‹ Les Péridiniens parasites: Morphologie, reproduction, éthologieChapitre 88 sur 119 · IV. LES FLAGELLISPORES (BODONISPORES · texte numérisé non relu

IV. LES FLAGELLISPORES (BODONISPORES

MorPHOLOGIE. — Ces flagellispores sont très labiles. IL convient de les examiner aussitôt sorties du kyste, car elles sont sensibles aux plus petites variations dans la concentration de l’eau de mer. Grâce à leur nombre, on arrive, malgré leur agilité, à en prendre de bons croquis.

Les figures 169 montrent bien l’aspect de spores indemnes de toute altération. Elles ont la forme fondamentale d’un ovoïde, un peu comprimé suivant un de ses diamètres transversaux. La longueur est de 12 à 144; le diamètre varie dans une même spore de 8 à 10 y. Le pôle antérieur est arrondi, mais il porte une sorte de bec peu saillant. Le pôle postérieur est plus ou moins aigu.

Le cytoplasme est finement granuleux. Le noyau occupe le pôle anté-

1. Ces kystes gélifiés sont à rapprocher de ceux que forment les flagcllés bodonidés du genre Heteromita au stade végétatif, sphérique, plasmodial, immobile, connu sous le nom de Blastocystis, stade considéré par erreur comme un Blastomycète. Dans les deux cas, le plasmode enkysté se résout en flagellispores bodoniformes qui sont très vraisemblablement des gamètes. (CHATTON, Les Blastocystis, stades du cycle évolutif de flagellés intestinaux. O, r, soc, biol. [mémoires] LXXX, p, 565-560, 1 pl., 1917).

PÉRIDINIENS PARASITES 901

rieur tout entier, de telle sorte qu’il est tangent à la paroi cellulaire. Il ne laisse libre en avant que la cavité du bec. C’est à la base de celui-ci eb par conséquent, au contact même du noyau, tout comme chez les amibes du filaplosmode présporal, que s’insèrent, en un même point, les deux robustes flagelles. Mais, ici, ces flagelles sont très inégaux. L'un d’eux est sensiblement égal à la longueur du corps, tandis que l’autre la contient environ deux fois et demi. Le premier ondule largement autour du pôle antérieur, tandis que le second est dirigé en arrière dans la progression. Le résultat des actions flagellaires est un mouvement saccadé, non hélicoïdal, très comparable à celui des Bodonidés.

De tout ceci, rien ne rappelle la structure caractéristique des Dinoflagellés. Il faut pour en trouver des indices examiner le pôle antérieur du corps, le bec et l’insertion flagellaire.

Mais il convient préalablement de s’entendre sur l'orientation à donner au flagellé. Lorsque celui-ci qui, je le rappelle, est légèrement aplati, est vu de profil, l'extrémité du bec se montre déviée de l’axe du corps. Nous appellerons ventrale la grande surface située du côté de l'extrémité du bec, dorsale, celle qui lui est opposée.

Lorsqu’on regarde le flagellé par la face ventrale, le bec est dirigé vers la droite de l’observateur. Il indique donc la face gauche du flagellé. En d’autres termes, l’axe du bec, s’il était rectiligne, se projetterait sur la section transversale elliptique du corps, en bissectrice du secteur ventral droit formé par les deux diamètres de l’ellipse. On peut donc lui reconnaître grossièrement un côté ventral droit et un côté dorsal gauche. Ces deux côtés sont inégalement développés. Le côté dorsal gauche se prolonge sur la face correspondante du corps en une crête qui vers le premier quart antér:eur du flagellé se confond insensiblement avec la surface générale. Le côté ventral-droit, au contraire, est excavé et se dresse perpendiculairement à la surface sphérique du pêle antérieur. En somme, entre la saillie du bec et la surface du corps, se trouve l’ébauche d’un sillon hélicoïdal, long d’un demi-tour à peine, qui à son origine sur la face ventrale et qui descend en tournant de droite à gauche, c’est-à-dire exactement dans le même sens que le sillon hélicoïdal des dinospores des Syndinium, des Blastodinium, etc., de toutes les formes dextres de Dinoflagellés.

INDICES D’UNE STRUCTURE PÉRIDINIENNE. — Ainsi, les flagellispores bodoniformes de Paradinium Poucheti montrent l’ébauche d’une struc-

ture pér:d nienne. Mais celle-ci est si peu accentuée qu'il faut, pour la

852 EDOUARD CHATTON

reconnaître, une analyse minutieuse. D’aucuns pourraient même penser qu'il serait artificiel de vouloir en tirer, contre d'importants caractères qui s’y opposent, la preuve d’une parenté des Paradinium aux Dinoflagellés. Ce n’est pas le parasite des Acartia qui nous fournira la réponse à cette objection. Nous la trouverons dans l’étude des Atelodinium et des « spores à rostre ».

= DESTINÉE DES FLAGELLISPORES. — Le sort des flagellispores après leur libération m'est inconnu. Elles représentent probablement des isogamèêtes qui, dans les conditions normales, se fusionnent, fournissant un ookinèête qui est lui-même l’agent d’infection.

Mais il ne me paraît pas certain que ce soit sous la forme flagellée même que s’effectue la fécondation. J’ai vu une fois sur une lamelle déposée sur l’eau d’un bocal où se trouvaient beaucoup de kystes de Paradinium et beaucoup de flagellispores libres, ramper, de petites amibes, de la taille des éléments du filoplasmode, à pseudopodes filamenteux et ramifiés, et dont le gros noyau, bien visible en clair, était enveloppé d’une mince couche granuleuse. Je ne serais pas étonné que ces amibes ne soient autre chose que des flagellispores de Paradinium revenues à l’état amiboïde après leur libération. Mais je dois dire que je n’ai pu répéter et préciser l’observation.

Genre ATELODINIUM nov. gn.

Fig. 171-178, pl. XVI; 187-190, pl. XVII.

Espèce type du genre : Atelodinium microsporum nov. sp.

Scmmair2 Atelodinium microsporum, p. 353.

Hôte et fréquence, p. 353. — Aspect et répartition du plasmode, p. 353. — Structure du plasmode, p. 354. — Sporulation interne, p. 354. — Morphologie péridinienne des spores, p. 355. Atelodinium parasilicum, p. 355.

Hôte et fréquence, p. 355. — Aspect et répartition du plasmode, p. 356. — Structure du plasmode mitose, p. 356. — Plasmode en involution, p. 357.

Je crée ce genre pour deux formes parasites de Paracalanus parvus dont le plasmode présente les mêmes caractères que celui de Paradinium Poucheti, mais qui en diffèrent par leurs spores dont la morphologie péridinienne est beaucoup plus accusée que celle des bodonispores de l'espèce que nous venons d'étudier. Mais je dirai de suite que l’étude de ces formes est encore un peu précaire. La présence simultanée chez les

Paracalanus, de trois parasites cœlomiques : un Syndinium à spores poly-

PÉRIDINIENS PARASITES 353

morphes, et les deux formes qui vont nous occuper compliquait leur étude et rendait surtout délicate l'attribution à telle ou telle forme plasmodiale, de telle ou telle forme sporale. J’ai déjà exprimé les doutes que j'avais au sujet de l'attribution des « spores à rostre ». Je serai amené à la fin de ce chapitre à discuter de cette question et à

éclairer le lecteur sur la valeur de la solution qui lui est provisoirement donnée.

Atelodinium mierosporum, #0v. sp.

Fig. 177 eb 178, pl XVI; 187-188, pl. XVII.

Type de l’espèce parasite de la cavité générale de Paracalanus parvus CL. à Banyuls-sur-Mer. Automne (fig. 178, pl. XVI; 187-188, pl. XVIL)

HOTE ET FRÉQUENCE. — Ce parasite est beaucoup moins fréquent chez Paracalanus parvus, que Syndinium turbo et aussi que l’autre forme d’Atelodinium. Il ne m'est connu qu'aux stades avancés de son développement. Je l’ai choisi comme type du genre car c’est la seule forme dont les spores me soient connues.

ASPECT ET RÉPARTITION DU PLASMODE. — Le plasmode offre le même aspect fondamental que celui de Paradinium Poucheti. Mais les noyaux y sont moitié plus petits et, par conséquent, beaucoup plus nombreux. Ils mesurent de 3 à 4 et montrent le plus souvent des caryosomes. Le plasmode est plus diffus que chez les Acartia. Il ne se présente pas sous forme de masses, mais sous forme de réseau ou de lames. Il y à une lame pariétale sous-jacente à l’hypoderme et deux lames correspondant aux masses génitales de P. Poucheti. Ces lames sont anastomosées par des travées passant entre les faisceaux muscu'aires. Il y a aussi une masse périnervienne. In vivo, c’est naturellement la lame pariétale qui est le plus visible, et sa présence fait croire que le corps entier est rempli de plasmode. En réalité, ici aussi la masse parasitaire est beaucoup moins encombrante que celle des Syndinium. À cause de la petitesse des noyaux, bien visibles, on ne peut guère confondre ce parasite avec un Syndinium. Il n’en sera pas de même d’Atelodinium parasiticum à propos duquel j'insisterai sur les caractères qui distinguent in vivo les Syndinium des Paradinides.

Par contre il est chez Paracalanus parvus un tissu qui existe d’ailleurs aussi chez les Clausocalanus et chez d’autres genres, avec lequel le plas-

Page 1