‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 219 sur 307 · ET LES SUPPLICES DESTRUCTEURS DU CORPS · texte numérisé non relu

ET LES SUPPLICES DESTRUCTEURS DU CORPS

Aussi élait-ce un crime irrémissible que de ne pas ensevelir, suivant les rites accoutumés, ceux que venait de frapper le trépas. Le prestige môme de la victoire n'avait pu sauver les généraux coupables de n'avoir pas relevé les corps des Athéniens tombés dans le combat des Arginuses* ; et, plus tard, un autre navarque, Ghabrias, laissait volontairement échapper les fruits d'un succès militaire pour recueillir et ensevelir ses morts *.

Les criminels seuls devaient être privés du repos de la tombe ; les corps des traiires, des ennemis de la patrie, des grands coupables, étaient ignominieusement abandonnés, et parfois même l'humanité des Romains recula devant l'application d'une pareille rigueur'.

C'était déjà trop, semblait-il, qu'un sort impitoyable condamnât les naufragés à rester sans sépulcre. Sous cette forme, la mort apparaissait plus redoutable et plus horrible; devant elle, les anciens ne trouvaient qu'un seul et même cri de terreur. Être la pâture des poissons, perdre l'espoir de la sépulture qui assurait le repos éternel, c'était là un sort que le plus grand nombre ne pouvait envisager sans trouble. Exilé, résigné à tout souffrir, Ovide, au milieu d'une tempête, s'écriait : « Je ne crains pas de périr ; mais je crains la fin « terrible qui me menace. Que j'échappe au naufrage et jesa- « luerai le trépas comme un bienfait. On se console du moins, o en expirant, d'abandonner son corps à la terre, de laisser ses « restes à qui vous aime, d'espérer un sépulcre et de ne pas '< être jeté en pâture aux monstres de la mer*. »

Obtenir un tombeau pour sa dépouille, tel était le vœu, le but suprême. En racontant un accident de mer dans lequel il a failli périr, Synésius nous introduit au milieu des voyageurs affolés, t Tout à coup, dit-il, quelqu'un s'écrie qu'il faut se

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