DANS LA QUESTION RELIGIEUSE
Autrefois la croyance commune constituait dans la famille une force, une discipline, un lien de plus. Partout les pratiques religieuses étaient ou un acte de foi, ou une habitude, ou un calcul, ou une contenance. Tout le monde croyait ou tout le monde voulait avoir l'air de croire : les indifférents ne se dérobaient pas plus que les fîdeles-à l'usage
des sacrements. Dans toutes les classes de la société, un certain nombre d'habitudes religieuses réunissaient chaque jour tous les membres de la famille dans un même sentiment de reconnaissance pieuse et d'adoration. Tous les repas, les plus somptueux comme les plus humbles, étaient consacrés par la récitation à haute voix du Benedicite et des Grâces. La lecture de l'ancien et du nouveau testament faisait partie des plaisirs ainsi que des devoirs communs, et pour moi je ne me représente pas de spectacle plus touchant que celui du père ou de l'aïeul, rassemblant autour de lui, après la journée finie, tous les hôtes de la maison, enfants, amis, serviteurs, et, debout au milieu d'eux, laissant tomber sur tous ces fronts la bénédiction de la prière du soir. C'était l'heure des repentirs, des tendres remontrances, des réconciliations; il y avait là une admirable communion des âmes en Dieu.
Aujourd'hui ces usages n'existent plus qu'à l'état d'exception. 11 y a encore des familles religieuses, il n'y a guère plus de religion de famille que de religion d'État.
Dans les classes bourgeoises et populaires, les