‹ Les pères et les enfants au XIXe siècleChapitre 35 sur 44 · LES PÈRF-S ET LES ENFANTS · texte numérisé non relu

LES PÈRF-S ET LES ENFANTS

d'accompagner Mme de B.... au pensionnat. Le lendemain, à 1 heure des classes, ils pénètrent à l'intérieur. Ils s'assoient sur un banc dans un coin de la cour d'entrée, pendant que le directeur va cherclier le jeune Duval. Mme de B.... a couvert son visage d'un voile , pour que son émotion ne la trahisse pas. Après quelques instants, le directeur reparait, tenant un enfant par la main. Mme de B..... l'attire à elle, le regarde; c'était bien le même visage, les mêmes yeux? Toute tremblante, elle commence doucement :

— Comment vous nommez-vous, mon enfant?

— Duval, madame.

— C'est votre nom de famille ; mais votre nom de baptême ?

— Philippe.

Philippe était bien le nom qu'elle avait donné à son fils.

— Y a-t-il longtemps que vous êtes à Lyon?

— Un an seulement, madame.

— Avant de venir à Lyon ... où étiez-vous?

— J'ai été en Italie et en Allemagne.

— Est-ce que vos parents ne sont pas Français?

— Si, madame.

— Ils existent toujours ?

— J'ai encore mon père.

— Et votre mère ?

— Ma mère est morte.

— Depuis quand?

— Depuis douze ans.

— Ne vous rappelez-vous rien de votre enfance , de votre mère ?

— Rien du tout.

— N'avez -vous pas de frère?

— J'en avais un, mais mon père m'a dit qu'il était mort.

A ce mot, et se voyant ainsi, elle et son second tils, rayés, non-seulement de la vie de cet enfant, mais de sa mémoire, Mme de B.... sent les larmes qui la gagnent; elle se lève et s'éloigne. Est-ce bien son fils? Elle n'en doute pas. Mais comment convaincre la justice ? Le moyen était bien simple : M. Duval devait venir voir son fils le lendemain. Mme de B.... s'aposte avec le commissaire de police dans une maison voisine; à trois heures paraît dans la rue un homme qui se dirige vers la pension.

— C'est mon mari ! s'écrie la femme.

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