DESSIN DE CLAUDE PERRAULT
pour la façade du Louvre du côté de la cour.
(Archit., fr.
de J.-F, Blondel)
finit par choisir le projet de Claude Perrault. Sans doute, l'aventure aurait pu, cette fois, avoir un autre dénouement si Charles Perrault n'avait été le commis de Colbert et s’il n'avait mis tant de zèle à servir les intérêts de sa famille et de l’art français; mais, dans tous les cas, l'étranger aurait été finalement écarté au profit d'un Français. Ni les engouements du public ni les caprices du prince ne sauraient rompre la chaîne de la tradition natio-
nale.
V. — L'OBSERVATOIRE L'ARC DE TRIOMPHE DE LA PORTE SAINT-ANTOINE VERSAILLES
En même temps qu'il était chargé de l'achèvement du Louvre, Claude Perrault avait à dessiner les plans de deux grands édifices : l'Observatoire et l'Arc de Triomphe de la Porte Saint-Antoine.
L'Observatoire fut bâti de 1667 à 1672. Colbert avait remis à l’Académie des Sciences le soin d'en choisir l'emplacement. On pensa d’abord à Montmartre, mais on redouta le voile que formaient vers le midi les fumées de Paris, et l’on se décida pour le faubourg Saint-Jacques : là s’étendait au sud un vaste et clair horizon. Durant la construction Perrault, bien que ses plans eussent
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été approuvés par Colbert, fut obligé de les remanier à plusieurs reprises. Cassini, que le roi venait d'appeler en France, harcelait l’architecte de ses critiques. Le Vau, chagrin qu’on eût confié à un autre les plans de l'Observatoire, appuyait Cassini. Malgré tout, l'Observatoire est un bâtiment parfaitement approprié à ses fins scientifiques, et ses deux façades du nord et du midi montrent une puissante et originale beauté.
Quant à l’Arc de Triomphe élevé par la ville de Paris à la gloire de Louis XIV après les conquêtes de la Flandre et de la Franche-Comté, la première pierre en fut posée le 6 août 1670. Le Brunet Le Vau avaient donné des dessins auxquels furent préférés ceux de Perrault. Nous ne connaissons pas le projet de Le Vau, mais nous possédons un dessin de Le Brun. Bien que très analogue à l'édifice de Perrault il nous semble présenter un décor plus élégant, un aspect plus décoratif, plus triomphal. Au reste ce monument dura peu. Il ne fut jamais élevé en pierre que jusqu’à la hauteur des piédestaux des statues. On le termina en plâtre : 1l fut vite délabré, on le démolit en 1716.
Claude Perrault a, comme tous les artistes de son temps, concouru à la création de Versailles.
À la vérité, il semble n'avoir eu aucune part dans le dessin et la construction des bâtiments. Lorsqu’en 1668, Louis XIV décida de transformer son « petit château » en une « grande maison », il
demanda des plans à divers architectes : Le Vau, Jacques Gabriel, Antoine Le Paultre, Vigarani et Claude Perrault. Ce dernier présenta un projet qui, au dire de Charles Perrault, fut approuvé du roi et de son conseil, mais qui faisait table rase des constructions primitives. Or, le roi, après s'être d'abord résigné à cette démolition, avait changé de sentiment, et l’on avait beau lui représenter que le « petit château » menaçait ruine : « Faites ce qu'il vous plaira, répondait-il, mais si vous l’abattez je le ferai bâtir tel qu il estet sans y rien changer. » [1 désigna donc Le Vauquiacceptait de conserver les bâtiments anciens et de les raccorder au plan du château neuf. On conçoit, d'ailleurs, que celui-ci, auteur du premier Versailles, ait répugné à raser un ouvrage dont il était fier. Il était non moins naturel que Perrault ne partageât pas cette manière de voir.
S'il fut étranger à l'architecture du palais, il donna de nombreux dessins pour l’ornementation des jardins. Malheureusement, nous le verrons plus loin, tous ces dessins ont péri. Voici les ouvrages auxquels il a collaboré.
a) La Grotte de Thétys. — Cette grotte qui s'élevait à l'emplacement maintenant occupé par le vestibule de la chapelle, fut détruite en 1684 quand Jules Hardouin Mansart construisit l’aile du nord. Nous la connaissons par de nombreuses estampes et par les descriptions de Madeleine de Scudéry
dans la Promenade de Versailles et de La Fontaine dans les Amours de Psyché. On y voyait, dans un magnifique décor de fontaines, de rocailles et de coquilles, les admirables groupes sculptés par Girardon, Regnaudin, Tubi, Marsy et Guerin, qui, après bien des vicissitudes, furent placés, au XVIII siècle, sous un rocher d'Hubert Robert, dans le bosquet des bains d'Apollon. Quand on entreprit de bâtir la grotte, Charles Perrault raconte qu'il eut le premier l’idée « d'y mettre Apollon qui va se coucher chez Thétys après avoir fait le tour de la terre, pour représenter que le roi vient se reposer a Versailles après avoir travaillé à faire du bien à tout le monde. » Il confia sa pensée à Claude qui en fit un dessin sans exemple, « raison, dit-il, pour laquelle il aurait dû être préféré. » Que voilà bien nos Perrault! C’étaient « des figures colossales qui auraient été de marbre blanc, revêtues en partie de rocailles qui les auraient fait paraître d’une seule pièce. » Cette nouveauté déplut à Le Brun quifit exécuter les groupes en marbre. Mais les autres ornements qui ravissaient Jean de La Fontaine, les trois grilles où rayonnait un soleil d’or, les « compartiments » de la voûte et du pavé, les masques de rocailles, les revêtements des parois où se mêélaient |
Morceaux pétrifiés, coquillage, croissance, Caprices infinis du hasard et des eaux.
toutes ces fantaisies avaient été imaginées et dessinées par Claude Perrault.
b) La Pyramide, le Bain de Diane, l'Allée d'eau.— Cette merveilleuse succession de fontaines est encore l'ouvrage de Perrault. La Pyramide avec ses quatre vasques superposées forme un des plus jolis jeux d'eau de Versailles. Le Bain de Diane dont Girardon a sculpté le grand bas-relief, est une composition de la grâce la plus délicate. Les groupes d'enfants qui s’étagent sur la longue pelouse entre le bosquet de l’Arc de Triomphe et celui des Trois fontaines, sont une délicieuse invention; ils n'étaient d’abord que quatorze, sept de chaque côté ; on en ajouta huit, et les deux files furent prolongées dans la demi-lune du Dragon; puis les enfants, les « marmousets » qui étaient d’abord en plomb doré, furent fondus en bronze. La Pyramide, le Bain de Diane et les Marmousets ont été parfois attribués à Le Brun. Charles Perrault en revendique l'invention pour son frère. Afin d'en décider il faudrait posséder les dessins de Perrault, mais ils n'existent plus.
c) Vases de marbre ct de bronze. — Parmi les nombreux vases que Claude Perrault dessina pour Versailles, son frère en vante particulièrement deux, exécutés par Girardon : la Force où étaient représentés les travaux d'Hercule, et La Douceur
qu'ornaient les Trois Grâces. C’est en vain qu'on les cherche aujourd’hui dans le parc de Versailles. Ils ont subi le sort de tant de chefs-d œuvre 4 furent détruits ou dispersés.
Ajoutons, pour ne rien omettre, que Charles Perrault fit quelques travaux dans la chapelle du château de Colbert à Sceaux (aujourd’hui démoli), qu'il a orné de grands pilastres corinthiens le chœur de l’église Saint-Benoït sa paroisse (également disparue), et qu'il a décoré la chapelle de Notre- Dame de Savone dans l’église des Petits-Pères, Notre-Dame des Victoires. |
Telle fut l’œuvre de Claude Perrault. Sa carrière d'architecte avait été très courte. À partir de 1680, pendant les huit dernières années de sa vie, il s'absorba dans des études théoriques et des recherches scientifiques.