Acta sincera^ p
>i6 LES GRANDS SUPPLICES
étaient chargés de les exciter ^ Ce qu'était le jeu abominable qui consistait à exposer un condamné nu, immobile et sans défense à des monstres qu'attaquaient des hommes armés, j'ai cru pouvoir le comprendre en me rappelant l'un des spectacles ordinaires dans les arènes d'Arles. Introduit dans le cirque, un taureau est harcelé par une poignée de jeunes hommes courant, voltigeant autour de lui, s'échappant dès qu'il croit pouvoir les atteindre. De tous ces ennemis, un seul lui parait saisissable, et contre lui tourne toute sa fureur. C'est un mannequin lesté par la base et qui se redresse dès qu'il est renversé. La joie est grande à voir l'animal s'acharnant sur ce fantôme toujours debout, tandis que des assaillants le frappent et s'enfuient; elle ne devait pas être moindre chez des hommes avides de réalités sanglantes, alors qu'aux temps antiques les bêles affolées et tenues en respect par les veiiatores assouvissaient leur rage, non sur Tombre d'un adversaire, mais sur un malheureux criant et se tordant sous leurs atteintes.