‹ Les pères et les enfants au XIXe siècleChapitre 21 sur 44 · I.HS DOMIÎS 1 IQUES. 1K · texte numérisé non relu

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vaillant dix-huit heures par jour, pour soutenir de vieux parents, eu parfois élever quelqu'enfant naturel qu'un lâche a laissé à sa cliarge et qu'elle n'abandonne pas, elle que tout abandonne! Il y a ensuite le domestique intelligent, démocrate, ambitieux, qui veut monter, mais monter par la bonne route, qui lit, qui s'instruit et passe par la domesticité pour y amasser le pécule du rachat. J'ai connu le domestique d'un médecin de province, qui, tout en conduisant le cabriolet de son maître, employait le temps des visites, à lire les livres et les revues que le docteur laissait sur les coussins de la voiture. Un jour il lui dit :

c Je dois annoncer à Monsieur que je vais le « quitter.

« — Eh ! pourquoi ? Je suis très-content de « vous.

« — Je suis aussi très-content de Monsieur;

■ mais je ne puis pas rester à son service. « — Mais pourquoi !

«t — Parce que je passe demain mon premier

■ examen de médecine !

« — Hein! Et où avez-vous étudié?

« — Voilà deux ans que je prends pour les lire,

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« des livres dans la biljliothèque de Monsieur; je « choisis plutôt ceux des rangs de derrière, et « comme Monsieur n'y regarde jamais, il ne s'en - est pas aperçu. »

— Le fait est intéressant, reprit ma femme en riant, mais ce n'est qu'une exception.

— Sans doute, mais ce qui ne l'est pas, c'est ce que révèlent ces dossiers des prix de vertu.

. A côté de ces huit ou dix élus, il y en a vingt., trente d'appelés, et l'on trouve dans ces vertus moins éclatantes une foule de dévouements admirables; des domestiques servant non seulement leurs maîtres gratuitement, mais parlagéant avec leurs maîtres ruinés les gages qu'ils avaient reçus jadis de leurs maîtres riches .: adoptant leurs enfants, les soignant, les élevant! Hé bien, je te le demande 1 une classe qui, ignorante et rabaissée, apporte un tel contingent de vertus dans le budget moral de son pays, mérite-t-elle le mépris dont elle est l'objet? Ouand donc la démocratie comprendra-t-elle qu'il n'y a plus de castes? Quand donc nous dirons^nous qu'il n'y a que deux sortes de métiers, les métiers honnêtes et les métiers déshonnêtes, et

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(ju'il faut apprécier l'homme, non pas pour lu fonction qu'il exerce, mais pour la façon dont il l'exerce! Que m'importe qu'ils soient domestiques, serviteurs? Est-ce que nous ne sommes pas tous les domestiques de quelqu'un et les serviteurs de quelque chose ? L'employé n'est-il pas aux ordres de ses chefs? Le commis aux ordres de son patron? L'ouvrier aux ordres de son contre-maître? Tous les subalternes ne sont-ils pas à la merci des caprices, de l'humeur et de la santé de leurs chefs? Or, qui empêche la subordination d'èlre un avilissement, et la dépendance d'être un esclavage? Deux choses : la dignité de l'inférieur, et l'équité du supérieur. Hé bien , pratiquons l'une et encourageons l'autre ! Rayons surtout de notre dictionnaire, ce vilain mot (|ue nous prononçons sans cesse devant les domestiques, sans penser qu'il tombe sur eux comme une injure et une blessure : « Il est pJal comme un valet! Une âme de valet!... Un caractère de v(dctf... Eh! valets! valets 1 Ma chère, il y a dans ce monde des gens qui font une terrible concurrence aux domestiques dans cet emploi-là, ce sont les courtisans. La seule différence c'est (|ue leurs appointements sont

plus gros et que leur livrée est plus chère. S'il faut donc flétrir quelqu'un de ce nom, ne l'appliquez pas à des malheureux qui gagnent lin maigre salaire à la sueur de leur front, mais à ces chambellans de tous les régimes qui.... mais non, je m'arrête, j'en aurais trop à dire; je me borne à cette parole qui résume tout notre entretien. La Révolution a déclaré tous les citoyens égaux devant la loi : déclarons tous les honnêtes gens égaux devant l'estime publique.

Mon fils se leva, vint à moi, m'embrassa, et dit à sa mère : « Il a toujours raison. »

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