‹ Les pères et les enfants au XIXe siècleChapitre 4 sur 44 · Î.ES PERES ET LES ENFANTS · texte numérisé non relu

Î.ES PERES ET LES ENFANTS

— Très grande.

— Eh bien, quelle influence exerce cette inégalité sur les sentiments et les liens de famille ? »

Mon ami, qui jusque-là avait répondu nettement à toutes mes questions, s'arrêta. Une préoccupation sérieuse passa sur son front; puis il me dit :

« Vous touchez là une question bien délicate.

— Aussi suis-je venu à vous pour la résoudre.

— La résoudre? Je ne sais si je le dois.

— Pourquoi?

— Ce sujet ne préoccupe que votre esprit; il intéresse ma conscience. Pour vous, c'est pure affaire d'observation, de curiosité; pour moi, c'est un point de devoir pratique. Sâvez-vous que vous êtes tombé droit sur un des problèmes moraux qui, depuis douze ans, me troublent le plus?

— Je le crois.

— Savez- vous que de ce problème et de mon opinion sur ce problème, dépend la moralité même de ma profession? Il ne s'agit pas moins que de décider si j'exerce un métier utile ou nuisible; si, en instruisant des enfants, je ne les démoralise pas; si je répands la lumière ou si je vends du poison.

— Je vois que j'ai eu raison de m'adresser à vous, car ces réflexions sont précisément les miennes.

— Eh bien, soit ! reprit-il avec résolution. Aussi bien, cet entretien peut m'ètre utile comme à vous. Interrogez donc; je répondrai.

— Toutes mes interrogations sont renfermées dans ce mot : Quelle influence a sur les relations des pères et des enfants l'inégalité d'instruction?»

Mon ami, après un court silence, me répliqua nettement :

« Une influence fatale.

— Fatale?... En quoi?

— Cette inégalité ébranle le respect, rompt la confiance, isole le fils des parents et renverse enfin la hiérarchie de famille, en mettant le chef audessous du subordonné.

— Par exception ! répliquai-je vivement.

— Douze fois sur vingt.

— Que me dites-vous ? m'écriai-je, douze fois sur vingt ! Voilà votre langage, à vous homme d'action dans la cause du progrès ?

— C'est parce que je suis dévoué à cette cause que je parle et que je pense ainsi. Laissez-moi achever, et ne me jugez pas trop vite. J'approuve

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