‹ Les PéritonitesChapitre 26 sur 38 · LE ET C · texte numérisé non relu

LE ET C

douleur, une selle liquide jaunâtre, suivie au bout d’un quart d'heure d'une autre selle abondante ayant les mêmes caractères. L'interne de garde appelé ne constate aucun ballonnement du ventre, compte le pouls qui est faible et bat à 110; le facies qui était congestionné jusqu'alors est devenu très pâle ; le malade par suite de la douleur respire bruyamment et est essoufflé. Une vessie de glace est placée sur le ventre et rapidement la douleur disparaît en même temps que l'oppression.

De l'extrait d’opium est donné en potion. Les boissons sont supprimées ainsi que les bains. La température prise à 1 heure du matin est de 39° 4. À r h. 1/2 quelques secousses de hoquet et un vomissement jaune verdâtre.

À 3 heures: température : {0° 5. Aucune douleur ; le malade sommeille jusque vers 5 h. 1/2.

À 6 heures : température ; {ro 2.

À 8 heures l’un de nous voit le malade dès son arrivée à l’hôpital: Il frappe par la pâleur de son visage : les traits sont tirés, les yeux cernés, le nez froid, la langue est sèche ; le pouls, faible, bat à 114. Le ventre est à peine sensible : il n'est pas ballonné. La percussion ne fait percevoir aucune matité dans les flancs ni au niveau de l’hypogastre; la matité hépatique est conservée. M. Albarran, prévenu aussitôt, examine le malade et confirme notre diagnostic de perforation intestinale, bien qu'il n'y ait aucun météorisme abdominal,

L'opération est pratiquée immédiatement.

Opération. — Incision sous-ombilicale médiane. A l'ouverture de l'abdomen il ne s'échappe aucun gaz, mais il s’écoule environ un litre et demi d’un liquide jaune brunâtre, fluide, rappelant le

bouillon, sans odeur fécaloïde ni autre, contenant des grumeaux

re

blanchâtres. Les anses intestinales très congestionnées ne sont pas distendues, mais elles sont agglutinées par de nombreuses fausses membranes blanc jaunâtres surtout abondantes à droite, assez friables et se laissant facilement déchirer. Le petit intestin est d’abord exploré sur toute sa longueur et ne présente aucune trace de perforation ; le gros inteslin est ensuite exploré et n'offre non plus aucune trace de perforation ; l’appendice paraît absolument sain. Le mésentère contient de nombreux et volumineux ganglions ; aucun d’eux n'est ulcéré.

Drainage, suture, pansement.

Le malade porté dans son lit après l'opération reste somnolent. Vers 3 heures de l'après-midi il ressent le besoin d’aller à la garde-robe ; placé aussitôt sur le bassin il évacue environ deux verres d’un liquide luide, rouge ; il s’affaisse tout à coup: il était mort,

Autopsie. — Le petit bassin contient environ deux verres de liquide brun jaunâtre, sans aucune matière d’aspect fécaloïde. L'intestin est examiné depuis le pylore jusqu’à l'anus : il est très congestionné dans le dernier tiers de l’iléon et dans le côlon ascendant ; il est recouvert d’exsudats blanc jaunâtre assez abondants sur une étendue de 1 m. 5o environ en amont de la valvule iléo-cæcale, ainsi que sur le cæcum et le côlon ascendant. Par l'épreuve de l’eau on ne constate aucune trace de perforation intestinale ni même de fissure : il s'échappe ainsi par le bout inférieur une assez grande quantité de sang, indice d'une hémorragie intestinale dont la cause semble siéger au niveau d’une large plaque de Peyer iléale, ulcérée récemment, à 5o centimètres en amont de la valvule iléo-cæcale. Nombreuses ulcérations typhoïdiques dans l’iléon, le cæcum et le côlon

ascendant. Aucune trace de perforation cicatrisée. L'appendice

MEN de fer 2 À

est absoiumentsain, sans perforation et sans même de congestion, macroscopiquement.

L’estomac, les voies biliaires, les ganglions mésentériques et abdominaux sont volumineux : le foie, la rate, les reins ne

présentent aucune lésion pouvant expliquer la péritonite.

Aïnsi nous voyons une fois de plus, par cet exemple, combien la symptomatologie de la péritonite est anormale.

Ici, cliniquement le début a lieu par une douleur violente et brusque, à une heure très précise, à la façon d’une péritonite par perforation et cependant les lésions péritonéales constatées à l'opération, c'està-dire dix heures après le début apparent des accidents, ont montré à l’évidence que l'infection péritonéale datait sans aucun doute de beaucoup plus longtemps.

« Cettepéritonite a doncévolué tout d’abord, d’une façon absolument latente sans aucun phénomène subjectif ni objectif ayant attiré l’attention, sans aucune modification même de la courbe thermique.

« Et il est à remarquer que cette latence des phé- « nomènes infectieux péritonéaux n’a pas tenu à ce « que le malade, comme on pourrait le supposer, « était plongé dans l’adynamie et la stupeur. Ce jour « même ilnous avait parlé comme de coutume et sa « mère et sa garde n'avaient rien remarqué d’anor-

.« mal dans son état (1) ».

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