‹ Les PerraultChapitre 40 sur 60 · DESSIN D'UN OBÉLISQUE PAR CLAUDE PERRAULT · texte numérisé non relu

DESSIN D'UN OBÉLISQUE PAR CLAUDE PERRAULT

Depuis l'incendie de la Bibliothèque du Louvre, il est difficile de se faire une idée du talent de Claude Perrault dessinateur. Nous avons, il est vrai, les fines gravures que Sébastien Le Clerc exécuta d’après les dessins de Perrault pour l'illustration du Vrfruve, et la Bibliothèque de l’Arsenal possède un exemplaire de l’Ordonnance des cing espèces de colonnes où sont insérés les dessins originaux de l’auteur; mais de tous les projets où se jouait l'imagination de l'architecte, il ne reste que le dessin d'un obélisque. Il est conservé parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale (fonds français n°24713),avec un abondant commentaire auquel on soupçonne Charles Perrault d'avoir quelque peu collaboré.

Bien que Paul Bonnefon ait déjà publié le dessin et le commentaire à la suite des Mémoires de ma vie de Charles Perrault, nous reproduisons ici ce projet original et si délicatement dessiné; nous transcrivons aussi une partie de la note quil'accompagne et nous renseigne sur la signification symbolique du monument.

Il est inutile de citer les considérations générales destinées à prévenir l'esprit de Louis XIV en faveur du projet : l'antiquité a su bâtir des édifices « nécessaires », des

UN OBÉLISQUE Par CLAUDE PERRAULT

DIESISIINS DE

temples, des ponts, des gymnases, des bains, des marchés, ainsi que d’autres dont le seul but était « la pompe et l'éclat », monuments de vénération ou de commémoration ; notre architecture n’a rien fait de pareil, elle tient encore de l’ancienne barbarie ; François 1° a tenté de l'en faire sortir, mais c’est au Roi qu’il appartient de donner à la postérité « des marques éclatantes et extraordinaires de l'excellence de son règne », etc...

Perrault voudrait placer l’obélisque dont il a dessiné le projet, au Pré aux Clercs, « ce lieu étant à la vue du Louvre, du Cours-la-Reine, du Pont-Neuf et l’endroit le plus découvert et le plus beau des environs de Paris. » (1666).

Voici la description de ce monument qui, bien que très compliqué, ne manque pas de grandeur :

« Un globe terrestre de six toises et demie de diamètre, posé sur un plhinthe et affermi par quatre sphinges de marbre noir, soutient un obélisque affermi aussi sur ce globe par quatre dragons de bronze. L'obélisque a trois toises par le bas et neuf pieds par le haut et vingt-quatre toises de hauteur. Au haut de l’obélisque, qui est percé par une vis de cinq pieds de diamètre pour monter jusques en haut, est une cage de fer qui soutient un globe de cuivre doré de dix pieds de diamètre capable de contenir dix personnes fort à l’aise. La cage est composée de vingt montants, quatre à chaque face, sans ceux des quatre coins, qui laissent vingt ouvertures d'un pied de large pour regarder. Ces montants sont couverts de grosses lames de cuivre doré de la largeur de huit pouces qui descendent tout le long de l’obélisque, en lient la maçonnerie et représentent les rayons du soleil qui partent du globe doré qui en est comme le corps.

« Le plinthe sur lequel est posé le globe est soutenu d'un grand piédestal qui pose sur un socle grand et

massif ayant dix toises de tout sens et n'ayant aucun vide au dedans que la cavité de quatre pieds de largeur sur dix de hauteur pour un escalier qui rampe autour d’un massif qui soutient l'obélisque. Ce socle est recoupé en dehors par quatre avant-corps qui n’ont qu'autant de saillie qu'il en faut pour soutenir des statues assises deux à chaque face et tenant des cartouches où sont les armes, la devise, les chiffres et l’image du Roi.

« Chacunedes faces de cet édifice est affectée à chacune des quatre parties du monde. Au bas de l’obélisque sont quatre bas-reliefs qui représentent quatre animauxsolaires regardant vers le globe doré qui représente le soleil. Dans chaque face du piédestal, sont des bas-reliefs où sont représentées quatre actions mémorables que le Roi a faites dans les quatre parties du monde, etau-dessous sont des inscriptions en quatre langues, à savoir en français, en persan, en abyssin et en américain.

« Au côté d’occident, au bas de l’obélisque est un aigle regardant le soleil avec ces mots : Vix . susriner. L'aigle, le plus noble de tous les oiseaux de l’Europe, représente l'empereur qui est le seul des princes de cette partie du monde qui ose, s’il faut ainsi dire, regarder le Roï. Au-dessous, dans le piédestal, est représentée la contestation pour la préséance des ambassadeurs du Roï sur ceux des autres princes de l'Europe. Au-dessous est cette inscription :

La. VALEUR . LA. PRUDENCE . LA JUSTICE . LA . CIVILITÉ . ET . TOUTES . LES . VERTUS . MILITAIRES . ET . POLITIQUES . DONT . L'EUROPE . SEULE . A. DROIT . DE . SE. GLORIFIER . ÉCLAIRANT . L'ESPRIT . DES . PRINCES . QUI . LA . GOUVERNENT . AUTANT . QU'ELLES . ÉLÈVENT . LEUR. COURAGE . LEUR . FONT . CONNAÎTRE . ET . AVOVER .

QUE . LA . GRANDEUR . ET . LA . PUISSANCE . DE. LOVIS . EST. INCOMPARABLE.

« Sur la corniche qui couronne la table où est l'inscription sont les statues de Mars et de Minerve qui signifient les inclinations des peuples de l'Europe.

« Au côté du levant, au bas de l’obélisque est un phénix regardant le soleil avec ces mots : HUNC . SUSPICIT . UNUM. Pour dire que comme le phénix qui est admiré de tous les autres oiseaux, adore le soleil, ainsi le Grand Seigneur que l’on peut nommer le phénix des princes de l'Asie méprise tous ceux de la terre et n'a de respect que pour le Roi de France. Au-dessous dans le piédestal est représentée la bataille de Raab avec cette inscription :

SI. L'ENVIE . M A . VOULU . FAIRE . PASSER . POUR . BARBARE . MA . RICHESSE . MA . BEAUTE . MA . DOUCEUR .

M'A .TOVIOVRS. FAIT. TROUVER. HEUREUSE. PRETIEUSE . DELITIEUSE. COMME . ETANT . LA . SOURCE . DE . LA . LUMIERE . DU . IOVR. LA . MERE . DES . PREMIERS . ET . DES . PLUS . PVISSANS . ROIS . L'ACCOMPLISSEMENT . DES . MERVEILLES . DE . LA . NATURE . ET . CELLE . QUI. NE . VOIT . RIEN . AU-DESSUS . DE. SOI. QUE. LA . FRANCE . ET . QUE . LOIS .

æ Les statues de Mercure et de Vénus sont au-dessus, qui sont les étoiles qui accompagnent toujours le soleil à son lever, et qui sont les symboles de la douceur et de la volupté qui règnent en cette partie du monde.

« Au côté du midi, au bas de l’obélisque, est un éléphant adorant le soleil avec ces mots : ET . coLIT . IMMANIS . FERITAS, pour montrer que la brutalité des peuples de l'Afrique ne les empêche pas d’avoir de la vénération pour le Roi. Au-dessous, dans le piédestal, sont représentées les alliances faites en Madagascar entre les Français et les Africains avec cette inscription :

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