PAUL DE THÈBES. 9Î
sur le point de savoir si c'était la volonté de Dieu qu'il passât le restant de sa vie dans celte retraite, ou s'il devait retourner à sa grotte, prendre les outils dont il avait besoin. Deux lions le tirèrent de sa perplexité. Ils accouraient du fond du désert, la crinière au vent. Antoine, un moment effrayé, éleva son cœur vers Dieu, et attendit aussi tranquillement ces animaux que s'ils eussent été des colombes. Les lions ne firent presque point attention à lui. Ils sautèrent sur le corps, s'étendirent à ses pieds, frétillèrent de la queue, et poussèrent de sourds mugissements. Ils se mirent alors à creuser le sable avec leurs ongles et à faire une fosse large et profonde. Antoine se réjouissait du travail de ces animaux, qui se faisaient si à-propos fossoyeurs, et qui probablement, comme la louve, avaient souvent étanché leur soif à la petite source de saint Paul. Lorsque la tombe fut achevée, les lions s'approchèrent humblement d'Antoine, baissèrent la tête jusqu'à ses pieds, dressèrent leurs oreilles, léchèrent les mains de l'anachorète comme de petits chiens qui caressent leur maître et attendent en retour quelque marque d'amitié. Antoine comprit alors qu'ils voulaient être bénis par lui, et fit retentir les louangesdu Seigneur, en voyant que des animaux sans raison même reconnaissaient la toute-puissance de Dieu. «Mon Seigneur et mon Dieu, s'écria-t-il, sans la volonté duquel pas une feuille ne tombe de l'arbre, pas un moineau ne tombe du toit, donnez à ces animaux ce que vous savez et ce que vous voulez. » Il leur fit ensuite signe de s'éloigner, et les lions ayant obéi , il prit respectueusement le corps de saint Paul , le déposa dans le tombeau et le couvrit de terre. Antoine recueillit le seul objet qui formait l'héritage du grand anachorète, le rude habit de pénitent, que Paul lui-même avait fait et qu'il portait toujours : c'était un tissu de feuilles de palmiers, qui servait communément dans le monde, à faire des nattes et des corbeilles. Antoine retourna dans son couvent avec ce trésor, et raconta cet événement à ses disciples. Aux grandes fêtes de l'année, à Pâques et à la
Pentecôte, il se parait lui-môme de ce vêtement qui avait appartenu à celui qui avait le plus pérfaitement exercé la pauvreté en Jésus-Christ.
Saint Jérôme, qui a écrit cette vie, conclut ainsi : « Je vous prie, cher lecteur, de penser au pauvre pécheur Jérôme, afin que, si Dieu lui en laissait le choix, il préférât le vêtement de saint Paul avec tous ses mérites à la pourpre d'un roi avec tous ses sujets et toutes ses provinces. »
Si la vie mystique est le reflet de l'Evangile dans la vie des saints, de quel sublime caractère mystique n'est donc pas empreinte cette vie dont quatre-vingt-dix ans unissent 1 innocent début et la douce fin, qui ne peut être peinte que par ces mots que saint Marc écrit de Jésus-Christ : « Et il était dans le désert auprès des bêtes féroces, et les anges le servaient. »
(25t-3bG.)
Son extraction et son éducation. L'Evangile le conduit à l'état de perfection. Il pratique les exercices spirituels. Le démon le tente. 11 se rend dans la Thébaïde et se renferme pendant vingt ans dans une tour abandonnée. Son influence sur son époque et sur toutes les époques. Ses miracles. Ses prédictions. Il se rend sur le montColzirn. Sa mort.
« 11 passa en faisant le bien. »