Inslr. Lxii, Martyriuin volenti
3. S. Augu8t. Epist. CLXXXV, c. m, § 12, Bonifalio ; Conlra Gaudeni. i, 28 ; De unilale Ecclestœ^ xix, 50 ; De hœresib. c. lxix ; S. Optât, lib. III, p. 57 : Philast. De hœres. c. lxxxv ; Paulus, De fueres. c. xui ; Conc. Carthagin. u can. 2, etc.
ET LE ZÈLE TEMERAIRE 13i
la mer y se brûler vif comme Tavait fait autrefois le philosophe Peregrinus, telle était, pour quelques-uns d'entre eux, la voie du céleste bonheur ; mais c'était par troupes entières qu'ils couraient se précipiter du haut des roches ; pauvres fous qui, selon le mot d'un ancien, agissaient poussés par le démon, qui autrefois avait dit au Seigneur : « Précipite-toi « du haut du temple ^ »
Il était encore, pour ces hommes, d'autres moyens de chercher la mort : soit à prix d'argent, soit par violence, ils obtenaient que quelqu'un les frapp&t. Théodoret raconte, à ce sujets un fait singulier : « Un jour, dit-il, des Circoncellions « rencontrèrent et entourèrent un jeune homme résolu ; ils « lui présentèrent une épée nue, lui ordonnant de les égorger t s'il ne voulait être tué lui-même. — Je crains, leur objecta « celui-ci, qu'en voyant tomber quelques-uns des vôtres, vous « ne changiez de sentiment et que vous ne me punissiez de « vous avoir obéi. Laissez-moi donc vous lier d'abord, et je « consentirai à vous frapper. Ils Técoutèrent, et, aussitôt que « le jeune homme les eut attachés, il les chargea de coups de t verges et les abandonna, sauvant sa vie sans verser le sang t de ces malheureux '. *
Ce fut contre les Circoncellions que le grand évèque d'Hippone dut si souvent redire ces sages paroles : martyrem non facit pœna sed causa ^ Leur persuasion était ailleurs ; une foule grossière honorait, comme autant de soldats du Christ, ces hommes tombés victimes de leur propre folie ; on fêtait le jour de leur décès, de même que faisait l'Église pour les na/aliiia des martyrs, et, afin qu'entre les vrais fidèles et les sectaires Tassimilation fût complète, on retrouvait chez ces derniers une grossière parodie de cette préparation au martyre dont j'ai tenté ailleurs de faire revivre les traits *.
i. s. Petrus Chrysol. Sermo XIII De jejunio et tentât. Christi ; Cf. S. August. Epist, CLXXXVy Bonifatio, c. ui, n» 12.
2. Hœrelic, fab, lib. IV, c. vi, de Donatistis (t. IV, p. 239).
3. Serm. CCLXXV ; CCLXXXV, § 2 ; CCCXXVII, § i ; CCCXXXI, § 2 ; CCCXXXV, § 2 : Episl. LXXXIX, § 2 ; CVIII, c. v, § 14 ; CCIV, § 4, etc.
4. Suxvo\ yotp ix toutcdv icapaicXTja^CÉi; xoTc çaatavoTc opviat ntavOlvTSç. (Théodoret. îoc, cit. Cf. ci-dessuB, p. 119.
Voilà à quels excès étranges une ardeur inconsidérée, le mépris des lois de la discipline, pouvaient entraîner les masses. Aux yeux de ces infortunés, les textes saints euxmêmes autorisaient et commandaient un pareil sacrifice. Razias, disaient-ils, n'a-t-il point péri volontairement? Ne s*est-il pas frappé d'un coup d'épée, puis jeté du haut d'une tour^ et n'a-t-il point enfin^ obstiné à mourir, arraché luimême ses entrailles * ?
 Tâge des persécutions païennes, la fièvre furieuse des sectaires africains n'avait point, à coup sûr, saisi les fidèles ; mais la répétition même, en des temps, en des lieux éloignés, de la règle édictée par TÉglise, suflirait à montrer, à défaut d'autres preuves, que les sages prescriptions ne furent pas toujours obéies, et que plusieurs, parmi les fils du Christ, se regardaient comme maîtres absolus de leur résolution et de leur sang ^ Ce qu'ils alléguaient pour le prétendre et pour chercher le combat, les documents parvenus jusqu'à nous ne me paraissent pas le montrer nettement. Nous sommes loin en effet de posséder, sur les questions mômes les plus brûlantes qui s'agitèrent à l'âge héroïque de l'Eglise, des renseignements précis et étendus ; mais, si, nous reportant à une époque qui vit reparaître cette controverse, nous en étudions les éléments, nous pouvons y retrouver des données qui ont ici leur importance.
Lorsqu'au ix" siècle les Arabes persécutèrent les chrétiens d'Espagne, on vit renaître parmi ces derniers le désaccord des anciens jours. Cette passion de souffrir pour le Christ qui avait autrefois saisi les fidèles, reparut chez leurs fils plus vivante que jamais. Alors se débattit, comme autrefois sans doute, la question de savoir si le chrétien devait ou non s'exposer au péril; le mérite, le droit des victimes volontaires, furent ardemment attaqués et soutenus ; on allégua, suivant