CONDITIONS, LIEUX, MATÉRIAUX ET MÉTHODES DE RECHERCHES
Lieux et dates, p.12. — Investigations dans la faune benthique, p. 13. — Investigations dans la faune pélagique le plancton dans la baie de Banyuls; «, plancton océanique, p. 14. — b, plancton néritique, p. 16. — Les Copépodes holopélagiques néritiques, p. 17. — La pêche, p., 18. — Conservation et tentatives d'élevage, p. 19. — Fixation, coupes, coloration, p. 20.
LIEUX ET DATES. — Comme je l’ai dit dans mon avant-propos, c’est presque exclusivement à Banyuls-sur-Mer, au Laboratoire Arago ou à bord du « Roland » vapeur du Laboratoire, que les matériaux de mon travail ont été recueillis et étudiés. J’ai passé en outre une quinzaine de jours à la station zoologique de Cette, en juillet 1907, et un mois environ à la station zoologique Russe de Villefranche-sur-Mer, en mars-avril 1911.
Il ne me paraît pas superflu de donner ici les dates de mes séjours à Banyuls, ne serait-ce que pour fixer les chercheurs futurs sur l’étendue des
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lacunes qui ont entrecoupé mes recherches au cours de ces huit années. Nous verrons en effet la plupart des Péridiniens parasites offrir les indices d’un rythme évolutif annuel. Voici donc ces dates :
1905 5 septembre-7 octobre ; 1906 28 juin-26 juillet ; 4 septembre-1® décembre : 1907 24 mars-1 novembre ; 1908 17 septembre-17 novembre ; 1909 17 juin-17 août ; 1910 15 septembre-15 novembre ; 1911 24 août-15 octobre ;
1912 4 août-2 novembre ;
Sur la période de décembre à mars, les documents me font done complètement défaut. Je n’en ai que peu sur celle d’avril à juillet.
INVESTIGATIONS DANS LA FAUNE BENTHIQUE. — La condition pélagique des organismes chez lesquels j'avais rencontré les Blastodinium et les Apodinium qui est aussi celle des Dinoflagellés libres, orientait naturellement mes investigations vers le domaine planctonique.
Cependant les mentions faites par PERTY (1852), E. PerRIER (1889), Cuénor (1891), de Dinoflagellés dans le tube digestif d’une Planaire, et de deux Echinodermes, et plus récemment la découverte chez les Annélides par V. DoteL (1906) des Haplozoon, et l'interprétation de leur nature dinoflagellée (CHATTON, 1907) faisaient présumer que les êtres pélagiques n’étaient pas les seuls qui pussent servir d'hôtes aux Péridiniens.
Mais pour ne pas étendre sans limites le champ de mon travail, j'ai voulu me borner dans la recherche des Dinoflagellés parasites chez les êtres benthiques, à examiner spécialement à cet égard les Copépodes limicoles et arénicoles, et ceux qui vivent dans les algues du littoral, les uns et les autres appartenant en majeure partie aux Harpacticides et aux Asterochirides.
La comparaison valait d'être faite à ce point de vue entre les pélagiques, qui offraient au développement des Péridiniens intestinaux et cælomiques des conditions si favorables, et les benthiques que leur existence plus sédentaire et apparemment plus confinée, semblait exposer plus encore que les premiers aux hasards de la contamination.
Chez aucun de ceux-ci que j'ai examinés je n’ai rencontré de parasites dinoflagellés, non plus que chez les autres Crustacés (Isopodes, Amphipodes, Cumacés, Schizopodes) non plus que chez les Acariens, les Anné-
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lides, les Nématodes et les Nématoïdes, les Chaetognathes, les Planaires et les Némertiens, qui en même temps que les Copépodes sortaient du sable, de la vase et des algues où ils vivaient côte à côte.
A plusieurs reprises à Banyuls et à Villefranche, j’ai examiné des Antedon rosaceus et des Echinaster sepositus dans l'espoir d’y retrouver les singulières agglomérations de Prorocentrum micans que E. PERRIER, puis CUÉNOT avaient signalées chez ces Echinodermes. Ce fut aussi sans succès.
J’ajouterai enfin que chez les Ascidies simples et surtout chez les composées que mon ami Æ. BRÉMENT et moi, avons beaucoup scrutées au cours de nos recherches sur les Copépodes ascidicoles, aucun Péridinien parasite ne s’est jamais révélé.
Mais ceci n’est point pour décourager les chercheurs futurs, car il ne s’agit pas là d'observations répétées et méthodiques comme celles que j'ai faites sur les organismes pélagiques.
INVESTIGATIONS DANS LA FAUNE PÉLAGIQUE. LE PLANCTON DANS LA BAIE DE BANYULS. — a. Plancion océanique. À de rares exceptions près, toutes mes pêches au filet fin ont été effectuées dans la baie de Banyuls à moins d’un mille de la côte, par conséquent dans la zone du plancton néritique, la seule qui me fut journellement accessible. Les quelques tentatives que j’ai faites pour aller chercher plus au large le plancton océanique ne m'ont donné que de maigres résultats.
La région de Banyuls si favorisée sous le rapport de sa faune terrestre et de sa faune marine littorale et benthique ne l’est guère quant à l’ensemble de la faune pélagique. Cela tient à la configuration de la côte et au régime des vents qui y règnent.
Banyuls! occupe le fond d’une baie largement ouverte à l’est, en un angle droit dont un côté à direction S.O-N.E., long d: 4 ki'omètres est constitué par les falaises du Cap Béar, et l’autre N.0.-$S.E., plus réduit par celles du cap l’Abeille, tous deux contreforts des Albères.
Mais cette baie n’est elle-même qu’une anfractuosité d’un golfe plus large limité au nord par la côte du Languedoc et du Roussillon, et au sud par lPénorme saillie du cap Creux, qui dévie vers le large les courants du sud.
Jusqu'à 12 milles de la côte, en moyenne, s’étend le vaste plateau continental qui s’abaisse progressivement à 150 m. pour faire place brusquement à des fonds de 600 à 800 m. et p'us.
1. Consulter Ia carte détaillée du littoral ct des fonds, dressée par G. Pru vo (1894), et le mémoire qui l’accom-
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Ceux-ci sont trop éloignés du littoral pour que, comme à Villefranche, à Naples ou à Messine, leur faune puisse l’atteindre, et ce n’est pas là la moindre cause de la pénurie de la baie de Banyuls en pélagique hauturière. On sait en effet, — Bourax et RacovrrzA (1895) l’ont montré spécialement en ce qui concerne les parages de Banyuls — que celle-ci effectue, sous l'influence des conditions, qui règnent à la surface : agitation, température, lumière, des mouvements d’ascension et de plongée dont l'amplitude atteint plusieurs centaines de mètres, mouvements que l'élévation du plateau continental paraît rendre ici impossible.
Une autre raison de cette pénurie est sans doute l’agitation exceptionnelle, redoutée des navigateurs, des eaux du Golfe du Lion, due à la fréquence et à la violence du mistral. Ce vent qui souffle du N.-N.E., règne surtout à la fin de l’hiver, parfois durant des semaines entières et au printemps non sans faire de fréquentes apparitions en été et en automne. Sa violence se dépense en pure perte pour toute activité maritime. Au travailleur du plancton, il n’amène aucun être du large. Il souffle de terre. Le déchet des jours de travail que je lui dois est considérable, surtout en 1907. Le vent du Sud vient pour la fréquence et la violence, après le vent du Nord. N’était la barrière du cap Creux, il pousserait peut-être jusqu’à Banyuls le plancton hauturier. Ceci se produit quelquefois lorsque sa direction s'incline vers l'Est. On assiste alors à des arrivages de Cténophores : Beroë et Hormiphora, d’Acalèphes de Siphonophores : Diphyidés, Vélelles, Agalma toujours disloquées, de Carinaires, de Salpes. Je n’ai vu qu’une seule fois des Cestes, des Æucaris, des Hesperides, jamais de Praya, de Forskalia, d’Halislemma, de Physalies, de Cymbulies, de Pterotrachées, de Pyrosomes que l’on pêche communément à Villefranche.
Lorsque c’est le vent d’Est franc qui s'établit —cequiarrive quelquefois entre septembre et avril — il soulève une grosse houle qui rend toute pêche impossible et brise contre la côte tout ce qu'elle transporte.
La vague n’est d’ailleurs pas le seul véhicule de la pélagique hauturière. Les courants jouent à cet égard un rôle beaucoup plus important et le matériel qu’ils transportent est en meilleur état. Mais les courants ne paraissent soumis dans la baie de Banyuls à aucun régime fixe. Je ne manquais jamais quand il s’en montrait d'y trainer le filet, mais le plus souvent sans y trouver autre chose que des débris d’origine terrestre.
Mais il est à remarquer ici que c’est pendant l'été et l'automne, c’est-àdire durant la période, où dans les stations à faune pélagique riche, celle-ci
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atteint ses minima quantitatifs et qualitatifs, que j'ai effectué mes pêches à Banyuls. Déjà à l’approche de l’hiver, se montrent certaines formes hauturières comme Fritillaria pellucida, que j'ai pêchée les 21, 22, 23 novembre 1906 et les 27, 28, 29 octobre 1912.
En avril 1910, M. CAULLERY a retrouvé cette appendiculaire assez abondante, tandis que je ne l’ai jamais observée moi-même d'avril à novembre.
La mêmeremarque s'applique à Calanus helgolandicus que M. CAULLERY a recueilli à Banyuls le 15 avril et le 12 mai 1910 et que je n’ai jamais vu moi-même en été et en automne dans cette station.
Et il serait à rechercher, d’une manière méthodique, pendant les beaux jours d’hiver et de printemps, s’il n’est pas quelque lieu dans les parages de Banyuls, en rapport avec certains accidents du littoral, et la direction des rechs ou abîmes qui coupent le plateau continental, où le plancton du fond ou celui du large se montrerait d’une manière à peu près constante.
J'ai pris part à bord du Roland, en 1909, à une campagne de pêches bathypélagiques par 800-1000 mètres au large du cap Creux et du cap des Mèdes, dirigée par M. RAcovirza.
Aucun des organismes que j'ai examinés tant à bord qu’au retour au laboratoire : copépodes (Augaptilus longicaudatus GirsBr.), nombreux schizopodes, amphipodes (Hespérides, Phronimes) T'omopteris, Sagitta gigantea, n> m'a fourni de Péridiniens parasites.
Des pêches faites en surface, aux mêmes lieux, ne m’ont donné qu’une faune très peu dense de Copépodes (principalement Zucalanus, Hemicalanus et Mecynocera, d'Appendiculaires : Oikopleura) également indemmes de parasites.
b. Plancton néritique. Dans les eaux de Banyuls, la pénurie du plancton océanique est compensée par la richesse du plancton néritique. Mais ce qu’il faut entendre par là est à préciser.
D’après la nomenclature des océanographes, le district néritique est la région qui s'étend au-dessus du plateau continental. Partout ailleurs c’est le district océanique. La limite géographique des deux districts est donc très précise, mais on conçoit que celle de leur faune flottante le soit beaucoup moins.
S'il est vrai que les formes littorales n’émigrent guère au large, celles du large sont, par contre, souvent poussées à la côte. D’où la distinction que HÂckez (1891) à dû faire dans le plancton néritique entre les êtres qui sont des pélagiques vrais, qui ne vivent sur le fond à aucune époque
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de leur existence, et ceux qui, plus où moins longtemps benthiques, ont cependant une phase de vie flottante. Ce sont pour la plupart des larves ou des formes de dissémination (Méduses métagénétiques, formes épitoques d’Annélides, etc.). Les premières constituent le holoplanclon, les secondes le meroplancton de HickeL. Or il semble que très souvent l’on ait tendance à confondre les termes holoplancton et plancton océanique en tenant pour originaires eb émigrés de la haute mer tous les pélagiques vrais du district néritique.
Cette manière de voir ne me paraît pas conforme à ce que j'ai pu observer moi-même à Banyuls, et je puis dire que dans cette localité il existe une faune holopélagique néritique bien définie, qu'il vaudrait même mieux appeler faune holopélagique littorale, car elle est loin de s'étendre jusqu'aux limites du plateau continental.
Ce n’est pas que'les animaux qui la composent ne puissent se rencontrer jusque là et même dans le district océanique, non plus qu’ils soient toujours présents en un point déterminé de la côte. Mais jamais je ne les ai rencontrés d’une manière aussi constante, et en aussi grande abondance au large que dans la baie. Ce sont les Copépodes à adaptations pélagiques peu accentuées, ayant pour la plupart conservé la forme trapue, cyclopoïde, et médiocrement transparents, qui forment la majeure partie de cette faune.
LEs COPÉPODES HOLOPÉLAGIQUES NÉRITIQUES. — Les plus constants à Banyuls sont :
CALANIDAE : Calanus helgolandicus CL.
Paracalanus parvus CL.
Calocalanus styliremis GTESBR.
Clausocalanus furcatus G. BRADY.