QUE LEURS PERES
On n'est pas vraiment père sans s'intéresser aux autres pères. Plus je vis avec, mon fils, et plus je m'attache à toutes les autres âmes, et à toutes les autres destinées paternelles. Poussée par mon cœur, ma pensée pénètre dans toutes les familles, descend dans toutes les consciences : j'ai besoin de savoir ce qui se passe au fond de la vie et du
cœur de tous mes compagnons de devoir et de tendresse.
Nihil paterni a me alienum puto.
Rien de ce qui est paternel ne m'est étranger.
Il y a quelques jours, sous le coup d'une préoccupation de ce genre, j'allai frapper à la porte d'un juge grave et expert en fait d'éducation. Il est directeur d'une grande école municipale , et nul ne convient mieux à cette fonction par la droiture de l'esprit et la fermeté Un peu rigide du caractère. J'entamai directement l'entretien.
« Depuis combien de temps étes-vous directeur de cette école ?
— Depuis quinze ans.
— Quels élèves composent votre clientèle i
— Des fils de petits marchands, d'artisans, de cultivateurs, d'employés inférieurs, de domestiques, de concierges, d'ouvriers.
— Quels objets embrasse votre programme d'études ?
— Les arts utiles, les langues vivantes, quelques connaissances littéraires.
— Il en résulte alors une grande inégalité d'instruction entre les enfants et leurs parents ?