‹ Les Péridiniens parasites: Morphologie, reproduction, éthologieChapitre 79 sur 119 · V. Les DINOSPORES · texte numérisé non relu

V. Les DINOSPORES

LIBÉRATION. — La sporulation effectuée, le Copépode réduit à sa carapace n’est plus qu’un sac entièrement rempli de petits gymnodiniens incolores, peu mobiles d’abord, mais qui en très peu de temps s’animent et produisent un fourmillement de plus en plus intense. Il y en a partout

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jusque dans l’abdomen et les appendices. C’est généralement par l’étroit orifice qui résulte de la rupture de l’antennule qu’elles s’échappent au dehors. On les voit se presser, plus ou moins déformées, dans la cavité de l’appendice et fuser par son extrémité ouverte. On dirait du sang coulant d’un capillaire.

En chambre humide, cette libération des dinospores dure très longtemps, plusieurs heures, et elle esb toujours incomplète. Les dinospores qui restent enfermées sont rapidement attaquées par les bactéries. Je ne les ai jamais vu former de kystes comme celles de; Blastodinium. Dans les conditions naturelles, la dépouille du Copépode, plus complètement et plus rapidement ouverte par suite de l’agitation du milieu, doit mettre très rapidement toutes les dinospores en liberté.

La sporulation, depuis le moment où les territoires des spores commencent à s’indiquer, jusqu’à la fragmentation complète du plasmode, met à s'effectuer moirs de deux heures seulement. C’est vers le soir, entre 15 et 19 heures que j'ai toujours observé le plus grand nombre de plasmodes sporulés.

PozymMorPHisMe. — Lorsqu'on observe le même jour, à la même heure, un certain nombre de Paracalanus à Syndinium sporulés, on ne peut manquer d’être frappé de ce fait que certains individus contiennent de grosses spores mesurant 15 y (fig. 146, 148, 149), tandis que d’autres renferment des spores beaucoup plus petites ne mesurant que 8 y (fig. 150-151).

Il arrive aussi qu’au lieu de ces dinospores qui sont très nettement turbinées, on en observe d’autres, mesurant 15» qui sont ovoïdes, à pôle antérieur acuminé en forme de rostre et à pôle postérieur ventru, à sillons peu développés (fig. 176, pl. XVH). Ce sont elles que dans ma note préliminaire j’ai qualifiées d’une manière d’ailleurs impropre « dinospores à forme oxyrrhs ».

Je ne sais pas si ces « spores à rostre » appartiennent à un Syndinium. Je les étudierai avec les Paradinides d’espèces incertaines. Provisoirement, nous ne nous oceuperons donc ici que des spores turbinées.

MacrosPores. — Elles ont la forme fondamentale d’un fuseau robuste (fig. 146). L’un des pôles est à peine plus aigu que l’autre, c’est le pôle postérieur. La surface est creusée de deux profonds sillons.

L'un, longitudinal, suit sensiblement la direction d’une des génératrices du fuseau et se termine un peu au-dessous du pôle antérieur, et un

peu au-dessus du pôle postérieur.

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L'autre sillon, plus large que le premier en réunit l’extrémité antérieure à l'extrémité postérieure en décrivant autour du corps un tour de spire à long pas dans le sens inverse de celui des aiguilles d’une montre. C’est le sillon hélicoïdal. Par homologie avec l’orientation convenue pour les Péridiniens libres, nous désignerons comme ventrale la face légèrement déprimée que parcourt le sillon longitudinal.

Il y à autour de cette forme fondamentale de légères variations qui tiennent à la plus ou moins grande longueur du sillon hélicoïdal. Celui-ci peut se prolonger jusqu’à décrire un tour et demi et deux tours du corps (fig. 148-149). Et comme c’est surtout autour du pôle postérieur qu'il se prolonge, celui-ci se présente souvent en coupe optique comme une sorte de bouton pédiculé. L’allongement du sillon hélicoïdal a une autre conséquence : c’est l’allongement du sillon longitudinal qui entraîne en quelque sorte les extrémités du sillon hélicoïdal lequel s’enroule lui-même en hélice, comme c’est le cas, par exemple, chez les Cochlodinium parmi les Péridiniens libres.

À l'extrémité antérieure du sillon longitudinal prend naissance un long flagelle qui le parcourt dans toute sa longueur et le dépasse de beaucoup en arrière. Le sillon hélicoïdal est entièrement occupé par un flagelle rubané formant membrane ondulante, qui s’insère à son extrémité antérieure et paraît adhérer à la paroi du corps tout le long d’un de ses bords.

Le cytoplasme de ces spores à une fine texture granuleuse. Le centre, homogène, plus clair représente l’emplacement du noyau, à limites imprécises.

Les seules inclusions que cortienne le cytoplasme sont les fines aiguilles dont nous avons suivi la genèse à partir des concrétions du plasmode, et qui sont disposées dans la couche périphérique, plus ou moins perpendiculairement à la surface. Ces acicules se présentent donc comme des trichocystes. Ils rappellent beaucoup les trichites que SCHÜTT (1895) a décrit chez les Podolimpais, mais ils ne me semblent point assimilables à ceux que j’ai observés moi-même chez un gros, Gymnodinium libre que je n’ai pu déterminer et chez Polykrikos Schwartzi (1914) ni à ceux que DoGreL (1909) a observés chez les Haplozoon. Ces trichites ne sont d’ailleurs pas constants, non plus que les concrétions elles-mêmes dont ils dérivent.

Une autre formation, peut-être de même ordre, s’observe souvent dans les macrospores, C’est une striation sous-jacente au sillon longitu-

dinal, oblique par rapport à lui et qui est représentée dans la fig. 146.

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Ces spores se meuvent très rapidement en ligne droite ou suivant de grandes courbes, en tournant autour de leur axe longitudinal, tantôt dans le sens, tantôt en sens inverse, de celui des aiguilles d’une montre. On peut les conserver en chambre humide douze et même vingt-quatre heures sans que l’on constate chez elles, ni bipartition, ni autre processus évolutif.

Elles finissent par s’arrondir et se vacuoliser. Elles sont très sensibles aux moindres variations de pression osmotique du milieu, ainsi qu’à la compression entre lame et lamelle. L'état morbide qui s’en suit se traduit par un léger gonflement du corps, qui a pour résultat l’effacement plus ou moins complet des sillons. Les flagelles immobilisés se détachent. Je n'ai jamais vu les acicules expulsés à la manière de trichocystes.

Lorsqu'on examine un Copépode dont le plasmode vient de sporuler, l’on voit souvent des spores, soudées deux par deux, qui paraissent être en voie de division. Ces spores finissent bien par se séparer, mais il ne faut pas à notre sens se baser sur ces aspects pour affirmer l’existence d’une scissiparité consécutive à la sporulation. Il s’agit simplement d’aspects particuliers de la résolution du plasmode en spores. Dans les spores doubles, les individus sont disposés comme s'ils résultaient d’une scission rigoureusement longitudinale d’un élément mère. Il n’y a rien là de comparable à la division subtransversale ou très oblique des Dinoflagellés. Je n’ai jamais constaté de véritables divisions chez les dinospores parfaites des Syndinium.

MicROSPORES. — Les microspores ne mesurent que 8 y. sur 5 y. de large. Elles sont donc plus élancées que les macrospores. Leur structure fondamentale est exactement la même. Nous appellerons microspores 4, celles qui en plus petit sont exactement semblables aux macrospores (fig. 150).

Il en est d’autres (microspores B fig. 151), que j'ai observées beaucoup plus rarement, et dont la structure diffère notablement de celle des précédentes. Le sillon hélicoïdal qui est très large et très profond, fait un tour et demi de spire. L'importance du sillon longitudinal donne à ces dinospores un galbe turbiné très accentué, plus élancé encore que chez les microspores « et le sillon longitudinal est à peu près complètement effacé.

Une particularité très curieuse de ces microspores 6 est la présence au pôle postérieur d’un corps lamellaire ou bacilliforme, très réfringent, qui occupe l’extrémité même du tortillon. Il est collé au périplaste, et vu de

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profil, il semble même faire légèrement saillie au-dessus de la surface générale. Ce corps cristalloïde à tantôt la forme d’un bâtonnet, tantôt celle d’une plaquette plus ou moins losangique ou circulaire. Les dinospores 6 de certains plasmodes montraient en outre un ou deux petits cristalloïdes accessoires au dessus du principal, sur la même génératrice du fuseau. Ces formations sur lesquelles je n’ai pas essayé de réactions microchimiques, sont vraisemblablement de même nature et de même origine que les trichites —— ceux-ci faisaient d’ailleurs complètement défaut dans ces microspores &. — Elles ne paraissent pas avoir d’équivalent morphologique, chez les autres Péridiniens. Par contre, elles se présentent exactement avec la forme et la situation des «cristaux » caractéristiques des isospores chez les Radiolaires coloniaux (Sphaerozoum, Collozoum).

Nous ne pouvons nous empêcher d’insister dès maintenant sur l’analogie étroite qu’offrent d'autre part les anisospores gymnodiniformes de certains Radiolaires (Sphærozoum, Thalassicolla) avec les dinospores des Syndinium.

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