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LES CADEAUX DES FÉES

Quand le cinquième des fils de M. Perrault vint au monde, un de ses frères aînés etune de ses cousines, Françoise Pépin, le tinrent sur les fonts de l'église Saint-Étienne-du-Mont et le nommèrent Charles. Après le baptême, le compère, lacommère, le nouveau-né, la nourrice et toute la famille se trouvèrent réunis dans la salle de la maison de M. Perrault. Il y avait dans cette assemblée trois étrangères qu'à leurs traits imposants et à leurs vêtements magnifiques tout le monde reconnut pour des fées. C’étaient de bonnes fées, on ne pouvait s’y tromper, car elles souriaient et se montraient impatientes de parler.

« Ce petit enfant, dit la première, deviendra un des plus beaux esprits de son temps, il composera toutes sortes d'ouvrages en prose et en vers, il sera parmi les illustres d’une académie que fondera bientôt Mor le cardinal de Richelieu et qui rendra immortels tous ceux qui auront fait partie de la

compagnie. » (Cela se passait le 13 janvier de l’année 1628.)

La seconde annonça qu'un grand ministre confierait à ce bel esprit le soin des bâtiments du plus glorieux des rois.

Les assistants se réjouissaient déjà de si belles promesses, mais ils changèrent de visage, quand ils entendirent la troisième fée déclarer que ce garçon-là serait mêlé à de terribles disputes et ne craindrait pas de défier un ogre en combat singulier. Cependant, ils se rassurèrent, car la fée ajouta que cet ogre ne serait pas de ceux qui se nourrissent de chair fraîche, et que toute son ogrerie consisterait à faire la satire des poètes qu'il n’aimait pas.

À ce moment, on entendit sur les degrés un bruit de gros sabots, et l’on vit entrer une vieille femme qui tenait une quenouille : elle portait un bonnet de campagnarde, un tablier blanc retombait sur sa jupe de bourre de laine. Les petits enfants la reconnurent tout de suite et crièrent : « C’est ma mère Loye! » Les autres fées lui firent une profonde révérence, car chacun sait que ma mère Loye est la mère de toutes les fées. « Mes filles, dit-elle, vous êtes de jeunes étourdies. Vous comblez de vos présents celui que vous prétendez favoriser, mais vous n avez point réfléchi qu'un homme ne saurait être doué de talents si divers sans que sa gloire en pâtisse. Grâce à vous, il se distinguera en tout, et n’excellera en rien. Jene puis défaire ce que

vous avez fait, mais voici le don de ma mère Loye : quand notre filleul aura accompli le destin que vous lui avez tracé sans discernement, devenu vieux, il serappellera quelques contes de ma façon; il les contera à son tour, mais avec une grâce si nouvelle, si touchante, dans un style si pur, si limpide, qu’en les écoutant tous les petits enfants battront des mains, tandis que les personnes de goût tiendront les Contes de Perrault pour un des plus jolisouvrages de la langue française. » Les trois jeunes fées s’en furent assez penaudes, et les sabots de ma mère Loye sonnèrent de nouveau sur les degrés du logis de M. Perrault’.

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