‹ Les pères et les enfants au XIXe siècleChapitre 39 sur 44 · i LES PÈRES ET LES ENFANTS · texte numérisé non relu

i LES PÈRES ET LES ENFANTS

un regard de venir m'embrasser? Tu ne savais plus serrer ma tète dans tes mains, et alors même que tes lèvres me répétaient tes anciennes paroles de tendresse, ton cœur sincère corrigeait, malgré toi, le mensonge innocent de ta bouche par je ne sais quel accent glacé qui me navrait. Chacun de mes emportements, surtout quand il tombait sur ta mère, brisait un lien entre toi et moi. Ma douleur fut profonde, atroce; me voir presque indifférent au seul être que j'eusse aimé réellement, je crus en devenir fou. Alors....

— Je veux achever le reste, s'écria Marie. Alors, mon ami, dit-elle à son fiancé, alors mon père alla trouver ma mère et lui dit : « Ma fille ne m'aime « plus; cette enfant me voit emporté et me croit • cruel ; elle me croit bourreau parce qu'elle me voit « despote : elle a raison peut-être. Mais je ne puis « résister à son indifférence, j'en mourrais; je veux a me corriger, je me corrigerai. Malheureusement, a à moi seul, je ne le puis pas; je viens à vous,ai- «c dez-moi. Je vous ai fait bien souffrir; mais vous « êtes meilleure que moi, et je suis malheureux; « aidez-moi. » En parlant ainsi, sa voix tremblait d'émotion. Ma pauvre mère, qui entendait pour la

première fois sortir de sa bouche des paroles affectueuses, s'écria pleine de joie : « Tous vous « trompez, mon ami, elle vous aime toujours ; elle « ne serait pas ma fille, si elle vous aimait moins. — « Je ne me trompe pas, mon amie, et mon châtiment « est juste : je vous ai méconnue. Maisnous sommes « jeunes encore,jecomptesurvous.Chaquefoisque « vous verrez paraître les signes de mon emporte - « ment, et vous devez les connaître, pauvre femme, « dites-moi ces seuls mots : i/on a/» i, et je m'arrête- « rai aussitôt... Merci. -^ Mon père, après ces paroles, la serra avec force sur sa mâle poitrine, et ma pauvre mère accourut près de moi en me disant avec ivresse : « Ah! chère, chère enfant, je te dois « le premier beau jour de mon ménage, cours em- « brasser ton père. » Depuis ce moment tout changea : mon père était trop homme d'honneur pour qu'une fois l'idée de devoir attachée à ses égards pour ma mère, il put y manquer; ce devoir devint bientôt un plaisir, ces égards, de la tendresse. J'avais neuf ans, le raomentdemon éducation était arrivé, ma mère savait beaucoup....

— Je lui avais souvent laissé le temps d'apprendre, dit le colonel, et elle s'était instruite, comme

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