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LE PERIL QUE NOUS AVONS EN FACE

Faisons des vœux pour que la Confédération canadienne n'ait pas à subir les tourmentes qui ont assailli les institutions de nos voisins. C’est par le fer et le feu qu’ils les ont interprétées d’une manière finale, et qu’ils ont imposé silence aux factions qui, par le moyen des législatures et des gouvernements des Etats, cherchèrent pendant de longues aunées à détruire le pouvoir national que le peuple souverain des Etats-Unis avait établi pour présider à ses destinées.

Comme nous l'avons observé déjà, les auteurs de notre constitution ont protité des défectuosités de la constitution américaine. Ils ont eu en vue d’édifier une autorité centrale assez puissante et munie d’une juridiction assez étendue pour exercer un contrôle et un frein salutaires sur les législatures subordonnées des provinces. Ont-ils pleinement réussi dans leur œuvre !

Oui, répondrions-nous sans hésitation, si les lézislatures respectaient la lettre et l'esprit de la constitution, si elles restaient dans les limites qui leur sont assignées. Malheureusement, il est loin d’en être ainsi, Nous sommes témoins d’empiètements fréquents sur le terrain fédéral, de résistance à l'autorité centrale,

si

d'efforts violents pour la discréditer et la détruire dans ses dispositions essentielles.

Quand la conférence de 1887 a résolu que le droit de désaveu devait disparaître, elle a résolu que la Confédération devait cesser d'exister, Car, sans un pouvoir suprême capable de régulariser le fonctionnement de nos institutions politiques actuelles, nous tomberions inévitablement dans la confusion et le chaos. Ce west pas de *‘ Downing Street ”” qu’il ese possible de voir si telle ou telle loi de la Nouvelle-Ecosse, de la province de Québec, de la Colombie est contraire à la constitution du Canaua ou nuisible à son crédit, etc.

Pour ceux qui croient que nous pou” vons nous développer comme peuple, continuer à exister avec des institutions distinctes, qu'il est dans notre intérêt de ne pas nous annexer aux Etats-Unis, il n’y a pas deux issues. La seule chose à faire est de maintenir intacte l’autcrité natiouale,legouvernement central etrégulateur d'Ottawa. Sur tuus les points où ilexisterait quelque doute, quant à sa juridiction, il faut amender la charte constitutionnelle de façon à rendre indiscutable la suprématie de son pouvoir. Et il faut exercer ce pouvoir avec l'énergie éclairée, patriotique qui veut éviter des désastres futurs.

Cur, les empiètements, l'ambition démesurée, les projets de révolte de certaines législatures deviennent des sujets d’inquiétudes et des causes de perturbation.

Le renom du Canada, sen crédit comme contrée d'ordre et de travail dans laquelle le surplus du capital et de la population des autres pays trouvent un champ profitable et certain—notre réputation et notre crédit, disons-nous, souffriront bientôt, d’une manière sérieuse, des agissements des législatures, si chaque fois | qu’elles sortent de la loi, elles ne sont forcées d’y rentrer. L'exercice du pou-

voir fédéral ne doit pas être arbitraire, mais il importe qu’il soit vigoureux, Le

temps est venu où ü serait imprudent de procéder par demi-mesures. Ce serait préparer la ruine de nos institutions, à courte échéance.

Nous ne sommes pas alarmistes, Les faits nous autorisent à temir ce langage.

Dans la plupart des provinces, les législatures sont des foyers de discorde nationale, de véritables adversaires de la constitution. Des hommes astucieux les mènent à leur guise, dans trop d'occasions, au moyen du patronage, de l'influence que donne le pouvoir, des préjugés —des préjugés de croyance et de race. Dans un pays comme le nôtre, où toutes les origines, toutes les fois religieuses sont obligées, par la force des choses, de se confondre dans la tolérance et la fraternité, où elles ont un égal titre à la liberté et à la protection @es lois !

Dans la Nouvelle-Ecosse, la légisiature s’est prononcée, sous l'influence et la pression du gouvernement provincial, pour la sécession.

Au Manitoba, la législature et le gouvernement, sous l'influence et ia passion de cliques et de corporations intéressées, ont fait des démarches scandaleuses contre une loi du Canada, passée duns l’intérêt général du pays, pour son avancemeut certain par la construction du chemin de fer du Pacifique. N’a-t-il pas même été question d'une rébellion, d’obtenir à main armée ce que les agitateurs appelaient ‘‘ justice”, et ce qui n’était, en réalité, que la destruction d’une garantie jugée—par l'autorité responsable au peuple, le parlement du Canada—indispeusable au succès de la grande entreprise destinée à accroître rapidement notre infuence, notre expansion, notre fortune,

Le gouvernement central, en vue de la multiplicité des intérêts en jeu, a cru devoir en venir à un compromis, pour lequel il a fallu engager notre crédit natioual. Quelle a été la conséquence pour la

que nous avons décrites ? Elle est tombée dans une crise d’où elle sortira dificilement intacte. Les cliques sont comme autant de vautours autour de son trésor vide. Son gouvernement, ses hommes publics sont dénoncés comme des spéculateurs, etc., etc.

Tout mis en ligne de compte, il n’est pas certain, qu’au point de vue des résultats, le gouvernement fédéral a eu raison de prêter l’oreille aux cris et aux menaces des factieux du Manitoba qui, du reste, avaient trouvé de l'appui dans la conférence de Québec.

Cette coucession était de nature à encourager l’école “provinciale.” Dans plusieurs législatures, à leurs sessions deruières, dans la presse qui a adopté cette idée ‘‘ provinciale” comme programme, les opinions les plus dangereuses, les plus anti-nationales ont été émises, Le pouvoir central est représenté, dénoncé comme ‘“V’eunemi”’—l’ennemi contre lequel il faut se mettre en garde et en lutte ! Enfin, on vise directement à sa destruction pour y faire succéder la souveraineté des provinces. Le peuple de ce pays aurait sept maîtres dans les sept gouvernements des sept provinces |

C’est ce péril que nous avons en face, Il est temps encore de le conjurer.

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