LA BIENHEUREUSE FABIOLA
ÏJieu et d'avoir donné un scandale public, (|ue rien ne pouvait rinimilier davantage que l'humiliation qu'elle ressentait, en se reconnaissant coupable. Après que Fabiola eût accompli l'acte extérieur de la pénitence et qu'elle eût été revêtue de la pureté des enfants de Dieu, on vit quel fondement le repentir sincère avait creusé pour sa conversion. « Il sera beaucoup pardonné à celui qui aime beaucoup (1 ). »
Ces paroles du Sauveur s'appliquaient à Fabiola ; car celui qui lui avait tout pardonné devint le bien-aimé de son ame. Dès le jour qu'elle eut trouvé le bien suprême, elle renonça pour jamais aux jouissances du bien-être et de la gloire, qui l'avaient entourée dès son enfance, et se cacha dans la sombre hutte de la pauvreté volontaire. Son zèle pour le jeûne, l'aumône, la prière, l'humilité, marchait d'un pas égal, de sorte que la mortification extérieure n'était que le reflet de la mortification intérieure. Elle quitta pour jamais les beaux vêtements, les étoffes précieuses, les toiles fines, les perles et les bijoux ; elle se couvrit de vêtements grossiers, sans attacher la moindre importance à celte privation, toujours si dure à une femme élevée dans des habitudes de mollesse. « Il est cependant plus facile, dit saint Jérôme, de renoncer aux diamants qu'à l'orgueil. Celui qui a fait fi de l'or et de l'argent deviendra peut-être orgueilleux de ses modestes habits, et la louange des hommes sera la récompense de sa pauvreté. Mais Fabiola éleva directement ses pensées vers la gloire et le bon plaisir de Dieu. et ne se laissa pas surprendre par le sentiment qui porte l'homme à se complaire. » Sa libéralité ne connaissait d'autres bornes que celles de ses ressources, et la parcimonie dans l'aumône lui paraissait indigne de l'élève d'un Dieu fait homme, qui s'était donné tout entier à nous. La grande ville de Rome était trop étroite pour la libéralité de Fabiola. Elle conviait tout l'univers, par ces paroles de son
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bien-aimé : « Venez ù moi, vous qui ôles fatigués. » Elle voyagea par toute l'Italie ; elle rechercha les communautés religieuses qui y llorissaient alors; elle se rendit auprès des ermites qui menaient la vie des anachorètes de l'Orient, dans les Apennins, sur les rivages de la mer et dans les îles voisines ; et le but du voyage de Fabiola n'était autre que celui de porter secours là où il en était nécessaire. Et si elle donna beaucoup, elle fît encore davantage. Ce fut Fabiola qui fonda le premier hôpital à Rome ; elle y recevait les malades, les pauvres et les nécessiteux de toute espèce. Elle-même fut la première servante de cet hôpital, et la fille des anciens consuls et sénateurs romains se fit la domestique des pauvres de Jésus-Christ. Elle lavait de ses propres mains des ulcères dangereux ; elle pansait des blessures sanglantes ; elle essuyait le front ruisselant des malades à l'agonie; elle retenait entre ses Ijras ceux que les spasmes agitaient ou qui se tordaient dans les convulsions; elle leur préparait une couche, elle leur apportait des potions adoucissantes, elle leur procurait une nourriture fortifiante ; elle agissait en tout avec une si inexprimable charité, que ceux qui quittaient l'hôpital guéris, désiraient retomber malades pour être soignés par Fabiola. « Il y a, je le sais, dit saint Jérôme, beaucoup de riches qui témoignent de la miséricorde pour les pauvres ; mais ils se servent de mains étrangères. Ils donnent leur argent mais non leurs services personnels ; leur cœur n'y est pour rien, parce que l'aspect du malheur leur inspire du dégoût et les rend malades. Je ne veux pas blâmer cette faiblesse et l'appeler dureté. Qu'il me soit cependant permis de l'estimer moins que le zèle de la vraie charité, que la foi parfaite, que le courage rehgieux. «Mais tout cela ne suffit point à l'esprit de pénitence qui animait Fabiola. Le sacrifice sans partage lui parut un échelon encore plus élevé de la perfection. Celui qui agit saintement surpasse celui qui donne saintement : celui qui est saint les surpasse tous deux. La grande arae de Fabiola brû-