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DOCUMENTS ET REMARQUES A PROPOS DES'PLANS "DU POUVRE

Ce

Voici le passage du Registre ou Journal des délibérations et résolutions touchant les Bätiments du Roi, cité par Piganiol de la Force et où est relatée la création du Conseil des bâtiments.

« Monseigneur le Surintendant ayant considéré qu’aucun des Architectes tant de France que d'Italie, n’avait entièrement réussi dans les dessins du Louvre qu'ils ont donnés, et ayant estimé que cet ouvrage demandait le génie, la science et l’application de plusieurs personnes qui joignant ensemble leurs différents talents, se secoureraient l’un l’autre et s’aideraient mutuellement, et pour cet effet ayant jeté les yeux sur Messieurs Le Vau, Le Brun et Perrault, il les manda et fit venir chez lui le

avril 1667 et après leur avoir expliqué son intention, et fait entendre qu'il désirait qu'ils travaillassent unanimement et conjointement à tous les desseins qu’il y aurait à faire pour l’achèvement du Palais du Louvre, en sorte que ces dessins seraient regardés comme l'ouvrage

d'eux trois également, et que pour conserver l'union et bonne intelligence, aucun ne pourrait s’en dire l'auteur particulièrement au préjudice des autres. I] leur ordonna de travailler incessamment en commun à former un plan et une élévation de la façade de l’entrée vers Saint-Germain.

Suivant cet ordre, lesdits sieurs Le Vau, Le Brun et Perrault se sont assemblés plusieurs fois pour conférer ensemble, et s'étant trouvés de différents avis, au lieu d’un seul dessin pour la façade, ils en firent deux, dont l’un était orné d’un Ordre de colonnes formant un péristyle ou galerie au-dessus du premier étage, et l’autre était plus simple et plus uni sans Ordre de colonnes. Monseigneur ayant vu ces dessins, et ayant souhaité d'en voir aussi les modèles en bois, cela fut exécuté en appliquant ces deux façades sur le modèle qui est chez M. Le Vau; ensuite de quoi il leur dit de travailler encore tous trois sur chacun de ces dessins jusqu’à ce qu'ils en fussent satisfaits, et de les tenir prêts pour les faire voir au Roi quand il les manderait, ce qu'ils firent incessamment.

« Le 13 Mai l'ordre vint de porter ces dessins à Saint- Germain, où n'ayant pu être montrés à Sa Majesté le même jour, ils lui furent présentés le lendemain par Monseigneur le Surintendant qui expliqua à Sa Majesté tous les avantages de l’un et de l’autre de ces dessins. Ensuite de quoi Sa Majesté se détermina et choisit celui qui est orné d’un Ordre de colonnes formant un péristyle. Sa Majesté vit aussi quelques autres dessins de plans et d'élévations du reste du livre qu’elle remit à résoudre pour une autre fois.

« Le 18 du même mois, Monseigneur ayant mandé les Officiers des bâtiments dans son anticabinet où se trouvèrent Messieurs Varin, Le Nostre, Le Menestrel et Petit, Messieurs Le Vau, Le Brun, et Perrault, il dit que suivant

l'intention de Sa Majesté, le dessin de la façade du Louvre où il y a un péristyle lequel il fit voir à toute la compagnie, serait exécuté, et que pour cet effet les plans et les élévations en seraient faits en grand pour lui être envoyés et présentés au Roi et ensuite signés et arrêtés par mondit Seigneur ; que le lundi ensuivant on ouvrirait les ateliers du Louvre pour travailler à tout le carré qui sera élevé jusqu'au-dessus de la première corniche,comme aussi à fouiller les fondations de la façade vers Saint-Germain qui sera continuée et poursuivie incessamment. »

Il nous paraît intéressant de citer ici quelques lignes du plaidoyer de Jacques-François Blondel pour Claude Perrault. Blondel y prend parti pour le médecin-architecte contre les hommes d’un seul métier.

« Ce qui a sans doute fait contester à Perrault la gloire d'être l’auteur du péristyle du Louvre, vient de ce que presque personne n'’ignore que M. Colbert chargea, par ordre de Sa Majesté, Messieurs Le Vau, Le Brun et Perrault de travailler de concert à la composition de ce monument; mais, comme on le verra par une délibération des Bâtiments du Roi, [voir ci-dessus], il n'y a point de doute que les dessins de Perrault n'aient été préférés. Cette délibération, jointe à l'autorité des dessins originaux dont nous venons de parler, lève le voile, qui jusqu'à présent avait jeté de l’obscurité sur cet événement. Ajoutons à cela, qu'en général les artistes qui exercent l'architecture, endurent difficilement que ceux qui n’en font pas ouvertement leur profession, aient des talents supérieurs. Perrault était de l’Académie Royale des Sciences, Docteur en médecine deila Faculté de Paris:

en faut-il davantage pour que la plupart des gens du métier se soient soulevés contre lui, et lui aient refusé la qualité d'architecte? Peut-on, disent-ils, être habile dans plus d'un genre? Sans doute : nous avons eu de grands peintres, de grands architectes, de grands sculpteurs dans la même personne. L'Abbé de Clagny, bon théologien, était aussi très bon architecte. Le Brun, célèbre peintre, possédait l'architecture au-dessus de bien des hommes qui exercent cette profession. Michel Ange, le Cavalier Bernin dans lesiècle passé, l’un grand peïntre, l’autre grand sculpteur, onflaissé des monuments élevés sur leurs dessins. De nos jours Gilles Oppenord, un de nos plus grands dessinateurs, a fait élever quelques édifices. Messieurs Meissonnier, et Germain, orfèvres du premier ordre, se sont exercés à l’architecture avec une sorte de succès. Enfin Vitruve recommande à un architecte les connaissances essentielles de la musique, de la médecine, du génie militaire, des mathématiques, du dessin, etc. La plupart même de ceux de son temps en étaient pourvus; c'est cé que personne n'ignore. Mais aujourd’hui nos artistes plus superficiels, plus distraits ét plus dissipés, regardent avec une sorte de honte la nécessité de reconnaître des talents supérieurs en architecture chez un homme qui paraissait destiné pour toute autre occupation. En conséquence de ce faux raisonnement, Claude Perrault a de son vivant, comme après sa mort, été en butte à la cabale et à la jalousie de ses compatriotes. De là quelques écrivains du dernier siècle, et ceux de nos jours lui ont refusé et lui disputent les connaissances profondes de l’art de bâtir. On ne peut cependant ignorer qu'il a été bon mécanicien, par les machines qu'il composa pour la construction du Louvre et dont il nous a donné les dessins dans sa traduction de Vitruve; grand écrivain, par ce même livre qu’il a composé avec

autant de savoir que d’érudition; grand architecte, par les façades du Louvre, l'Observatoire etl’Arc de Triomphe qu'il fit ériger sous Louis XIV; sans compter une quantité prodigieuse de projets qu’il avait faits pour le vieux Louvre, et pour d’autres édifices d'importance, dont les dessins existent dans les deux volumes qui appartiennent au Roi, et que nous venons de citer : enfin profond théoricien, par son traité des cinq Ordres, qui n'est pas sans mérite

Selon M. Hautecœur (Gazette des Beaux-Arts, 1924) l’idée de la colonnade était « dans l’air » en 1664, lorsque furent montrés au public les projets des architectes français et que Claude Perrault exposa son premier dessin. Il cite un projet de François Le Vau, dit Le Vau le jeune, frère cadet de Louis Le Vau (cabinet des Estampes, Va 217, fol. 19 et 22), un projet de Léonor Houdin (cabinet des Estampes, Va, fol. 18) et un mémoire anonyme et non daté conservé aux Archives nationales (O!1669!).

Projet de Le Vau le jeune.— Ce projet peut très bien avoir été inspiré de celui de Perrault exposé au commencement de 1664. En effet, il est impossible de le dater avec quelque précision. C'est le 4 décembre 1664 que Le Vau le jeune écrit à Colbert : « Comme il y a environ deux ans que je travaillai à un dessin de la grande façade, qu'il vous plut me faire faire, je vous le présenterai s’il vous plait; et puis vous dire par l'avance que vous y trouverez peut-être des choses qui vous pourraient satisfaire, et desquelles on pourrait se servir, sans toutefois avoir aucun dessin de déplaire à mon frère pour lequel j'ai tous les respects que je lui dois‘. » Il dit avoir

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