‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 218 sur 307 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Les martyrs chrétiens et les supplices destructeurs du corps

Parmi ceux qui ont étudié les Actes des martyrs chrétiens, quelques-uns se sont arrêtés à un fait digne de remarque par sa fréquente reproduction. Des auteurs de livres sur la magie, et entre autres Delrio, se sont demandé comment des saints jetés dans les flammes, dans les flots, livrés aux bétes féroces, ont été, par une grâce d'en haut, soustraits à ces terribles dangers, tandis que la protection divine leur a manqué dès que leurs boureaux les ont frappés avec le fer *. Un demisiècle plus tard, Thomas Ilurtado revient sur ce point et conclut, avec Delrio, que le sacrifice des martyrs s'est accompli sous cette dernière forme parce que le glaive est Tinstrument ordinaire et régulier de la justice *. En 1757, un prêtre italien, Barufl*aldi, consacre au même sujet une interminable dissertation et se range à Topinion ancienne, en ajoutant que le fait signalé s est produit par la volonté de Dieu ^ « Mais

1. Delrio, DUquisition. magie, I. I. q. 21. Éd. de 1604, t. I, p. 186, 187.

2. P. Th. Hurtado, Resoluliones orlhodoxomorales de vero martyrio^ p. 144. Resol. XXXV, sect. ix.

3. Nuùva raccoUà d'opuacoli scientifici e filologici. Venezia, 1737, p. 255-355, Dél eolpo di spada o qualunque ferro lagliente non mai vanno o fallace nel dêcafitarê o dar la morte a i martiri di Cristo,

r*i LES MARTYRS

idolâtres exigeait quelquefois un autre effort; ceux qui se résignaient à périr sur le bûcher, dans les flots, sous la dent des bétes féroces, devaient s'armer devant la mort d*une résolution plus ferme.

Aux yeux de la foule, en effet, l'anéantissement du corps venait en même temps faire obstacle à la résurrection promise, à la future béatitude. En vain, le Seigneur avait dit : « Ceux qui peuvent tuer le corps ne sauraient tuer » Tàme, » Tétrange persuasion dont je parle était eutrée^ et pour longtemps, dans l'esprit de la masse des fidèles.

Les anciens âges lui avaient légué, en cet endroit, de sombres terreurs. Répandue chez les Israélites aussi bien que chez les gentils, l'horreur pour le défaut de sépulture régnait toujours dans les esprits, et la croyance aux malheurs appelés sur les morts par la privation du tombeau devait rester, si je puis parler ainsi, l'un des dogmes de la multitude.

Les cadavres des maudits étaient abandonnés sur le sol, livrés aux injures de Tair, à la voracité des bêtes sauvages; ainsi avait-il été fait pour Joachim, pour Jézabel et plus tard pour saint Etienne accusé de blasphème*. Vingt fois, l'antiquité classique nous montre errantes et tourmentées les âmes des morts restés sans sépulcre, Elphénor, Patrocle, Palinure, Crassus, Architas et tant d'autres *. Jusqu'au jour où les derniers devoirs furent rendus à Caligula, la maison où il avait péri resta troublée de bruits épouvantables '; Pline, Lucien et avant eux le vieux Plante parlent de fantômes apparus pour demander un tombeau ^ A ceux qui n'avaient point obtenu IsLJusla sepuUura^ le passage du Styx était fermé, et, durant un siècle, leurs ombres erraient désolées sur ses rives ^.

1. Jerem. xxii, 18 ; xxxii, 30 ; IV. Heg. ix, 10 ; Episl, s. Luciani de révélalione corporis Stephani martyris primi, § 3. (S. August. éd. Beoed. t. VU, appendix).

2. Odyss. XI, 73 ; Iliad. XXIII, 71, Virg. ^n. VI, 337 ; Lucan. Phars, I, 11 ; VIII, 392, 393 ; Horat. Od. I, xxviii.

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