LA BIENUEUREL'SE FABIOLA
lait du désir de s'offrir en holocauste d'amour pur, aux lieux saints de l'Orient ; elle brûlait du désir de vivre, pour Dieu, de la vie la plus rigoureuse des anachorètes, et de vivre d'aumônes pour l'amour de lui. Elle avait, selon sa coutume, déjà envoyé de magnifiques présents en Palestine, lorsqu'elle se proposait d'aller à Jérusalem. Ses amies et ses parents lui déconseillèrent ce voyage et cherchèrent à la retenir à Rome.- Elle ne put s'y résoudre à cause du luxe, de la dissipation et de l'orgueil mondain qui la poursuivaient ù Rome, bien qu'elle se fût isolée dans sa pauvreté : elle soupirait après la solitude, comme le prisonnier après la liberté. Elle s'embarqua et arriva heureusement, en 395, à Jérusalem, où s'était déjà répandue la réputation de sa vie vertueuse, et où elle fut accueillie avec joie et vénération. Saint Jérôme eut occasion de la connaître, de l'apprécier à Jérusalem et à Bethléhem. Comme toutes ses saintes et célèbres contemporaines, Fabiola avait l'éducation intellectuelle tellement développée que l'étude fondamentale des saintes Ecritures devint son occupation de prédilection. «Elle parcourut avidement les prophètes, les psaumes, les évangiles, dit saint Jérôme ; elle faisait des demandes sensées; elle imprimait les réponses dans le fond de son cœur ; elle ne voyait dans la science qu'un moyen de reconnaître ses erreurs. Un jour que nous avions devant nous le livre des Nombres, elle me fit beaucoup de questions sur les tribus et les familles israélites : elle fut satisfaite de mes réponses. Elle voulut savoir aussi la signification relevée et secrète des campements des enfants d'Israël pendant leur fuite dans le désert, de l'Egypte au Jourdain. Je dus lui avouer mon ignorance ; mais Fabiola insista si fortement sur l'explication de ces secrets, que je ne pus lui refuser d'étudier cette matière. Et de même que je lui ai dédié mon opuscule de l'explicalion des ornements sacerdotaux, ainsi je veux offrir l'explication de quarante-deux campements du peuple d'Israël, à Fabiola, cette sainte femme qui a voyagé à travers
le désert du monde, et qui a atteint plus tôt que moi les demeures éternelles.»
Malgré la joie que Fabiola éprouvait de s'adonner à de telles études sous un Ici maître, elle exécutait constamment son dessein de mener une vie retirée. Fabiola savait par cœur l'écrit que saint Jérôme avait adressé à Héliodore, qui avait été le compagnon de sa solitude, écrit dans lequel il l'engageait i revenir dans le désert qu il avait abandonné, écrit qui fut si hautement approuvé et qui trouva par conséquent aussi tant de contradicteurs, parce que les œuvres sans consistance reçoivent seules bon accueil chez le grand nombre, composé de gens superficiels. Dans cet écrit, saint Jérôme demandait à Héliodore : « Que fais-tu dans le monde, toi qui es plus grand que le monde? » Et cette demande ne sortait point de l'esprit de Fabiola. Jérôme se chargea de chercher et de choisir une retraite qui convînt h cette ame extraordinaire, que Dieu conduisait par des voies extraordinaires. Avant qu'il y fût parvenu, les irruptions des barbares Isauriens jetèrent l'anxiété et l'effroi dans l'Orient ; pillant, ravageant, ils franchirent, avec la rapidité de l'éclair, les défilés du Taurus, et se répandirent dans l'Asie-Mineure ; ils dévastèrent horriblement la Svrie, et menacèrent la Phénicie. On disait qu'ils convoitaient surtout la Palestine et Jérusalem. Antioche était déjà assiégée, et Tyr renouvelait ses fortifications. Le peuple courait vers la côte, montait sur les navires, et attendait la première alerte, pour prendre le large. Le danger était surtout grand pour les femmes, que les barbares enlevaient et transportaient plus avant dans le pays. Dans des circonstances aussi difficiles et aussi incertaines, Jérôme crut prudent de conseiller à Fabiola de retournera Rome, et de chercher l'hospitalité où elle l'avait si généreusement exercée; il lui conseilla de pratiquer la pauvreté dans la ville 011 elle avait été si riche auparavant, d'y mener, au milieu des souvenirs de sa splendeur passée, une vie aussi mortifiée