‹ Les pères et les enfants au XIXe siècleChapitre 27 sur 44 · LES PÈRES ET LES EM-ANTS · texte numérisé non relu

LES PÈRES ET LES EM-ANTS

gez pas de commissions, parce que ce sont

choses fort coûteuses!... » Allons! ne t'indigne pas et revenons à ton fils. Il va aimer? hé bien le grand mal! Parbleu! Il y en a bien d'autres ;iui en ont fait autant et qui ne s'en portent pas plus mal. Il obéit, ce garçon, à la nature, qui sait bien ce qu'elle fait et qui s'entend avec sa bonne sœur la Providence pour tirer d'affaire les pauvres jeunes gens qu'elle a mis dans l'embarras. Ainsi console-toi, ou plutôt réjouis-toi d'avoir mis dans ce monde un joli garçon qui te donne raille inquiétudes. »

Je regardai mon ami en face et je lui dis:

« Tu n'as pas de fils ?

— Non.

— Mais tu as une fille?

— Oui!

— Eh bien, si mon fils séduisait ta fille, et ensuite refusait de l'épouser, que ferais-tu?

— Je le tuerais !

— Parfaitement ! cela te prouve que l'amour de nos fils n'est pas chose si inoffensive, et qu'il est bon que nous nous en mêlions.

— Nous en m?ler! nous en mêler, s'écria-t-il

avec impatience, mais comment! Il s agit d'une intervention réglée, méthodique. Hé bien, je te mets au défi de trouver une seule règle en pareille matière. Parcours par la pensée les divers partis que tu peux prendre. Prêcher à ton fils l'abstinence absolue jusqu'au mariage? Très-bien! mais comment la lui feras-tu pratiquer? En le contenant par les sentiments religieux? en éloignant de lui les occasions de faute? A merveille. Mais, comme tu ne comptes pas l'enfermer sous clef, un beau jour passera devant lui l'éclair d'un vif regard ou un petit bout de sourire ; et voilà tout ton édifice de morale par terre ! Il n'est pas question de monter en chaire et de faire un beau sermon sur la chasteté ; tu es un homme du inonde, et tu veux élever ton fils en homme du monde, tu me demandes une règle pratique, un remède applicable, hé bien, je te réponds qu'il n'y en a pas!... Je me trompe, il y en a un! mais je doute que tu en uses.

— Lequel?

— Marie-le.

— A vingt ans :

— C'est peut-être bien tard.

— Songes-y doncl Si c'est déjà chose si difficile que de marier son fils à vingt-cinq ou trente ans, quand sa position est faite, quand son caractère est formé, quand on sait ce qu'il est, et qu'il sait, lui, ce qu'il veut, qu'est-ce donc s'il s'agit d'un garçon qui n'est rien, et qui ignore tout, surtout son propre cœur? Puis-je répondre de ce qu'il deviendra dans cinq ans, dans dix ans? Où lui trouver une femme qu'il puisse aimer depuis vingt ans jusqu'à soixante?

— Pense donc aussi un peu à la jeune fîUe, reprit mon ami; ajoute que son intérêt à elle te défend une telle union, autant que son intérêt à lui! Marier deux enfants, c'est créer presque toujours deux victimes, deux ennemis, et deux coupables. Te voilà donc forcément en face de l'amour illicite.

— Je le sais bien; de là vient mon angoisse.

— Ali çà, mais tu me confonds ! Que diable ! nous avons été jeunes ensemble ! Je t'ai connu à vingt ans, à vingt-cjnq ! Il me senJble que tu prenais ton parti plus gaiement sur les dangers de l'amour.

— Il ne s'agissait que de moi ! l'amour paternel vous crée une conscience nouvelle I appelle-moi

tête faible, si tu le veux, mais je ne puis me défendre, depuis trois mois, de passer en revue avec mille agitations d'esprit, tous les périls où peut le jeter la passion!

S'adressera-t-il aux femmes du monde? soit! mais c'est que les femmes du monde, ce sont les femmes des autres; Or la comédie et la société peuvent bien berner les autres et en rire, mais je ne ris pas d'eux moi, car mon fils peut être ttté par les awires/ Se jettera-t-il dans ce qu'on appelle le demi-monde? Non-seulement il peut y perdre sa fortune, son temps, sa dignité, mais son cœur même peut s'avilir au contact de ces être avilis. J'espère que l'exemple du duc de Gandé le défendra de plaisirs plus bas . Mais ses vingt ans vont peutêtre se laisser prendre à la gentillesse de certaines filles d'ouvriers, de petits marchands, d'artisans? Or, sans parler du crime qu'on commet en perdant la vie d'une pauvre fille, ce crime peut se compliquer de mille embarras terribles ! Je ne puis rester inactif en face de tant de dangers....

— La difficulté est toujours de savoir où est ton devoir.

— Notre entretien commence à me le montrer.

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