‹ Les pères et les enfants au XIXe siècleChapitre 10 sur 44 · LES PKRES ET LES ENFANTS · texte numérisé non relu

LES PKRES ET LES ENFANTS

femmes continuent presque seules les pratiques de piété; si elles y amènent les hommes, ce n'est qu'en les y assujettissant. Quand les maris sont faibles, ils cèdent et font leur salut malgré eux et en grondant tout bas. Quand ils sont maîtres, ils résistent et mêlent parfois la raillerie à la résistance. Quand ils sont sensés et fermes, ils demandent l'église libre dans la famille libre : chacun des époux vit à sa guise; la femme fait maigre, le mari fait gras; la femme va à la messe, le mari n'y va pas ; les exercices religieux deviennent comme une des fonctions du ménage, la maîtresse de la maison les suit pour toute la maison. Je ne parle que des ménages oîi les maris sont indifférents et les femmes raisonnables. Mais il n'en va pas ainsi entre mari philosophe et femme dévote. Deux principes sont là en présence : lorsque le mari attaque ce qu'il appelle la superstition de sa femme, il parle au nom d'une idée supérieure qu'il croit avoir de la création ; son incrédulité est une croyance. La femme irritée et peut être conseillée, traite cette croyance d'athéisme, car pour elle il n'y a qu'une foi. De là des dissentiments féconds en tempêtes; les femmes, ordinairement si

indifférentes à la politique, s'y jettent avec passion dès que la politique devient de la religion. Leur sainte colère enveloppe alors tous les grands principes de la société moderne dans ses anathèmes : elles prononcent de véritables encycliques.

Élevés au milieu de ces conflits, les enfants se partagent entre le père et la mère : les pères incrédules tiennent à ce que leurs fils fassent leur première communion. Il est vrai que la cérémonie terminée, ils ajoutent volontiers: Allons! voilà une bonne chose de faite! comme s'il s'agissait de la conscription ou de quelque autre corvée dont on est charmé d'être délivré, et à laquelle on ne se laissera plus reprendre. La jeunesse venue, les filles s'attachent chaque jour davantage aux principes maternels-, les pères, loin d'y faire obstacle, s'en réjouissent; les plus affermis dans le scepticisme auraient horreur de voir leur fille incrédule; ils sentent confusément que la piété n'est un si charmant ornement pour la jeune fille, que parce qu'elle sera un jour la plus sûre consolation et le plus ferme soutien de la femme. Quant aux fils, leur séjour au collège et l'exemple de leur père à la maison, amortissent généralement bien vite ce

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que les habitudes de leur enfance leur ont laissé de ferveur : aussi, quand leurs études terminées les ramènent définitivement dans la famille, ils y apportent trop souvent un esprit de doute, commode aux passions, et par conséquent fort incommode pour les parents.

Il y a cependant de nombreuses et éclatantes exceptions à cette règle. Dans les fainilles aristocratiques surtout, la tradition a perpétué bs habitudes de piété, tantôt comme, une conviction, tantôt comme une dernière distinction de la noblesse, tantôt même comme une opinion politique. Leurs sentiments religieux sont une sorte de drapeau qui, comme tout drapeau, représente un souvenir et peut-être une espérance. La croix, pour eux, n'est pas seulement un signe de rédemption, c'est parfois un signe de restauration. Dans cette classe se recrute cette jeune et ardente armée de fervents catholiques, qui se raUientaunom de saint Vincent de Paul, s'intitulent hardiment fils des croisés, et sonts prêts, en eflet, à toute croisade par la parole, par la plume, ou par l'épée.

Di: DEVOIR KT DU DROIT DES PARENTS. 7 9

Je n'appartiens à ce monde de l'aristocratie, ni par ma naissance, ni par mes principes.

Je suis déiste. Je dis déiste et non pas panthéiste ou libre penseur. Mon déisme n'a rien de commun avec un athéisme déguisé ou mitigé ; ce n'est pas une croyance vague en une puissance plus vague encore, une foi de complaisance ou d'indifférence, que l'on traduit volontiers par : Je crois à quelque chose. Croire à quelque chose, cela équivaut presque à ne croire à rien. Peu importe que votre intelligence accepte, pour se tirer d'embarras eu face des problèmes de l'univers, une espèce de cause première, si du reste cette cause n'a et ne peut avoir aucune influence ni sur vos pensées ni sur vos actions, ni sur votre cœur ni sur votre vie. Tel n'est pas mon sentiment. Je ne

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