‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 109 sur 307 · Theodoret. Hist, eccl, IV, xxxix · texte numérisé non relu

Theodoret. Hist, eccl, IV, xxxix

péril. Lors du martyre de saint Polycarpe, un chrétien d nom de Quintusqui s'était livré de lui-même et en avait, pa son exemple entraîné d'autres à le suivre, se sentit glacé d terreur à Taspect des bêtes féroces et finit misérablement pa sacrifier aux idoles *. « Voilà pourquoi, dit la lettre cncycliqu « dans laquelle TÉglise de Smyrne raconte le fait, voilà pour « quoi nous ne saurions approuver ceux qui s'offrent d'eux « mêmes au martyre, alors que l'Évangile ne la pas commande dé. • De telles défaillances, en effet, comblaient de joie les persécuteurs* et mettaient les chrétiens en deuil ; aussi bien que la constance intrépide, la faiblesse a sa contagion, et la chute d'un seul suffisait parfois à briser bien des courages '. Quelque précise que fût la règle, bien qu'un évêque martyr ait dit publiquement et écrit que « la discipline défend de se livrer soi-même *, » tous les chrétiens ne se faisaient pas un devoir étroit de se soumettre à cet ordre. Un indomptable désir de combattre pour la foi, une passion de souffrir que la vue même du sang versé ne faisait qu'accroître, avait alors saisi les âmes, et plus d'un tenait à honneur d'appeler sur sa tête la colère des païens. Bien des chrétiens peuvent être cités qui coururent au-devant du péril, etqui, suivant le mot desaint Athanase, surent montrer par leur constance que l'Esprit- Saint les avait lui-même conduits et soutenus dans la lutte ^.

t. EccUsim Smymensia epislola de marlyrio s. Polycarpi^ § 4 [Acta sincera^

S. 38). Ëuseb. H. E, iv 15. Voir, sur les faits de cette nature, saint Pierre 'àlexandrief c. vni, et les commentaires de Balsamon et de Zonare. Deux Mi&ts dont le grand évéque d'Hippone a prononcé Téloge, Castus et <£miUus et qui moururent martyrs après avoir une première fois renoncé dans les toanaents, paraissent avoir été de ceux qui s'étaient présentés d'eux-mêmes. Le reproche de témérité que leur adresse saint Augustin en rappelant leur chute et qui se retrouvent chez d*autres écrivains, alors qu'ils parlent des fidèles t^offrant volontairement à la persécution, montre que, dans la pensée da grand orateur chrétien, ces deux saints avaient dû faire ainsi. {Sermo LXXXV, in natali martyrum Casti et iCmilii, § 4). Voir, pour Timputation de témérité, Gregor. Nai. Oral. XLIU in laudem Basilii magni, § 5 ; S. Athanas. De fuga sua^ § 22 ; S. Ambros. De offic. minislr. lib. I, c. xxxvii, § ISl.

2. Origen. Contra Celsum, viii. Ed. Cantabr. p. 406 ; Euseb. Hist. eccl. VI, 1 initio; Lacb»*** •Hlutionea divinœ^ V, xi et xm. '3. Euaeb, V, 1, in fine.

4, S. O Mionsularia, ci; Episl, LXXXIII, § 2, Presbyteris et

diaconibi versœ.

(. De

Mais, tout en honorant leur courage et leur sacrifice, TÉglise ne pouvait, je le répète, laisser au libre arbitre de chacun les chances d'une résolution qui intéressait sa grandeur, son repos, la propagande même du christianisme, et si, comme nous le voyons souvent, la volonté qui poussa quelques chrétiens à s'offrir au danger ne fléchit pas dans les tortures, la hardiesse de ces nobles victimes ne fut jamais présentée comme un exemple*. Le vrai type du martyre subi selon Tordre du Christ était et demeurait la mort de Polycarpe, se retirant d'abord devant le péril, puis, lorsque Theure en fut venue, acceptant le combat sans faiblesse ^

Une exception cependant était faite à la règle commune ^ ; elle regardait ceux qui, ayant renoncé une première fois dans les tourments, imploraient leur pardon et demandaient à rentrer dans le sein de TÉglise. Une seconde chute de ces hommes dont on connaissait la faiblesse importait peu à la famille chrétienne, et leur courage pouvait les relever, t Puis- « qu'ils nous montrent tant de hâte à être réconciliés, disait « saint Cyprien, il est en leur pouvoir d'obtenir ce qu'ils sou- « haitent. Le temps où nous vivons est fait pour les combler ; « la lutte dure encore et chaque jour voit de nouveaux com- « bats. Si le repentir et la foi les dominent, ceux qui ne veu- M lent pas attendre peuvent, dès à présent, remporter la cou- « ronne *. »

Quel que soit le nombre des documents qui nous sont par-

1. Bened. XIV, De seroorum Dei heatificatione^ lib. UI, c. xvi, § 9 (t. III, p. 173-175).

2. De mari, Polyc. eccles. Smym. episiola^ § 19: piapTuç if^oxoç, oy tb lutpt^ptov icdivTec eKiOvpioOat (At|xeî90xt, xarà to EùaYyeXiov XptaToO yevôpievov. [Acla sine, p. 44).

3. J'ose à peine citer ici une autre exception faite pour le cas où un chrétien compromettrait, en se cachant, Texistence d'autres fidèles. Plusieurs martyrs se sont courageusement livrés en pareille circonstance ; mais un canon de saint Pierre d'Alexandrie qui parait avoir fait de môme {Aclay dans la PalroL grrnca de Migne, t. XVlll, p. 460, 462), établit cependant avec de nombreux textes qu'on ne devait pan, dans ce cas même, se livrer aux persécuteurs. (Can. xiu).

4. Epist, XIII, ad Clerum, de his qui ad pacem festinant, § 4. Cf. Pétri Alexandrini, Canones, viii, avec les commentaires de Balsamore et de Zonare. L'histoire des martyrs de nos jours montre que la liberté de s'offrir d'euxmêmes à la persécution est encore concédée aux apostats. {Vie de Théoph. Vénardy 3« édition, p. 277).

venus sur Tàge des persécutions, nous ne savons ce que le libre arbitre laissé à Tesprit de chacun, dans un temps où les hérétiques mêmes prétendaient avoir leurs martyrs *, avait pU; avait dû enfanter de traits imprévus et bizarres; mais, s'il nous est permis d'imaginer, par la comparaison d'une époque voisine, le degré que la témérité a pu atteindre en cette matière, l'histoire du iv* siècle nous montrera une fois de plus combien une règle définie avait été indispensable.

Sur cette même terre d'Afrique où le poëte Commodien avait autrefois dû chercher à tempérer la passion du martyre \ s'éleva une hérésie puissante, celle des Donatistes, dont quelques adhérents devaient porter à un excès étrange le désir de mourir en victimes.

C'étaient les Girconcellions .

Les martyrs avaient, se disaient-ils, péri de mort violente ; c'était donc devenir un des leurs que de mourir comme eux. Sortir violemment de cette vie, tels devenaient dès lors leur visée et leur rêve. Il nous faut certes la masse des témoignages que nous ont transmis les anciens pour croire à une telle folie. Les écrivains sacrés, les conciles, nous en disent l'étendue et les fureurs \

Ainsi que des démons déchaînés, les Girconcellions parcouraient la province, répandant partout la terreur; parfois, dans les fêtes païennes, ils venaient braver les assistants, pour se faire tuer par eux ; mais ces insultes faites à des ennemis du Christ n'étaient pas ce qui, dans leur pensée, devait leur faire gagner le ciel ; do quelques mains qu'ils périssent, que ce fût par l'ordre d'un magistrat ou dans quelque rencontre, quelque lutte provoquée à dessein, par le suicide môme, ce trépas les faisait saints et leur bizarre croyance troubla longtemps le repos de l'Afrique. Se jeter à

1. Passio s. Pionii^ § ii {Acla sine. p. 145) ; Euseb. H. E, V, xv, xvj, xviii . Mari. Pal. x ; Conc. Laod. c. ix, etc. '

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