Trist. l, 11, V
2r,A LES MARTYRS
« mettre au cou le peu d'or que l'on peut avoir ; on obéit, cha- (c cun s'attache ou For ou les objets de prix ; les femmes se « préparent et distribuent des cordonnets à qui en manque. « G*est un usage qui a sa raison d'être. Le cadavre du naufragé « doit porter avec lui le prix de sa sépulture. Celui qui ren- « contre le corps sur le rivage et profite de cette trouvaille ^< redoutera la colère céleste, s'il ne rend à qui Ta enrichi une « faible part de ce qu'il en a reçu. C'est dans cette pensée que « se disposent tous mes compagnons d'infortune *. »
Synésius n'est pas le seul qui nous renseigne en cet endroit. Une lettre d'Alciphron rapporte l'entretien de gens qui ont vu du rivage les fureurs d'une mer agitée. « Attendons », dit Tun d'eux, « que la tourmente s'apaise et que leciel redevienne a serein ; nous irons visiter la grève, et, si les vagues y ont jeté " le corps de quelque naufragé, nous l'ensevelirons suivant « les rites. Immédiate ou non, la récompense d'un tel acte de « piété est certaine ; sans parler des objets de valeur qu'on « espère rencontrer et recueillir, le sentiment du devoir « accompli satisfait et relève les cœurs *. »
Avec la crainte d'être privé du bienfait de la sépulture, une autre pensée troublait encore les malheureux menacés de périr dans les flots. Vaguement indiquée dans un passage où Philon explique comment l'homme doit vivre et mourir dans son élément ', elle est nettement développée par des écrivains d'un âge postérieur. Homère, disait Servius commentant une exclamation d'Énée, Homère enseigne que le trépas des naufragés est chose horrible ; car l'àme est de feu et s'étein pour toujours dans l'élément qui lui est contraire *. La scène de la tempête décrite par Synésius témoigne de la même croyance : « Je l'atteste, dit-il , par la divinité que vénère la phi-