GÉNÉRALITÉS
Bien souvent on voit la fièvre typhoïde s’écarter de son cours classique, régulier ; elle change d’allures, s'aggrave dans toutes ses manifestations ou se complique d'accidents localisés. C’est alors qu’elle échappe à toute description d'ensemble, soit que la guérison survienne enfin après de longues et inquiétantes vicissitudes, soit que la mort soudaine ou rapide interrompe le cours de la fièvre.
Les complications sont extrêmement fréquentes : elles peuvent apparaître à toutes les phases de la maladie et leur rôle est tel dans la mortalité que sur 927 autopsies de typhiques faites à l’Institut pathologique de Munich de 1854 à 1865, 93,5 pour 100 ont été provoquées par des complications.
Ces chiffres ne doivent pas étonner, car il ne faut pas oublier que la fièvre typhoïde est une maladie infectieuse primitivement locale et secondairement générale ; aussi est-elle fertile en déterminations localisées et en infections secondaires. Le microbe spécifique qui en est le facteur a pour habitat le tube digestif et particulièrement l'intestin : de ce lieu d’origine il se répand dans tout l’organisme ; et il n’est pas d’endroit où l’on n'ait pu démontrer sa
présence ; il agit par lui-même et principalement par les toxines qu'il verse dans l’économie et qui troublent les fonctions de tous les organes.
N'oublions pas non plus que la fièvre typhoïde est caractérisée au point de vue anatomique par une altération spéciale de l'appareil folliculaire de l’intestin grêle et en particulier des plaques de Peyer, avec lésions concomitantes des ganglions mésentériques et de la rate. Certains accidents — des plus graves — sont la conséquence immédiate de ces lésions intestinales : ce sont les hémorragies et les péritonites. Ces péritonites, aiguës ou subaiguës, généralisées ou circonscrites, sont tantôt provoquées par la perforation de l'intestin ou la rupture d’un foyer de suppuration qui s'ouvre dans la cavité péritonéale, — « péritonites par perforation — » ; tantôt l’inflammation s'étend de proche en proche sans effraction, de l'intestin ou d’un autre organe à la séreuse — « péritonites par propagation ».
Parmi ces dernières, nous n’envisagerons dans notre sujet que les péritonites dues’à l'infection propagée directement de l'intestin au péritoine et nous laisserons volontairement de côté les péritonites par propagation dont le point de départ peut être la vésicule biliaire enflammée mais non perforée, un infarctus de la rate, la rupture d’un ganglion mésentérique ; faits exceptionnels dont cependant quelques auteurs comme Budd (1964), Hagenmüller (1856), Murchison, Hoffmann (1869), Liebermeister, rapportent certaines observations.
TS
Si l’on fait abstraction des cas où elle a cette origine, la péritonite par propagation est une complication rare de la fièvre typhoïde. Son existence est même très discutée. Mais ces raisons ne doivent pas nous arrêter dans notre travail, et nous suivrons le conseil de Thirial qui, en 1853, s’exprimait ainsi:« Je « reconnais, disait-il, l'utilité d'établir des faits géné- « raux en médecine qui soient à la fois l’expression « exacte de la vérité et le flambeau le plus propre à « nous guider dans nos recherches ultérieures, mais «il n'importe pas moins de tenir compte des faits « de minorité. »