‹ Les pères du désertChapitre 8 sur 41 · PAUL DE THÈBES · texte numérisé non relu

PAUL DE THÈBES

vénérable patriarche. Ils pensaient si peu à nourrir leur corps, que la nuit était arrivée, lorsqu'ils tombèrent d'accord lu rompre le pain en commun, en tenant chacun le morceau qu'il avait en main. Ils puisèrent ensuite à la source et burent un peu ; puis , ils se mirent en prière et veillèrent toute la nuit.

Le lendemain matin, Paul dit : « Mon frère Antoine, je savais depuis longtemps que vous viviez dans le désert, et Dieu m'avait promis que je vous verrais avant ma mort. Maintenant, l'heure de ma délivrance approche, et il vous envoie vers moi, afin que vous couvriez mon corps d'un peu de terre. Voyez, combien il est bon. — Restez encore quelque temps sur la terra, ou prenez-moi avec vous, » s'écria Antoine, en conjurant le saint vieillard, au milieu d'un torrent de larmes. « Vous ne devez pas chercher ce qui vous est agréable, répliqua Paul. Cela serait heureux pour vous, et je vous souhaiterais de suivre, dès aujourd'hui, le divin Agneau, mais votre vie et votre exemple sont encore nécessaires à nos frères. Persévérez donc. Quant 5 moi, comme un bon fils, vous m'enterrerez; et, si vous ne craignez pas la fatigue, allez chercher le manteau que l'évéque Athanase vous a donné, et faites-en mon linceul. » Il était parfaitement indifférent au saint vieillard d'être enterré avec ou sans ce manteau; il voulait épargner à Antoine la douleur de le voir expirer, et peut-être aussi rendre témoignage qu'il voulait vivre et mourir en communauté de foi avec Athanase, alors persécuté par les Ariens. Antoine s'étonna de ce que Paul savait d' Athanase et du manteau, adora en lui l'œil pénétrant de Dieu, baisa, silencieux et pleurant, les mains du patriarche, et se remit en route pour remplir le dernier vœu du vieillard. Antoine lui-même était parvenu à un âge très-avancé et son corps était complètement exténué de jeûnes et de veilles ; cependant, il se sentit animé d'une vigueur juvénile, et, sans repos ni retard, il se hâta de regagner sa montagne de Colzim

près (le la mer Rouge. Deux de ses disciples, qui étaient depuis longtemps auprès de lui et qui lui rendaient avec plaisir de petits services d'amitié, vinrent joyeux au devant de lui et s'écrièrent : «0 père, où ôtes-vous resté ces jours-ci ? » Au lieu de répondre, Antoine se frappa la poitrine et dit : « Malheur à moi, pauvre pécheur ! C'est faussement que je porte le nom d'anachorète! il ne m'appartient pas ! Je le sais maintenant, car j'ai rencontré Elie dans la solitude et Jean dans le désert, j'ai vu Paul dans le paradis. » En disant ces paroles, il courut à sa cellule et prit le manteau. Ses disciples demandèrent de pouvoir lui faire encore une demande, mais Antoine leur dit : « 11 y a un temps pour parler, et un temps pour garder le silence. » Et il se retira aussi calme qu'il était venu, espérant encore voirie saint vieillard en vie. Mais le lendemain matin, une vision lui apprit que Paul avait quitté la terre, car il vit le ciel s'ouvrir et des troupes d'anges recevoir l'ame rayonnante de l'anachorète; Antoine tomba la face contre terre, se couvrit la tête de poussière, et s'écria : «OPaul, pourquoi me quittez-vous sans me dire adieu ? je n'avais point pris congé de vous. Ah! que je vous ai connu tard, que je vous ai perdu tôt ! » Pendant le restant de sa route, il vola plutôt qu'il ne marcha. Arrivé à la grotte, il eut un moment la douce illusion de trouver encore Paul en vie, car le saint vieillard était à genoux, priant dans son attitude habituelle, sous le palmier. Il avait cependant cessé de vivre, et Antoine s'en aperçut lorsque, s'agenouillant à côté de lui, il n'entendit plus sa respiration. Après sa mort même, le saint patriarche semblait encore rappeler la règle fondamentale de sa vie : « Prions le Seigneur en qui tout vit. »

Antoine pleurant enveloppa le corps dans le manteau en donnant toutes les marques d'une tendre vénération, et chantant les psaumes et les prières prescrites par la liturgie catholique en pareille circonstance. Il lui peinait cependant de ne trouver ni bêche ni outil pour creuser une fosse. Il délibéra

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