Chapitre XXIV
6. Grabe, t. I. p. 114. Ce trait est également noté dans la pièce donnée par Surius d'après Métaphraste (§ 12)^ et dans celle que Ton attribue à Basile de Séleucie {vol, ci/., p. 271).
Ig LES ACTES
no contribuait pas à accuser l'antiquité des sources auxquelles a puisé le narrateur. Je me suis adressé, en conséquence, à notre» savant confrère M. Ileuzey, dont les études sur le costume romain et grec sont si ingénieuses et si fécondes, et je dois îi son obligeance une note que je m'empresse de transcrire :
" Le passage dos Actes de sainte Thècle sur lequel vous avez attiré mon attention montre, de la part de l'auteur, une coiinaissanco très exacte et très familière du costume des anciens. Il peut sembler impossible, avec le costume moderne, qu'une femme, par quelques points de couture, ^4^992, et i^rAco h une légère modification dans la manière de se riîindn», rn^mx^oi, transforme son vêtement en un habit d*lionimo. Kion n'était plus simple et plus facile chez les anciens : par un tr^s faible changement, une tunique ou^ikuv de femme pouvait devenir un kizvtiùrriÇ ou tunique de dessus à l'usage des hommes.
« Les tuniques dos anciens n'avaient aucune coupe ni forme particulière : c'étaient de grands rectangles d'étoffe détachés du métier; on les pliait sur l'un des côtés, on' les cousait généralement de Tautro, puis on les agrafait à la partie supérieure, de manière à laisser trois ouvertures pour la tète et pour les bras. L'application de la ceinture suffisait ensuite pour ajuster celle sorte de fourreau sur le corps et pour lui donner la grâce que l'on remarque dans les monuments antiques. Pour les hommes, la pièce d'étoffe était plus courte et ne descendait ordinairement qu'à mi-jambe; pour les femmes, elle était plus longue et tombait jusqu'aux pieds. Mais lorsque les femmes désiraient avoir plus de liberté dans leurs mouvements, elles n'avaient qu'à tirer la tunique audessus de la ceinture pour se retrousser autant qu'elles le voulaient. Il se formait alors à la taille un repli qui retombait jusque sur les hanches et que Ton assujettissait d'ordinaire à Vaide d'une seconde ceinture. La femme ainsi ajustée était dit** '^^ "atin succinta, en grec à^/aïwŒaixivr,, ce qui est justemer ssion de votre texte. C'est l'accoutre-
ment clas? it^es de Diane; vous le voyez dans la
Diane à la biche ou dans celle de Gabies. Seulement, le vêtement disposé ainsi trahissait la modification qu*il avait subie. Mais supposez que le repli, au lieu d'être rabattu en dehors^ soit cousu en dedans, ce travail sera aisément dissimulé sous la ceinture et transformera la tunique longue en une lunique courte. Voilà pourquoi votre héroïne chrétienne a dû recourir à l'aiguille pour parfaire son déguisement, et son costume s'est trouvé ainsi modifié suffisamment pour que la jeune fille ait pu être prise, à la rigueur, pour un jeune garçon.
c< Je pense, mon cher confrère, que ces rapides explications vous convaincront, comme moi, que le passage en question de la vie de sainte Thècle appartient à une époque où le costume antique était encore porté dans sa simplicité première. Les termes employés par Tauteur sont les expressions techniques rigoureuses du costume gréco-romain et ne trahissent encore aucune de ses modifications à Tépoque byzantine. Le mot eicevSuTr^, dans le sens de tunique, était commun et même vulgaire à Tépoque du grammairien Pollux {Onomasticon ^ VII, 45). Il y a là, d'ailleurs, des détails précis qui ne peuvent s'expliquer que par une expérience encore toute pratique de rajustement comme Tentendaient les anciens. »
Je devrais m'arréter ici, après avoir fourni parcettenotesi savante et si claire une preuve importante à invoquer en faveur de l'antiquité du texte qu'a suivi l'auteur des Actes de sainte Tnècle. On me permettra cependant d'aller au-delà et de chercher, dans l'histoire même des persécutions païennes^ un autre élément de démonstration.
Deux phases différentes ont marqué ces poursuites.
Aux premiers âges, le fait seul d'être chrétien entraînait un arrêt de mort. Saint Justin ^ Athénagore ', TertuUien ' le constatent et en font reproche aux persécuteurs ; puis la rigueur se tempère, et un rescrit d'Antonin ordonne de laisser en paix les fidèles qui n'auront rien commis de reprochable au point