‹ Les PerraultChapitre 11 sur 60 · BRUN · texte numérisé non relu

BRUN

rer sur soi les regards des puissants, devint le plus diligent et le plus appliqué des fonctionnaires.

En 1663, Colbert n'était encore que surintendant des finances : il ne succéda officiellement à M. de Ratabon, surintendantdes bâtiments, que le 1° janvier 1664; mais déjà il s’occupait d’affaires qui ne concernaient en rien les finances. Désireux de perpétuer la mémoire des grandes actions du roi ainsi que des fêtes et divertissements dont elles étaient l’occasion, il résolut de former pour cet objet un petit conseil de gens de lettres. Il jeta les yeux d’abord sur Chapelain, puis sur l'abbé de Bourzeis et l'abbé Cassagne. Comme il voulait que les conseillers fussent quatre, il consulta Chapelain, et tout de suite celui-ci proposa son ami Charles Perrault.

Le ministre se rappela avoir lu et trouvé fort bonne l’ode de Perrault sur la paix, il l'avait même signalée à Mazarin. I avait aussi entendu parler des embellissements de la maison de Viry, et, comme il se savait à la veille de recevoir la surintendance des bâtiments, il croyait bon d'appeler auprès de lui quelqu'un qui pût contrôler les architectes et les entrepreneurs. Cependant, avant de se décider, il désira connaître un échantillon de la prose de son futur commis, et Chapelain pria Perrault de rédiger un Discours sur l'acquisition de Dunkerque par le roi. Cet exercice oratoire, d’une langue précise et solide, plut au ministre. Ayant

ainsi fait toutes ses preuves, Perrault fut, le 3 février 1663, agréé comme membre du petit conseil qui prit le nom de « petite académie ». Il avait trente-cinq ans.

Peu de temps après, Colbert mena Chapelain, Bourzeis, Cassagne et Perrault faire la révérence au roi. Celui-ci leur adressa ces paroles où se montrait sa superbe courtoisie : « Vous pouvez, messieurs, juger de l’estime que je fais de vous, puisque je vous confie la chose du monde qui m'est la plus précieuse, qui est ma gloire. Je suis sûr que vous ferez des merveilles ; je tâcherai, de ma part, de vous fournir de la matière qui mérite d’être mise en œuvre par des gens aussi habiles que vous êtes. »

L'emploi de la petite académie fut de composer des légendes pour les médailles et des devises pour les tapisseries, monuments et sculptures, de revoir et corriger les ouvrages soit en prose soit en vers qui étaient dédiés à la gloire de Louis XIV. La petite académie fut aussi chargée d'écrire l’Histoire du Roi, mais cette tâche lui fut bientôt enlevée, pour être confiée à Pellisson, puis à Racine et à Boileau.

Pendant dix-neuf ans, Perrault sera tout entier aux tâches diverses et accablantes que lui imposera la confiance de Colbert. Durant les dix premières années qu il passa auprès du ministre, il produira encore quelques pièces d’apparat ou de circons-

tance : La Peinture, un petit poème assez ingénieux, encombré d’allégories et d'apologues, où il célébrera tour à tour Le Brun, Colbert et Louis XIV; Le Parnasse poussé à bout, lettre à Chapelain à propos de la conquête de la Flandre ; une traduction en vers, mais terriblement prosaïque, de l’£pître de Michel de l’Hospital au Cardinal de Lorraine; une Réponse à un poème de M. Quinault où Apollon se plaint que le Mécène des gens de lettres (Colbert) refuse d'être loué; une Critique de l'Opéra ou examen de la tragédie intitulée Alceste ou Le triomphe d'Alcide ; enfin des harangues et des compliments académiques. En 1675, il composera un recueil de ces divers ouvrages en prose et en vers, il en déposera à la bibliothèque de Versailles un manuscrit calligraphié et délicieusement illustré par Le Brun et Sébastien Le Clerc, puis il laissera imprimer les pièces que contenait ce manuscrit. Ensuite il gardera le silence jusqu’au jour où il aura liquidé les dernières affaires de son emploi.

1. Ce manuscrit est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque du château de Chantilly.

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