EN PRISON
le soldat du Christ porte avec lui un éclatant flambeau * ; le cachot s'illumine à sa venue de tout le rayonnement de TEsprit saint ^
Ainsi parlait-on aux grands jours du combat ; mais, après l'heure du triomphe, la légende apparaît et le tableau change. Ce que les anciens imaginaient par un effort extatique de l'àme, prends corps et se transforme en une réalité merveilleuse. Je rappellerai plus loin les textes où les Pères de l'Église, montrant dans toute son infamie la fureur des païens, nous disent les chrétiennes violées lorsqu'elles refusent de sacrifier aux dieux. Des écrivains contemporains des persécutions, Tertullien, saint Cyprien, Eusèbe, parlent avec douleur de cet outrage contre lequel il n'est qu'un seul rempart, la mort, libératrice des vierges en péril. Dès la iin du quatrième siècle, quand vient le goûtd amplifier les vieux témoignages si grands dans leur sincérité, quand des narrateurs de seconde main s'appliquent à exalter la gloire des martyrs, il n'en est plus ainsi. L'épouvantable dessein des idolâtres n'a pu, disent-ils, s'accomplir. Nulle d'entre les chrétiennes n'a subi une indigne violence ; la main de Dieu s'est étendue sur elles et des miracles les ont gardées sans tache'. Dans les relations de basse époque qui nous montrent les martyrs en prison, se produit un trait de môme nature. Ce n'est plus la vertu de la foi qui dissipe, pour l'âme du captif, l'obscurité, l'affreuse odeur ; c'est la venue d'un envoyé du ciel apparaissant, comme les déesses païennes, dans le rayonnement d'une atmosphère embaumée \ Ainsi disent, avec d'autres, le poète Prudence ' et l'auteur d'un récit, précieux d'ailleurs, celui de la Passion de saint Mammaire : • Quand les chrétiens, y lisons-nous, furent enfermés dans « le cachot inférieur, un ange de Dieu leur apparut ; une
1. Passio 8S, Jacobi, Mariani, § VIII {Acla sincera^ p. 227).