Trousseau. « Clinique médicale», Tome I, p
produite par une perforation intestinale. On appliqua immédiatement sur le ventre vingt sangsues. Le jour suivant on ne trouva dans l’état de la malade aucune espèce d'amélioration. Alors d’après les résultats obtenus par Stokes (de Dublin) dans des cas analogues, on crut devoir recourir aux narcotiques à haute dose, et l’on prescrivit en conséquence 25 centigrammes d’extrait thébaïque pour les vingt-quatre heures. En même temps, on recommanda l’ahstinence la plus complète de boissons et l'immobilité la plus absolue. Malgré tous ces moyens les vomissements persistaient toujours ; la langue devint sèche et les autres accidents ne s’amendèrent en rien. Seulement la douleur du ventre qui d’ailleurs était assez supportable dès le premier jour, était devenue à peu près nulle le troisième jour et n'était perçue par le malade que lorsqu'on venait à exercer sur l'abdomen une assez forte pression, |
Les mêmes moyens furent continués, mais dans la soirée, c'est-à-dire environ soixante-douze heures après le début des premiers accidents la malade expira.
L'autopsie démontra l'existence d’une péritonite. Le paquet intestinal dans la plus grande partie de son étendue était tapissé çà et là d'une couche de lymphe plastique molle et récente. De plus le fond du bassin contenait 4 à 5 onces d’un liquide laiteux de nature purulente. Le mésentère surtout était recouvert de concrétions pseudo-membraneuses plus ou moins épaisses mais très peu consistantes.
Malgré toutes les recherches possibles on ne put découvrir nulle part la moindre perforation intestinale, pas plus au lieu d'élection que dans toute autre portion de l'intestin. Le tube intestinal fut trouvé parfaitement sain : seulement vers la fin
de l'iléon, et surtout au niveau de la valvule, il y avait quatre
ou cinq plaques sans saillie, mais offrant une coloration noirätre : c'étaient des glandes de Peyer qui avaient été malades et qui étaient arrivées à la période de résolution, mais nulle part on ne pouvait découvrir ni ulcération, ni érosion. Les autres organes abdominaux étaient sains, la rate se montrait petite et ferme, le foie à l’état normal, les poumons légère-
ment engoués vers leur partie postérieure. »
Thirial présentait quatre cas analogues dans son mémoire. Nous avons dit que bientôt après, MM. Bourdon et Pidoux vinrent confirmer la justesse des faits avancés par Trousseau et Thirial.
Dans l’Union médicale de 1856 on trouve rapportée l'observation d’une jeune fille de 19 ans qui entre à l’hôpital Lariboiïsière le 3 décembre 1855. Elle présente comme symptômes : un pouls à 144, dur ; une langue humide chargée d’un enduit blanc, épais; des nausées, puis des vomissements verdâtres porracés. Le ventre est peu tendu, très douloureux spontanément et surtout à la pression, dans toute son étendue mais principalement vers les fosses iliaques. Le 5 décembre, le facies devient pâle, grippé, la céphalalgie est intense, les symptômes s’aggravent et la malade succombe.
A l’autopsie : ontrouve avec leslésions de la péritonite, injection, fausses membranes ct pus disséminés dans la cavité péri toncale, les signes anatomiques d'une fièvre typhoïde à son début : follicules isolés, développés, pliques de Peyer saillantes, tuméfiées, mais aucune ulcération dans toute l’étendue de l'intestin grêle. Bien entendu qu'on s'est assuré par un examen minu-
Roy =
tieux qu’il n’y avait aucune solution de continuité accidentelle
de l'intestin.
Une seconde observation du même auteur se rapporte à un jeune homme de 19 ans qui entre également à Lariboisière pour fièvre typhoïde et qui succombe au bout de trois semaines — avec les symptômes de péritonite.
À l’autopsie on constata entre autres lésions l’existence de séro-pus dans la cavité du peritoine qui était rouge par gran-des plaques. Les anses intestinales étaient mollement agglutinées par plusieurs points. Les recherches les plus minutieuses ne firent point découvrir de perforation. Enfin les ganglions mésentériques élaient engorgés et ramollis ; des follicules de Peyer, nombreux, étaient tuméfiés et plusieurs ulcérés superficiellement sans que nulle part la perte de substance s’étendit
jusqu à la tunique séreuse,
: A l'étranger on signale vers la même époque ou un peu plus tard des cas semblables où la péritonite parait se développer sans cause apparente, sinon par la propagation.
Murchison dit : « J’ai les détails de quatre cas « dans lesquels on ne peut trouver aucune autre « cause pour expliquer la péritonite qui avait déter- « miné la mort. Les malades étaient âgés de 13, 21, « 36 et 50 ans,et la mort est survenue le cinquante- « sixième, vingt-deuxième, seizième et trente-cin- « quième jour de la fièvre. » Le second de ces cas concerne une jeune fille, Elisabeth L..., âgée de
21 ans, admise au London Fever Hospital le 18 juillet 1864 après huit jours de maladie et qui succomba au vingt-deuxième jour de sa fièvre typhoïde par suite de péritonile.
À l’autopsie : les intestins étaient très injectés et recouverts d’une couche de lymphe de formation récente, Ulcération étendue sur la partie inférieure de l’iléon ; la plupart des eschares sont encore adhérentes. La base des ulcères dont les eschares s'étaient détachées était formée par les fibres musculaires transverses dénudées. Dans cinq ou six plaques de Peyer à la partie inférieure des intestins les eschares s'étaient étendues à travers l'enveloppe du péritoine, mais étaient adhérentes à leur bord de
sorte que le contenu des intestins ne s'était pas échappé (x).
En Allemagne, Griesinger affirme avoir vu quelques exemples analogues.
«!l est important, écrit-il dans son 7raitédes « Maladies infectieuses, de savoir quela péritonite «a peut se développer dans la fièvre typhoïde à la «suite d’autres causes que la perforation ; les « phénomènes de péritonite n’annoncent pas néces- « sairement cet accident. Lorsque l'infiltration est «très abondante, profonde et s'étend jusqu'au « péritoine,.… l’inflammation de la séreuse pourra « se développer. Dans des cas plus rares elle résul- « tera de l'ouverture d’un abcès de la rate, des parois « de la vessie, d'ulcérations dysentériques ou gan-
1. Murchison. Traité de la fièvre typhoide (traduit par Lutaud), 1878.
De
« greneuses. Il y a enfin des cas où l’on voit tout « d’un coup se produire des douleurs abdominales « et des phénomènes de collapus. A l’autopsie on « ne retrouve qu’une injection récente du péritoine, «un peu d’enduit visqueux et quelques cuillerées de «liquide. On ne peut reconnaître aucune cause mé- « canique ayant pu développer la péritonite. J'ai . Ctrès peu d'exemples de cas de la première et de la « dernière espèce ; les faits où j'ai vu la guérison « survenir après des symptômes de péritonite intense «ainsi que ceux de prétendue guérison de per- « foration intestinale appartiennent à cette catégo- «rie (1). »
1. Griesinger. Maladies infectieuses (trad. par Vallin, 1877).