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Discours sur l'Ode

Et d’une plume douce, aisée et naturelle,

Pourrit, vingt fois encor moins lu que /a Pucelle. Elle en accuse alors notre siècle infecté

Du pédantesque goût qu'ont pour l'antiquité Magistrats, princes, ducs et même fils de France, Qui lisent sans rougir et Virgile et Térence,

Et toujours pour Perrault, pleins d’un dégoût malin Ne savent pas s’il est au monde un Sasnt Paulin.

Ces vers blessent Perrault au vif : peut-on faire à un homme de lettres injure plus cruelle que d’assurer que ses livres pourrissent chez le libraire? L'occasion lui paraît excellente de répondre à la satire de Boileau par une Apologie des femmes : il se conciliera ainsi toutes celles qu'ont révoltées les brutalités du vieux misogyne. Il célèbre donc leur vertu, leur fidélité, il venge M de la Sablière des méchantes raïlleries de Boileau, il chante les joies du foyer — qu'il n'avait pas tenu à connaître avant quarante-trois ans. Boileau est invité à se reconnaître dans le portrait que voici :

Regarde un peu de près celui qui, loup garou,

Loin du sexe a vécu, renfermé dans son trou;

Tu le verras crasseux, maladroit et sauvage,

Farouche dans ses mœurs, rude dans son langage,

Ne pouvoir penser rien de fin ni d’ingénieux,

Ne dire jamais rien que de dur ou de vieux.

S'il joint à ces talents l'amour de l’antiquaille,

S'il trouve qu’en nos jours, on ne fait rien qui vaille Et qu à tout bon moderne il donne un coup de dent,

De ces dons rassemblés se forme le pédant,

Le plus fastidieux comme le plus immonde De tous les animaux qui rampent dans le monde.

A l’Apologie des femmes Perrault joint une préface où il se donne pour « le défenseur des « bonnes mœurs et de l’honnêteté » et accuse Boileau d'avoir, à l’imitation d'Horace et de Juvénal, déclamé contre les femmes « d’une manière scandaleuse et en termes qui blessent la pudeur ».

La galerie se divertit à entendre traiter le sévère Boileau d' « homme perdu ». Elle attend avec impatience le livre qu'il a promis d'écrire, et où il doit réfuter le Parallèle. Le prince de Conti le menace d'aller à l'Académie, et d'écrire sur le fauteuil du satirique : Tu dors, Brutus.

Boileau publie enfin les Réflexions critiques Sur quelques passages de Longin dont les neuf premières concernent Perrault. Ce n’est pas la réfutation promise ; mais Boileau y revient, une fois de plus, sur ses anciens démêlés avec Claude Perrault ; 1l répète que ce dernier n'a jamais rien bâti; il soutient que ses propres frères ne furent jamais les protégés du contrôleur des bâtiments ; puis c'est une longue suite d'observations grammaticales destinées à prouver que Perrault ignore le grec : tout le monde s’en doutait. Chemin faisant, il rétorque l’accusation de pédantisme portée contre lui par Perrault.

Un pédant est un homme plein de lui-même qui avec un médiocre savoir décide hautement de toutes choses, qui se vante sans cesse d’avoir fait de nouvelles découvertes; qui traite de haut en bas Aristote, Épicure, Hippocrate, Pline ; qui blâme tous les auteurs anciens; qui publie que Jason et Barthole étaient deux ignorants, Macrobe un écolier; qui trouve à la vérité quelques endroits passables dans Virgile, mais qui y trouve aussi beaucoup d’endroits dignes d’être sifflés, qui croit à peine Térence digne du nom de joli; qui tient que la plupart des anciens n’ont ni ordre ni économie dans leurs discours ; en un mot qui compte pour rien de heurter sur cela le sentiment de tous les hommes.

Ça et là quelques arguments assez forts.

Le gros des hommes à la longue ne se trompe pas sur les ouvrages de l'esprit. Il n’est plus question à l’heure qu'il est de savoir si Homère, Platon, Cicéron, Virgile sont des hommes merveilleux ; c'est une chose sans contestation, puisque vingt siècles en sont convenus : il s'agit de savoir en quoi consiste ce merveilleux qui les a fait admirer de tant de siècles, 1l faut trouver le moyen de le voir, ou renoncer aux belles lettres, auxquelles vous devez croire que vous n'avez ni goût ni génie, puisque vous ne sentez pas ce qu ont senti tous les hommes.

Cette preuve par le consentement unanime ne pouvait émouvoir un esprit résolu à juger par ses seules lumières tout ce qui ne concernait ni l'État ni la religion ; mais Boileau y ajoutait une remarque de pur bon sens qui, celle-là, portait droit et juste :

Puisque c'est la postérité seule qui met le véritable prix aux ouvrages, il ne faut pas, quelque admirable que vous paraisse un écrivain moderne, le mettre aisément en parallèle avec ces écrivains admirés durant un si grand nombre de siècles, puisqu il n’est pas même sûr que ses ouvrages passent avec gloire au siècle suivant.

Cette solide et irréfutable maxime était autrement décisive que le travail de grammairien auquel Boileau s'était livré avec l’aide de Racine, pour relever les « bévues » et les « absurdités » de Perrault. On est un peu surpris d'entendre Boileau soutenir qu'à juger ses contemporains, on risque d’être démenti par la postérité, alors que lui-même a passé sa vie à rendre de tels verdicts, et avec quelle rigueur |! Mais ce qu'il dit ici pour les besoins de sa cause, n'en est pas moins une grande vérité. Il est souvent arrivé à des critiques très sagaces de proférer des « absurdités » en louant ou en vilipendant des écrivains de leur siècle, ou même du siècle précédent. Boileau et Perrault n'ont-ils pas, l’un comme l'autre, méconnu le génie de Ronsard? Se sont-ils doutés de la place que la postérité donnerait à la Pléiade dans l’histoire de la poésie française ?

Aux attaques dirigées contre son frère, Charles répondit en présentant au roi les dessins mêmes de l'architecte. Quant aux accusations, aux injures qui visaient sa personne, peut-être va-t-il répliquer en prose ou en vers, quand un négocia-

teur inattendu lui apporte des propositions de paix.

Vu CR PR AT TON MES MAN LES « HOMMES ILLUSTRES ».

Quelqu'un suivait ce combat avec tristesse, c'était le vieil Arnauld qui achevait sa longue vie dans l’exil, à Bruxelles : il avait alors quatre-vinoet-deux ans. [l voyait aux prises deux hommes qu'il avait de bonnes raisons d'estimer l’un et l’autre. Il était depuis longtemps l'ami de Boileau, amitié réciproque dont le poète avait rendu un mémorable témoignage dans une de ses épiîtres. Il venait de recevoir la satire contre Les Femmes : l'austère morale qui y était prêchée devait réjouir le patriarche du jansénisme. Mais pouvait-il oublier que jadis le docteur Nicolas Perrault avait opiné pour lui en Sorbonne ? Depuis ce temps il avait voué une fidèle affection à la famille de son défenseur.

Quand Perrault lui envoya son Apologie des femmes, réponse à la dixième satire de Boileau, il fut très chagrin, car celui-ci y était presque traité de corrupteur public.

Il écrivit donc deux lettres, l’une à Boileau pour le blâmer de ses emportements, l’autre à Perrault mais bien plus sévère, bien plus dure; « avec cette

naive et cordiale sincérité que les chrétiens doivent pratiquer avec leurs amis », il lui reprochait d’avoir porté contre Boileau des accusations graves et injustes, alors que lui, Perrault, paraissait prendre la défense des romans, des comédies et des opéras flétris par le satirique. Il lui représentait qu’en nommant et ridiculisant les mauvais auteurs, Boileau avait bien servi la gloire de la nation; enfin il l’'exhortait à la charité et au pardon.

Avant de l’adresser à Perrault, Arnauld soumit sa lettre au chanoine Le Noir, confesseur de Boileau, à Racine, au médecin Dodart et à quelques autres personnes en les priant de lui donner leur avis. Des copies circulèrent et furent mises sous les yeux de Boileau. Satisfait d'avoir trouvé un pareil défenseur, celui-ci pensa qu'il pouvait, sans déroger, négocier un traité de paix. Il chargea donc Racine et l'abbé Tallemant de se rendre auprès de l’adversaire. Surpris de cette démarche imprévue, étonné surtout de voir Racine porteur du rameau d’olivier, Perrault reçut ces ouvertures avec un peu de méfiance; d'ailleurs la lettre d'Arnauld commençait à faire quelque bruit dans le public. Lorsque les parlementaires se présentèrent de nouveau, Perrault les interrogea sur cette fameuse lettre dont tout le monde parlait et qui ne lui était pas parvenue. Racine lui répondit que « s'étant informé de cette lettre, il avait su que c'était une lettre de remerciements et d honnètetés, dans laquelle après

avoir loué sa famille et ses vers, on lui témoignait désirer qu'il eût nettement condamné l'opéra et les romans dans sa préface, et on l’exhortait à la paix, comme on y avait exhorté M. Despréaux, après lui avoir témoigné qu'on aurait désiré qu'il n’eût attaqué n1 la famille ni les personnes, et qu'il eût réparé ce qu'il avait dit contre M. le médecin. » Ce résumé était inexact. Si l’on se reporte à la lettre ellemême, on s'aperçoit que ni dans le ton ni dans les termes elle n’était pareille à celle que Boileau luimême avait reçue d'Arnauld. Perrault fut-il dupe ? ou bien eut-il la naïveté de croire qu'on ne publierait jamais une lettre à lui adressée ? Quoi qu'il en fût, le 4 août 1694, les deux ennemis se réconcilièrent publiquement à l’Académie, et Boileau en donna la nouvelle au public dans une épigramme un peu lourde où il faisait payer à Pradon les frais de la guerre, sans doute pour remercier Racine de ses bons offices.

Quatre jours après, Arnauld mourut à Bruxelles sans avoir connu l'événement qui venait de s’accomplir sous ses auspices. Il n'avait pas autorisé la publication de sa lettre à Perrault‘. Quesnel dut intervenir pour qu'elle ne fût pas publiée.

La querelle était finie. Désormais les deux adversaires vécurent en assez bonne intelligence. « Mais

1. Tout ce qui concerne la lettre d'Arnauld a été parfaitement élucidé par Paul Bonnefon dans Charles Perrault littérateur et académicien (Revue d'histoire littéraire, octobre-décembre 1905).

en vérité, écrivait l’abbé Dubos à Bayle, si la plaie est fermée, 1l reste encore une grande cicatrice, et vous avez eu grandraison d'écrire que la haine d’érudition est implacable. » Implacable elle fut chez Boileau. Perrault respecta scrupuleusement le traité conclu. Il ne répondit rien à une lettre où Boileau badinaïit à propos de leurs différends passés sur un ton qui ne pouvait lui plaire. Il avait

annoncé que le quatrième volume du Parallèle contiendrait l'examen et la comparaison de quelques beaux morceaux des poètes anciens et modernes. mais il abandonna cet ouvrage « par amour de la paix », pour ne pas se brouïiller avec des hommes d’un grand mérite « dont l'amitié ne saurait se payer trop cher. » Il ajoutait ces paroles pleines de modestie et de sagesse : « Quoi qu'il en soit, je me suis diverti, et c'est de quoi il s'agissait principalement. Si dans la suite on me fait voir que j'ai eu tort, je n'aurai pas moins de plaisir à rentrer dans la bonne voie que je n’en ai présentement à pouvoir croire que je ne me suis pas égaré. »

I1 consacra donc son dernier tome aux progrès des sciences et y traita de l'astronomie, de la géographie, de la navigation, de la physique, de la médecine’ et de la musique. Sur ce terrain-là, il était sûr de ne pas rencontrer Boileau.

En écrivant ces derniers dialogues de omni re

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scibili, Perrault a la secrète pensée d'élever un monument à la gloire de ses frères. Déjà, lorsqu'il a traité de l'architecture, il a repris la plupart des théories développées par Claude dans les notes de son Vitruve et dans l'Ordonnance des cing espèces de colonnes. Maintenant ce sont les opinions du même sur la mécanique, l'optique, la musique et la médecine qu'il va exposer et défendre en leur donnant une forme plus claire, un tour plus rapide. Dans sa Préface il reconnaît avoir été aidé par « Messieurs de l’Académie de Sciences » qui ont bien voulu lui fournir « des mémoires sur les choses dont chacun d'eux fait une profession particulière ». Mais ce sont les ouvrages de Claude qu'il cite le plus souvent. Quand :ïil réfute certaines parties du système de Descartes, c’est l'ombre de son frère Nicolas qu'il appelle à son secours, et à la dernière page du Parallèle il reproduit un petit mémoire qu il intitule : Sentiment d'un docteur de Sorbonne sur la doctrine des principes de connaissance de Descartes. Ce docteur de Sorbonne n’est autre que Nicolas, le défenseur d'Arnauld mort il y a trente-sept ans.

En même temps, Perrault composait un ouvrage qui formait, en quelque sorte, un appendice au Parallèle : Les Hommes lllustres qui ont paru en France pendant le XVII siècle. Son dessein était de montrer, une fois de plus, que son siècle l'emportait sur tous les autres, mais, cela dit, il se

contentait de consacrer quelques pages à chacun des personnages dont il publiait un beau portrait gravé. Un amateur, Michel Becon, intendant de La Rochelle, qui avait conçu le même projet, lui fit part des renseignements et des gravures qu'il avait déjà réunis.

C’est une suite de cent biographies d'hommes d'État, de guerre, d’'Église, de savants, de poètes, d’historiens, d'artistes, de chirurgiens. Aucun vivant n’y figure — la raison en est facile à deviner — ni aucun étranger, l’auteur « n'ayant en vue que l'honneur de la France ». Et elles honoraïient vraiment la France, ces brèves notices : maloré leur concision et leur simplicité, elles forment un magnifique tableau de la gloire française sous Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Perrault y parle noblement des grands capitaines : ses panégyriques de Fabert et de Turenne sont d’admirables morceaux. I1 a trouvé aussi de touchantes paroles pour des hommes moins illustres et qui contribuèrent modestement à la grandeur de leur patrie et de leur siècle. Tel cet Antoine Rossignol dont l’éloge s’intercale entre ceux d Arnauld d'Andilly et de Descartes.

Antoine Rossignol était célèbre par son habileté à déchiffrer les écritures secrètes. Son esprit vif et pénétrant avait été encore assoupli par l'étude approfondie des mathématiques. Sous Louis XIII, il s'était déjà signalé en déchiffrant des messages interceptés pendant les guerres contre les huguenots.

Louis XIV lui témoigna une estime toute particulière et lui donna une pension considérable.

Il est vrai qu’on ne sait en détail ni le nombre ni l’importance des services qu'il a rendus, les conspirations qu'il a découvertes, les villes dont ses lumières ont facilité la conquête, celles qu’il a empêché d’être prises, les batailles gagnées et les défaites évitées en apprenant par son moyen les desseins, les entreprises et toutes les pensées des ennemis parce qu'il a gardé là-dessus un silence inviolable…

Il a servi l’État pendant cinquante-six années, etila servi Dieu pendant toute sa vie, qu'il a passée dans une méditation presque continuelle de l'Écriture sainte, autant réservé à vouloir sonder les secrets que Dieu s’est réservés à lui seul et qu'il est bon que nous ignorions, qu'il était vif à pénétrer les secrets des hommes qu'il est utile de savoir ; autant humble et soumis dans les choses de la foi qu'il était supérieur dans toutes celles qui sont du ressort des sens et de la raison. Le roi lui fit l'honneur d'aller voir, en revenant de Fontainebleau, sa maison de campagne de Juvisy qui était fort belle. M. Rossignol reçut Sa Majesté avec un tel excès de joie (car jamais personne n’a eu plus que lui de zèle pour son prince) que le roi sen aperçut, et que, craignant qu'il ne s’en trouvât mal dans l’âge où il était, il eut la bonté d’ordonner à son fils, qui le suivait, de le quitter et de s’en aller auprès de son père pour avoir soin de sa santé. Il mourut, peu de temps après, âgé de quatre-vingt-trois ans, mais d’une mort si douce et si tranquille qu’on ne pouvait pas douter qu’elle ne fût un passage à la vie bienheureuse. 27 avait l’'äme grande et désintéressée; il fut plus à ses amis qu'à lui-même, et sa principale attention était de leur faire plaisir.

Ces mots trahissent la tendresse d’un ami qui n'a point oublié. Perrault et Rossignol étaient voisins de campagne; Juvisy se trouve à une demilieue de Viry, le séjour des Perrault.

On peut, dans les Hommes illustres, surprendre d’autres confidences du même genre, par exemple ces lignes par lesquelles se termine l'éloge de Pierre Mignard : « Son esprit, la douceur et l’agrément de son commerce lui firent un grand nombre d'amis qui lui restèrent toujours attachés. Son amitié était sûre, régulière, tendre et solide. »

Racine était mort avant la publication du second tome des Aommes illustres, Perrault ne pouvait se dispenser de le mentionner; il le fit, et dans les termes qui convenaient. Peut-être avait-il plus de mérite à oublier la sournoise inimitié de Racine que les fureurs de Boileau. Il loua tous les ouvrages du poète, depuis /a Nymphe de la Seine jusqu'à Afhalie. 11 refusa de se prononcer sur la contestation qui durait encore entre les partisans de Corneille et ceux de Racine, mais il accorda que le dernier était supérieur, « dans les mouvements de tendresse et la pureté du langage ». Enfin il insista sur les liens qui avaient uni Racine à Port- Royal dans les premières et les dernières années de sa vie. Îl montrait ainsi une fois de plus son inclination pour le jansénisme.

De cette sympathie il avait donné une preuve plus manifeste encore en faisant les éloges d’An-

toine Arnauld et de Pascal; mais la Société de Jésus en prit ombrage et chargea le P. Bouhours d'obtenir que ces deux éloges disparussent de l'ouvrage encore sous presse. Perrault refusa. On lui fit entendre que les Jésuites pourraient faire supprimer sa pension : il capitula. Charles du Fresne, sieur du Cange, et Thomassin prêtre de l’Oratoire prirent la place des deux réprouvés. L'affaire cependant n'avait pas été sans faire un peu de bruit : Pascal et Arnauld reparurent dans les tirages suivants, et les deux bouche-trous y furent maintenus. A la vérité, quand parut enfin l'éloge de Pascal, les Provinciales n’y étaient pas désignées par leur nom, c'était « un certain ouvrage qui se fit à l’occasion d’une dispute arrivée en Sorbonne ». Comme dans le Parallèle, Perrault avait pu impunément louer Pascal et les Provinciales, on s'étonne de cette soudaine susceptibilité des Jésuites; mais il ne faut pas perdre de vue qu’au temps où paraissait le Parallèle, Perrault et Boileau étaient aux prises, et que les ennemis de nos ennemis sont nos amis jusqu'au jour où une réconciliation nous vient priver de cette utile amitié. L

Dans les Hommes illustres, Perrault donna au grand Arnauld une marque singulière de respect et de soumission. Il se souvint que le vieillard lui avait amèrement reproché son indulgence à l'égard des opéras et des romans. En faisant l'éloge d'Honoré d’'Urfé il déclara ne pouvoir disconvenir que

la lecture des romans ne fût « dangereuse, particulièrement pour les jeunes personnes ». Ce fut le dernier écho de la bataille.

Peut-être, dans le secret de son cœur, Perrault gardait-il quelques cuisants souvenirs, mais maintenant il se consolaïit dans la compagnie des fées. Bien mieux qu'en décriant Homère et Platon, il travaillait lui-même à la gloire de son siècle en peignant le château de la Belle au bois dormant et les domaines du marquis de Carabas.

Boileau montra moins de détachement. Pour son malheur, il ne fréquenta jamais chez les fées. En bon chrétien il avait pardonné à son ennemi, mais dans sa morne et solitaire vieillesse, il ne pouvait oublier ni les coups qu’il avait reçus, ni surtout ceux qu’il avait donnés. Il tenait à sa gloire, il était le chien sur son os. Quand, en 1701, il fit une nouvelle édition de ses œuvres complètes, qu’il appelait son « édition favorite », il consentit à biffer, dans la dixième satire, quelques vers sur Saint Paulin, mais ne retira rien de ses calomnies contre Claude Perrault et reproduisit la grande lettre d’Arnauld, lettre dont le vieux janséniste n'avait jamais autorisé la publication. Perrault, cette fois encore, garda le silence : il était occupé à rédiger pour ses enfants les charmants Mémoires de sa 1e.

Montaigne a dit qu'on ne voit pas « d’âmes, ou fort rares, qui, en vieillissant, ne sentent l’aigre

et le moisi ». Boileau avait subi la loi commune. Perrault y avait échappé; il avait senti le néant des querelles littéraires ; des rires d'enfants remplissaient sa maison: les bruits du monde et le grand air pénétraient par ses fenêtres ouvertes; ma mère Loye lui inspirait de gentils chefs-

d'œuvre.

ROSIERES

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ATEAU D

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