle des sexes entre eux, surtout dans le mariage, qui devait cependant être la plus belle et la plus noble expression de celte relation. L'histoire des quatre siècles qui précédèrent le christianisme est pleine des abominations qui attirèrent le déluge sur 1 humanité prévaricatrice, et qui, hélas! jaillirent encore des hautes eaux, après que le monde eût été renouvelé. Ni le courroux de Dieu, ni les pluies de soufre, ni le déluge, ni la ruine de Sodome mentionnée dans les saintes Ecritures, ni celle de l'Atlantide dont parlent les anciens Grecs, rien ne mit une digue aux iniquités sans nom qui envahirent la terre entière et firent des rapports entre l'homme et la femme quelque chose de monstiueux qui échappe à toute dénomination. Mais le sang de Jésus-Chrisl et son amour firent ce que ne purent faire le déluge et le courroux de Dieu : ils réalisèrent l'idéar perdu et frayèrent la voie qui y conduit.. Voilà ce qu'opéra le fils de Dieu. 11 dit aux Juifs : « La séparation vous était permise, à cause de la dureté de votre cœur; il n'en était pas ainsi au commencement. » Celui qui accomplit tout commandement, qui imprima jusques dans les pensées la miséricorde du Samaritain, l'amour de ses ennemis, la pauvreté volontaire, la pureté du cœur, celui-là tira aussi la divine loi du mariage de la fange dans laquelle il était descendu et foulé aux pieds. Il la couvrit de la grâce du sacrement, et saint
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Paul nous prouve coni'oien le Seigneur regardait ce sacrement comme sublinio et sacré, lorsqu'il compare l'union matrimoniale entre l'homme et la femme, à l'union qui existe entre Jésus-Christ et son Eglise. Jésus-Christ e^l l'homme surnaturel, et il place, le mariage sur un sol surnaturel, parce qu'aussitôt qu'il quitte ce sol, il court risque de se dépraver sans mesure et de jeter de nouveau l'humanité dans le gouffre empesté de l'immoralité. Si au contraire le mariage se maintient à cette hauteur idéale, elle reste la figure de l'union de Dieu avec son Eglise, et produit une génération bénie, une génération de salut pour le temps et pour l'éternité. Il va de soi que la mort seule peut dissoudre ce mariage, parce que son essence intime est l'union contractée par deux personnes dans la grâce et cimentée dans le sang de Jésus-Christ. Il va aussi de soi, que le paganisme n'a pas connu cette constitution du mariage et que les sectes séparées de l'Eglise ne la connaissent pas davantage ; car elle pèse h l'homme charnel.
Le saint temps de carême de l'année 390 offrit à Rome un spectacle rare et bien propre à toucher les cœurs. Le peuple vit parmi les pénitents publics qui imploraient, devant la basilique de Saint-Jean-de-Latran , la faveur d'être de nouveau admis dans la communauté des fidèles, une dame romaine du nom de Fabiola, dame distinguée, considérée, immensément riche, issue de l'antique race de Fabius. Vêtue d'habits de pénitente et sans sandales, les cheveux épars et la figure en pleurs, la tête et le cou couverts de cendres, et les mains remplies de poussière, elle implorait, agenouillée par terre et versant un torrent de larmes brûlantes, la grâce d'être réconciliée avec Dieu par une pénitence salutaire. Le pape Since, le clergé, la noblesse, le peuple romain, tous virent, édifiés et émus, dans cet acte expiatoire, combien le repentir d'un cœur bon peut être profond et oublieux du monde, lorsque ce cœur sort de son aveuglement. Fabiola avait été mariée de bonne heure à un homme qui menait une conduite tellement impie, qu'il
lui paraissait impossible (le rester avec lui. Elle était fort jeune et croyait ne pas devoir supporter des offenses aussi grandes que celles dont il s'était rendu coupable envers elle. Sa délicatesse de femme lui interdisait de se plaindre; elle prit plutôt ti sa charge la faute de leur dissension, et quitta la maison de son mari, pour retourner dans sa famille. Rome entière connaissait du reste la conduite scandaleuse de cet homme. Après avoir vécu quelque temps chez ses parents, elle crut pouvoir, en droit et en justice, contracter un second mariage, parce qu'elle ne s'était pas séparée de son mari, poussée par l'inconstance, la légèreté ou quelque aveugle passion, mais forcée par la mauvaise conduite de son mari. La loi civile permettait ces secondes noces à Fabiola, et elle ignorait la loi évangélique qui les interdit aussi longtemps que le premier époux vit. Peut-être Fabiola ne voulait-elle pas connaître cette seconde loi; du moins agit-elle inconsidérément. Quoi qu'il en soit, elle se remaria et elle vivait fort contente depuis plusieurs années avec son second mari, lorsque la mort le lui enleva. Ces tempêtes du cœur, qui causent souvent tant de douleur, sont souvent très-salutaires, parce qu'elles détachent le cœur des penchants terrestres, et lui ouvrent la voie pour suivre une autre direction plus élevée : c'est ce qui arriva à Fabiola. La perte de son mari lui mit devant les yeux la vanité de tout bonheur ici-bas, et la folie d'acquérir ce bonheur au prix des biens éternels. Quel bien est plus grand que la grâce de Dieu?et quelle douleur plus grande que celle de savoir qu'on l'a perdu par l'aveuglement de l'amour-propre? Lorsque ce bandeau tomba des yeux intérieurs de Fabiola, elle reconnut aisément l'énormité de la faute dont elle s'était rendue coupable aux yeux de Dieu, et elle entra avec le plus grand courage dans la voie du salut, qui devait la conduire le plus tôt possible, à sa réconciliation avec Dieu. Elle accepta volontairement la pénitence publique, à laquelle les dames de son rang se soumettaient difficilement. Elle avait conçu une telle douleur d'avoir offensé