DANS LA SOCIKTK PAÏENNE
C'est la crainte, nous dît Tertullien, qui, lors de la convention, et devant une pareille formule, a fermé la bouche du fidèle; une même faiblesse dont, bien longtemps après^ saint Augustin s'afQige de rencontrer les marques *, le fera venir aux solemnités païennes ; sacrifices, festins sacrés, jeux du cirque où le populaire crie si souvent : « mort aux chrétiens ! » * C'est pour ne point s'exposer aux violences d'une foule irritée qu'aux jours de fêtes publiques, il illuminera sa porte et l'ornera de lauriers ^
La terreur ne le poussera pas seule à des actes que réprouve sa croyance. Des artistes, des ouvriers se sont ralliés à la foi du Christ; sculpteurs, peintres, graveurs, applicateurs de stuc, ciseleurs, modeleurs, doreurs, brodeurs, ils travaillaient à faire, à décorer les images des faux dieux. « Pouvons-nous, disent-ils, renoncer au métier qui nous donne du pain? Faire de vains simulacres, ce n'est point leur rendre un culte »; et quelques-uns y persistent, même après avoir reçu les ordres sacrés*. Contre les écarts des artistes, des ouvriers, rÉglise multipliait ses leçons et ses conseils, a Cessez de telles œuvres, leur disait-elle, si vous ne voulez perdre vos âmes. Contraints de vivre avec les païens, devons-nous donc périr avec eux? D'autres travaux ne vous manqueront pas, plus souvent demandés et plus faciles : citernes et terrasses à enduire, modèles d'architecture à dessiner, dorure d'objets usuels; il sera plus aisé de fabriquer un meuble ou quelque vase de métal, que de sculpter ou de fondre une statue de Mars )) '.
Comment professer les belles-lettres sans enseigner les noms des dieux, leurs généalogies, leurs attributs, leurs
chrélienne, ce serment promissoire se prête alors « invocato Domine Dei omnipotentis ». (C. 8, De pactis et transactionlbus, Cod, Theod.j II, ix).
1. Sermo LXII, De verbis Matthaei, 8, c. 5 : « Majoris alicujus mcturecumbentes in idolio »,