‹ Les PerraultChapitre 48 sur 60 · MADEMOISELLE L'HÉRITIER DE VILLANDON · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE L'HÉRITIER DE VILLANDON

C'était une cousine des Perrault : elle était fille de Nicolas L'Héritier, mousquetaire, poète tragique, historiographe du roi, et de Françoise Le Clerc; or, le père de nos Perrault avait épousé une demoiselle Paquette Leclerc. Elle a été l'amie de Madame Deshoulières et de sa famille.

Elle semble avoir occupé quelque place dans la société littéraire de la fin du règne de Louis XIV; elle avait un salon et, au dire de Titon du Tillet, les réunions qui se tenaient chez elle, avaient remplacé les « célèbres samedis » de M'° de Scudéry. Elle a écrit quelques contes dont Frnelte ou l'Adroite princesse est le plus connu; 1l a été souvent réimprimé à la suite des Contes de Perrault.

Lorsque parut Peau d’&ne, elle adressa à l'auteur un madrigal que celui-ci reproduisit dans la préface de ses contes en vers; elle le félicitait de sa naïveté et de sa décence:

Ce qui me plaît encor dans sa simple douceur C'est qu'il divertit et fait rire Sans que Mère, époux, confesseur, Y puissent trouver à redire.

Cette cousine avait épousé les admirations de la famille. Elle aimait Quinault et elle détestait Boileau. Dédiant Finette à la comtesse de Murat qui, elle aussi, composait des contes, elle écrivait quelques vers et ajoutait : « Aulieu de m'en tenir au goût de M. Jourdain, j'ai rimé sur le ton de Quinault. Je reprends le tour simple au plus vite, de peur d’avoir part aux vieilles haines qu'on eut pour cet agréable moralisateur, et de peur qu'on ne m'accuse de le piller et de le mettre en pièces comme tant d'auteurs impitoyables font tous les jours. >» Dans le Triomphe de Madame Deshoulières reçue dixième muse du Parnasse, une nymphe qui représentait la Satire, refusait la main à Régnier et à Despréaux, « à l’un parce qu'il avait fait des descriptions trop remplies de grossièretés et d'images choquantes, et à l’autre parce que, ne modérant point son sel trop caustique, 1l avait au grand scandale du beau sexe réduit à trois le nombre des femmes d'honneur. » A la fin d’un conteintitulé Les enchantements de l'éloquence, M"° L'Héritier disait à M®° d’Epernon, encore un auteur de Contes de fées : « Contes pour contes, il me paraît que ceux de l’antiquité gauloise valent bien à peu près ceux de l'antiquité grecque; et les fées ne sont pas moins en droit de faire des prodiges que les dieux de la Fable. »

M'e L’'Héritier ayant composé un conte intitulé Marmoison, écrivait à la fille de Charles Perrault: « On parla de la bonne éducation qu'il (Charles Perrault) donne à ses enfants; on dit qu ils marquenttous beaucoup d’esprit; et enfin on tomba sur les confes naïfs qu'un de ses jeunes élèves à mis depuis peu sur le papier avec tant d'agrément. On en raconta quelques-uns et cela engagea insensiblement a en raconter d’autres. [1 fallut en dire un à mon tour... Il fut nouveau pour la compagnie qui le trouva fort à son goût et le jugea si peu connu qu’elle

m'a dit qu'il fallait le communiquer à ce jeune conteur qui occupe Si spirituellement les amusements de son enjance... J'espère que vous en ferez part à votre aimable frère, et vous jJugerez ensemble si cette fable est digne d'être placée dans son agréable recueil des contes. »

De cette lettre, citée par Paul Bonnefon (Les dernières années de Charles Perrault, dans la Revue d'histoire littéraire, octobre-décembre 1906) on a voulu conclure que les contes étaient l’ouvrage du fils et non celui du père, mais cela nous semble seulement indiquer que le jeune Pierre faisait un recueil de contes, et que, dans la famille, on feignait de prendre au sérieux les « amusements » de l'enfant.

D'ailleurs Bonnefon a opposé un argument sans réplique à ceux qui soutiennent que le texte des Contes n'est pas de Charles Perrault. Ces contes avaient été d'abord publiés dans le Mercure sans nom d'auteur. Or Pierre Darmancourt meurt au mois de mars 1700, et son décès est ainsi annoncé dans le Mercure : « M. Perrault-Darmancourt lieutenant dans le régiment Dauphin. Il était fils de M. Perrault, ancien contrôleur des bâtiments du Roi, l’un des quarante de l’Académie française, dont nous avons quantité d'ouvrages de galanterie et d'érudition très estimés. » Pas un mot des Contes.

7 Je ti, ti a ‘2h |

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