VI. —, LES ÉCRITS DE CLAUDELPERBANILT
Chargé par Colbert de faire une traduction de Vitruve, Claude Perrault dédia son ouvrage à Louis XIV. Il disait dans la préface :
« [1 me semble que la difficulté qui se rencontre dans la traduction de Vitruve vient de ce qu'iln'est pas aisé de trouver en une même personne les différentes connaissances qui sont nécessaires pour
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Y réussir; car l'intelligence parfaite de ce qu’on appelle les Belles-Lettres et l'application assidue à la critique et à la recherche de la signification des termes qu’il faut recueillir avec beaucoup de jugement dans un grand nombre d'auteurs de l’antiquité, se trouvent rarement jointes avec ce génie qui, dans l'architecture, de même que dans tous les Beaux-Arts, est quelque chose de pareil à cet instinct que la Nature seule donne à chaque animal et qui le fait réussir dans certaines choses avec une facilité qui est déniée à ceux qui ne sont pas nés pour cela. »
S'il n’est pas arrivé à dissiper les innombrables obscurités de Vitruve, ce n’est assurément pas qu’il ait manqué de deux qualités, par lui-même jugées indispensables : il savait le latin, et l'on ne peut dire que l’auteur de la Colonnade du Louvre ait été sans génie. Il a scruté et discuté chaque mot des dix livres de Vitruve avec une remarquable ingéniosité. Les notes abondantes dont sa traduction est accompagnée, attestent ses connaissances philologiques, elles montrent aussi qu'il avait profondéinent médité sur tous les détails de l’art de bâtir. À ces éclaircissements il a éncore ajouté une suite de planches qu’il a dessinées lui-même et fait graver par Sébastien Leclerc. Il n’en est pas moins obligé, presque à chaque page, d’avouer que son auteur est difficile, que ses interprétations sont
contestables. Il manquait peut-être à Perrault
d’avoir vu de ses yeux les grands monuments de l’antiquité : il connaissait ceux de Rome par les relevés que tant d'architectes en ont fait sur place; comme tous ses contemporains, il n'avait de l’art grec que des notions incomplètes ou erronées. On assure d’ailleurs que, malgré les découvertes de l'archéologie moderne, plus d’un passage de Vitruve est resté matière à controverse.
Ce qui nous intéresse plus que la traduction de Vitruve, c'est les notes de Perrault. Dans ses remarques ainsi que dans son traité de l'Ordonnance des cing espèces de colonnes selon la méthode des anciens paru en 1683, il a exposé ses idées sur l'architecture. À ce point de vue les notes de la deuxième édition de Vitruve, publiée en 1684, sont particulièrement instructives : il y répond aux critiques assez acerbes dont un autre architecte, François Blondel, avait criblé les plans et les dessins du Louvre dans son Cours d'architecture. Pour justifier son ouvrage Perrault édifie sa théorie.
Il n'a jamais pensé que l'architecture moderne pût être infidèle aux leçons de l'antiquité. Pour lui comme pour les architectes de la Renaïssance française, Lescot, Bullant et Philibert de l’'Orme, comme pour ses prédécesseurs immédiats Du Cerceau, Le Mercier, Mansart, comme pour ses contemporains Le Vau, Dorbay, Blondel, l’ordre antique reste l’inébranlable principe de l'architecture ; mais — ici va se révéler le tempérament novateur des
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