ÔG LES PERES ET LES ENFANTS
son père. Je gagerais volontiers que je leur sers souvent de texte de conversation ; leur manière de se parler d'eux, c'est peut-être de se parler de moi ! Tant que ce commencement d'affection gardera ce caractère d'innocence et d'ignorance, le mal n'est pas grand, pour elle, et le bien est si grand pour lui! Je lui cherchais un préservatif contre les amours coupables, voilà le meilleur. Si la médecine homœopathique est vraie en un point, c'est en amour. Quant à son mari, il est, ce me semble , un homme de trop de sens et il a trop de force de caractère pour s'émouvoir de ce qui n'est qu'un jeu. Un jeu? En suis-je bien sur? D'ailleurs même dans cette mesure, n'est-ce pas déjà une faute ? Ce qu'elle donne à mon fils, si peu que ce soit, sur quoi le prend-elle ? Sur la part de son mari , car enfin elle est mariée. Le trouble commence à me saisir. .Alon devoir n'est-il pas de veiller pour eux, et de veiller sur eux?
Je ne crains plus; je suis certain. C'est l'histoire éternelle de l'amour. Un moment a tout changé. Un court voyage les avait éloignés l'un de l'autre pendant quinze jours; L'absence a fait dans leurs cœurs son travail ordinaire. En ne le voyant pas, elle s'est rendu compte de ce qu'il était pour elle ; En le revoyant, elle le lui a appris. J'étais présent à leur entrevue. Leurs regards m'ont tout dit et leur ont tout dit. Une excursion dans le parc de Versailles a achevé l'œuvre. Rien de plus ravissant et par conséquent de plus dangereux à vingt ans, que ces journées de promenade par un beau jour, et dans un beau lieu , avec la femme qu'on aime. Tout livre les âmes à la passion; la tiédeur de l'air vous alanguit, les parfums des arbustes en fleurs vous enivrent; l'ombrage des grands arbres
et des longues allées vous porte à la rêverie , les sites magnifiques vous enthousiasment. Puis viennent les mille chances de la promenade qui vous rapprochent sans cesse : un ruisseau à passer fait que les deux mains se réunissent, un peu de fatigue oblige la plus faible à chercher un appui, et comme le plus fort se trouve toujours tout près, par hasard, voilà les deux bras qui s'enlacent, et la route qui s'achève, côte à côte, quelquefois même seul à seul, quand le hasard de la promenade vous isole tout à coup un moment au milieu de la forêt! Alors tout cela, mélancohe, admiration, fatigue, isolement, beautés naturelles, tout cela se fond en un seul mot, amour! Oh! une passion fait bien du chemin dans un seul jour de voyage! C'est ce qui est arrivé à Versailles. Ils se sont parlé! Où? Comment? Je ne puis le dire, car je les ai à peine perdus de vue, mais ils se sont parlé ! Voilà le premier pas fait , le pas qui entraîne tous les autres ; mon rôle commence.
Ce rôle est plus difficile et plus cruel que je ne le croyais. Qui peut sonder les abîmes de l'amour paternel? J'ai entendu un jour un homme d'une cinquantaine d'années me dire qu'il avait gardé ses relations dans le monde pour employer son expérience à guider et à placer son fils. Le guider? où? dans le choix d'une profession? Le placer? où? dans une administration? non. Dans une heureuse et honorable alliance ? non. Il cherchait une maîtresse à son fils, comme il lui aurait cherché une femme. Cet homme me lit horreur. Le sangfroid, je me trompe, la sollicitude avec laquelle il développa ce plan, me causait une répugnance invincible. N'était-ce pas profaner ce beau mot : Je veux former mon fils, que de l'appliquer à l'éducation du vice ? Quand je trouvai ces maximes com-
2go les pères et les enfants.
plaisamment mises en lumière et en pratique dans dans les lettres de lord Chesterfield, je jetai le livre avec indignation. Ces hommes me semblaient les monstres de la paternité; je me trompais, ils en sont à peine l'exception. Ce qui dans leur cœur est à l'état d'habitude, existe dans tous les cœurs paternels sous forme d'accident. .T'en suis la preuve. Oh ! il ne faut pas se payer de sophismes. Mon ami avaitraison. L'amour paternel, comme tous les amours de ce monde, a son mauvais côté. Ainsi je vois chaque jour s'accroître leur passion coupable, chaque jour je vois le visage de la pauvre jeune femme s'empreindre de cette pâleur pathétique, qui révèle la lutte, je vois ses yeux s'agrandir dans sa figure amaigrie , je devine , je sens que ses forces défaillent 1... Hé bien, qu'est-ce que j'éprouve ? Du regret ? de la crainte ? Oui sans doute, à la surface, mais avant tout, je l'aime, elle, passionnément, de l'aimer! ma vanité se réjouit malgré moi de reconnaître qu'elle est jeune, belle, noble, riche, oui riche, car tout compte dans la vanité; et qu'elle l'a choisi! Je suis fier de sa conquête, je pense, avec une joie que je combats en vain, au bonheur qui estle sien, je suis avec orgueil
L'AMOUR. 2r)1
tous ses progrès d'intelligence, de grâce extérieure, d'élégance, car il se métamorphose sous cette influence magique de l'amour ! J'ai beau me crier : « Mais malheureux ! cet amour est une faute ! Je ne vois qu'une chose , c'est qu'il est aimé , qu'il est heureux, et malgré moi, au fond de mon cœur, je répète ce mot affreux: comme cette passion le formera !
Je me suis retrouvé! mais à quel prix? n'ai-je pas porté un coup mortel à notre tendresse ! Depuis dix-neuf ans , jamais une parole ne s'est échappée de sa bouche, qui n'eût, vis-à vis de moi, le caractère du respect, et de la déférence! Mais hier, le cri de révolte a éclaté ! Ce n'était plus la même voix ni le même visage, ni la même âme. Il semblait qu'une sorte de bête farouche, cachée et enchaînée au fond de son cœur depuis dix-neuf
ans, s'élançât tout à coup au dehors, ou rugît par sa bouche. C'était bien une bête féroce, car c'était la passion !
Voici ce qui s'est passé.
11 y a trois jours le mari de cette jeune femme, soit prudence et crainte, soit hasard, parla d'un projet d'absence de quelques mois. Je tremblai; car je sais que rien ne précipite les dénoùments comme les départs. En effet, hier soir, j'ai surpris le secret d'un rendez -vous qu'il lui demandait, et qu'elle lui accordait pour aujourd'hui à trois heures. Son mari ne devait rentrer qu'à six et leur départ est fixé pour ce soir. Mon anxiété fut vraiment terrible. Devant moi se représentait ce problème éternel. Quel est mon devoir de père? de m'abstenir? Ma conscience me répondait non. A quoi sert cette longue et intime communauté de pensées, de travaux, cette éducation de chaque seconde avec lui, si .elle me permet de me conduire comme les pères qui vivaient séparés de leurs enfants? Je résolus donc d'intervenir. Depuis le matin, sa démarche, son visage trahissaient une agitation fébrile. Il sortait, rentrait; il prenait un livre, il le jetait comme quelqu'un qui voudrait dévorer le
temps, et que le temps consume. Enfin, vers les deux heures, il monta dans sa chambre pour s'habiller; je l'entendais marcher au-dessus de ma tète; me demandant toujours : « Comment l'aborder? » Je pris mon parti, et je montai chez lui. Je le trouvai prêt à partir, radieux, élégant, charmant ! Mon entrée parut le contrarier. Je feignis de ne pas m'en apercevoir, et je m'assis dans un fauteuil. Un regard qu'il jeta vivement sur la pendule qui marquait deux heures et demie, trahit sa préoccupation et fut suivi d'un geste d'impatience.
— Tu sors? lui dis-je froidement.
— Oui ! une affaire !
— Oh! une affaire ! repris-je en riant: j'espère que ce n'est pas une affaire d'honneur ! Ainsi tu m'accorderas bien quelques moments, car j'ai à causer avec toi : » et je m'installai dans mon siège en homme qui n'est pas prêt à partir.
— Je te demande pardon, père, reprit-il en essayant de contenir sa voix qui tremblait, si tu le veux bien, nous remettrons notre entretien à ce soir. L'affaire qui me force à sortir est importante.
— Fort importante aussi est celle dont je veux t'entretenir.
— La mienne, ajouta-t-il avec un commencement d'irritation, n'admet pas de retard ! Et il fit un pas vers la porte.
— La mienne non plus, repris-je en l'arrêtant du geste; et comme je voyais poindre sur ses lèvres une réponse qui ne m'eût pas plu, j'ajoutai : C'est peut-être la même.
— La même ?
— Eh bien oui ! lui dis-je, en me levant tout à coup, et en allant résolument à lui; la même ! Car tu sors pour aller à un rendez-vous ; et je viens pour t'empècher d'y aller ! »
A ces mots, il tomba sans rien dire sur un siège , cachant son front dans ses deux mains, et en proie à la plus violente agitation. Puis tout à coup se redressant :
— Eh bien! s'écria-t-il, après tout, j'aime mieux cela ! Le mystère me pèse ! Oui, j'ai un rendezvous avec elle, et j'y vais ! »
Il lit hardiment un pas pour sortir. Sa figure avait une expression d'énergie passionnée que je ne lui avais jamais vue.
— Tu ne m'as donc pas entendu? lui dis-je froidement. Je t'ai dit que je venais pour t'emp'êcher d'y aller.
— M'en empêcher 1 m'en empêcher ! Il n'y a pas de force humaine qui le pourrait.
— Même ce simple mot de moi : Maurice, je te le défends ? »
Mon calme le toucha. Il se tut.
— Mon cher enfant, lui dis-je, depuis que je veille sur toi, jamais je n'ai prononcé ce mot; laisse-moi croire que si aujourd'hui je le disais.... »
A ce moment la pendule sonna trois heures.
— Ne le dis pas ! père ! s'écria-t-il en entendant le son de l'heure, car voilà une voix qui m'empêcherait d'entendre tes paroles. Puis tout à coup me prenant les mains, et les embrassant. Ah ! mon père! laisse-moi partir! Elle m'attend!... Je la perds pour six mois, pour un an peut-être! Est-ce donc trop d'une minute de joie pour un an de désespoir? Ce n'est qu'un adieu, un serrement de main! Tu connais sa pureté, si tu connaissais ma vénération pour elle! Je ne lui demanderai que cela! je n'ai besoin que de cela! Je ne
réclame qu'un instant!... je reviendrai dans un instant!... Laisse-moi partir!... je t'en supplie! » Il pleurait tant, que je sentis mon cœur fléchir, mais enfin, dégageant de ses lèvres mes mains qu'il baisait ardemment, je me levai, et lui dis avec force :
— Non! je ne te laisserai pas partir! Sais-tu pourquoi? je vais prononcer un mot bien terrible, mais c'est mon seul moyen de te sauver ! parce que si tu y vas, si tu la revois , elle est perdue.
— Perdue ! s'écria-t-il avec un accent de joie farouche.
— Voilà le cri vrai ! repris-je avec force, le cri de ton cœur! Oh! elle est pure! tu la vénères I tu pars avec. le seul désir de serrer sa main, et tu repousserais avec indignation celui qui te dirait en ce moment que tu rêves autre chose! Mais elle t'aime et elle part. Si tu la revois, elle sera à toi !
— A moi ! à moi ! reprit l'impétueux jeune homme. Eh bien ! la mort pour cela avec ivresse !
— Oui, tu dis bien! la mort! car le colonel n'est pas homme à supporter un tel outrage 1 Et il te tuerait sans pitié! mais je ne teux pas te par-
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1er de mort ! à ton âge le péril est un attrait de plus, et l'idée de me quitter, moi, de désespérer ta mère, ne compte plus dans ton cœur ! C'est la loi d'égoïsme de l'amour ! Mais si tu nous oublies, je n'oublierai, moi, ni mon fils, ni mes devoirs envers lui. L'adultère est un crime, et je ne te laisserai pas commettre un crime.
— Un crime! reprit-il avec impatience, en faisant un geste de dénégation.
— Oui! un crime, du moins pour toi, et pour elle. Sais-tu ce qui me donne une force invincible contre vous deux? c'est votre pureté à tous deux! vous n'êtes pas de force à porter un remords. Je suppose, ce qui est impossible, que tout vous favorise, que le colonel soit aveugle, que le monde ignore tout ; Vous n'en seriez pas moins malheureux! Les âmes nées pour le bien ne tombent pas en vain dans le mal ; leur impunité même leur sert de remords. Quand tu verrais cet honnête homme, à qui tu aurais volé sa femme, venir à toi avec confiance et te tendre la main comme à un ami, tu aurais horreur de toi-même. Quand elle entendrait les femmes de bien lui parler de l'estime qu'elle inspire, elle serait désespérée. Les habi-
tudes de mensonge, de dissimulation auxquelles votre liaison vous condamnerait et qui sont la fatalité du vice, empoisonneraient non-seulement votre joie, mais vous inspireraient, au milieu de votre passion même, une sorte de mépris secret l'un pour l'autre. Elle s'abaisserait à tes yeux par son adresse à cuclier votre faute. Et encore je no te parle pas de la plus terrible conséquence dj cette faute! Que deviendrais-tu, si tu pouvais te dire : J'ai mis dans cette famille un étranger qui usurpe la place des enfants légitimes, qui vole le patrimoine de ses frères et de ses sœurs ; tu en mourrais de honte! Oh! la vieille fable de Nessus ne nous représente pas seulement l'indestructible attache du vice à notre corps et à notre cœur! La vertu, elle aussi, quand elle est incorporée à nos membres, ne s'en arrache pas sans que le sang ruisselle et que toute notre chair se déchire! »
Il m'écoutait pâle et tressaillant, quand tout à coup la pendule sonna quatre heures.
« Quatre heures ! » s'écria-t-il comme quelqu'un qui se réveille en sursaut. «• Quatre heures ! Et elle part dans une heure ! et je ne l'aurai pas vue I C'est impossible! »
Il s'élança pour sortir, mais prévenant son niouvement, je fermai la porte à double tour, et je pris la clef dans ma main.
« Arrache-moi cette clef! » lui dis-je.
Frémissant, me regardant avec des yeux égarés, il resta un moment éperdu, puis avec un cri de rage :
« Hé bien! malheur à moi et à vous ! Ah ! vous m'arrachez à un amour, noble... pur... Oui! pur! mais ne croyez pas qu'il n'en soit que cela ! non ! après tout, je ne suis pas un moine! j'ai vingt ans! Hé bien! je me jetterai dans le mal! dans la débauche! Les tentations ne m'ont pas manqué déjà : elle seule m'avait sauvé ! vous m'arrachez mon sauveur! J'irai à ma perte! C'est vous qui l'aurez voulu! Le vice est là; je le prends !
— Je vous en délie ! » lui répondis-je froidement et je sortis.
Elle est partie! il ne l'a pas vue. Mais nous sommes l'un devant l'autre comme deux ennemis. Il est sombre. Il ne me parle pas. Il se renferme dans sa chambre pendant de longues heures. Je vois par moi-même combien cette paternité qui comprend la vie tout entière, est saine et fortifiante. J'ai le cœur naturellement trop tendre, et par conséquent un peu faible.' De plus, comme tous les artistes, je ne puis me défendre d'une certaine complaisance pour la passion ; n'est-ce pas à la passion que l'art doit ses plus belles œuvres? Hé bien ! cette pratique continue des devoirs paternels m'a si bien retrempé le caractère, que je vois cet enfant si aimé, froid et silencieux vis-à-vis de moi, et que je n'en soufîre pas. J'ai le cœur serré, contracté, comme l'aurait un iiomme courageux de-
vant un grand danger, mais je suis calme et le sentiment du devoir rempli diminue de beaucoup mon chagrin.
Depuis quelques jours il semble devenir moins sombre, il commence à se retrouver et à me comprendre. Il a encore de la douleur, il n'a plus de ressentiment, j'en juge par son bonjour de ce matin. Sa voix tremblait en me l'adressant. J'ai senti qu'il était saisi du désir de me prendre la tête comme de coutume dans ses deux mains, et de m'embrasser! Il ne l'a pas osé, non par honte vaniteuse, mais le repentir a sa pudeur comme l'innocence. J'ai tout deviné, et mon cœur s'est fondu de joie. Je serai bien heureux le jour où je sentirai ses lèvres sur mon front, mais je l'attendrai, je dois l'attendre.
Il redevient lui-même. Plus d'amertume.., seulement il lui reste un grand fond de tristesse. Je ne le regrette pas. Je n'aurais pas voulu qu'il se consolât trop vite. Cependant les jours s'écoulent et chaque jour écoulé éloigne le danger; je ne fais que gagner du temps, mais souvent, en amour, le temps gagné est tout.
Ce matin un événement décisif. Ma femme de plus en plus souffrante a besoin d'un voyage aux eaux. Je cherchais les moyens d'organiser notre
départ, quand est arrivée une lettre du colonel, j'avoue que je tremblai en reconnaissant son écriture. Je craignais que quelque correspondance trouvée ne l'eût mis sur la trace. Je brisai précipitamment le cachet, je lus, et ma crainte fut plus grande encore que si j'eusse trouvé un cartel sous ce pli de lettre. C'était une invitation du colonel adressée à moi et à mon fils : il nous engageait tous deux à venir passer le mois de septembre à sa terre.
Que faire? Cacher l'invitation à Maurice et la refuser, ou lui dire nettement que je la refuse pour nous deux? Je le peux, ce n'est qu'un acte d'autorité déplus : j'ai déjà empêché un premier rendez-vous, j'en empêche un second. Mais quelle en sera la conséquence? l'irritation de mon fils et le désir d'échapper à tout prix à cette contrainte. Or la jeune femme est probablement de moitié dans cette invitation; les maris écrivent rarement ces sortes de lettres à eux tout seuls ; Maurice finira donc par ressaisir l'occasion perdue, et alors voilà le péril qui renaît avec un moyen de défense de moins ; mon influence de père est anéantie. Je peux encore avertir l'abbé Lauriel; mais il me répugne de remettre
mon fils aune autre direction que la mienne. D'ailleurs, c'est moins sa volonté qu'il faut soumettre que sa raison qu'il faut armer. Je l'appelle donc et je lui dis : « Mon cher enfant, tu sais que la santé de ta mère exige son départ pour les eaux ; mais elle ne peut partir seule, et je ne peux, moi, l'accompagner. Je songeais donc à te dire de la suivre, quand j'ai reçu ce matin cette lettre du colonel. »
A ce nom, il devint fort pâle; je repris : « Lis-la et dis-moi ce que je dois répondre, ou plutôt, non, réponds toi-même, car l'invitation te regarde plus encore que moi. » Il tressaillit. « Surtout, n'oublie pas, ajoutai-je, de le remercier de l'hospitalité qu'il nous offre; tu entends? de l'hospitalité.... « Il lut , hésita un moment, puis me répondit : « Écris que nous ne sommes pas libres; que j'accompagne ma mère aux eaux. » Et il s'éloigna précipitamment.
Allons! j'ai bien fait de confier son honneur à son honneur, et de le mettre entre sa passion et son devoir^ Il ne s'agit pas d'imposer la droiture à leur fils, mais de nous apprendre à la pratiquer librement, avec douleur et sacrifice. Gela lui comptera et à moi aussi, j'espère.
Ils sont partis. La maison me semble bien vide. Pour me consoler de son absence, je me suis occupé de lui. J'ai relu ce chapitre de mon journal; je suis loin d'avoir franchi tous les écueils. Mais j'ai un nouvel aide maintenant, c'est son amour même ; il ne trouvera pas facilement une aussi bonne occasion de perdre la tête. Pauvre jeune femme! Elle est si charmante!
Le colonel , en me répondant , m'apprend qu'il est envoyé en Afrique pour un an : elle le protégera donc... de loin; ce qui est la meilleure manière en amour. Quand viendront d'autres dangers, ils le trouveront affermi par la lutte, et moi toujours armé de mon principe : sauver en lui l'honnête homme.