Adversus Flaccum. Ed. Mangey, t. Il, p
4. In jEneid. 1, 98 ; « Ingemil^ uon propter mortein ; sequitur auioni ter « quaterque heaii ; sod propter mortis genus. Grave est enim, secundum, <« Homerum, perirc nduTragio, quia anima ignea et extingui videtur in mari M id est in elemento contrario. »
ET LES SUPPLICES DESTRUCTEURS DU CORPS ûol
« losophie, je ne pouvais, devant un tel péril, me défendre de « songer à Homère; peut-être, pensais-je, il a dit vrai lorsqu^il « explique que Tàme des noyés périt avec eux. » Parmi ceux qui montaient le même navire, Synésius n'était pas seul à éprouver une pareille crainte ; des soldats, ses compagnons de voyage, tirent à la fois leurs épées. o Je les interroge, pourri suit-il; ils me répondent ique, dans un naufrage, mieux vaut « jeter son àme au vent que de la perdre au fond des mers ; « c'était penser instinctivement comme le poëte, et je les en *< approuvai*. »
Le dieu de la philosophie que prend à témoin Synésius, n'aurait point, je pense, applaudi aux secrètes émotions de son adepte. Depuis longtemps les philosophes avaient cherché à réagir contre les terreurs du vulgaire. Un hémistiche de Virgile, un vers de Mécène, un autre de Lucain, un texte de Pétrone montrent que tous n'acceptaient pas un semblable préjugé*. Sénèque écrivait ces paroles dignes d'être prononcées par une bouche chrétienne : « L'àme divine, prête à sortir du « corps, ne s'inquiète pas de sa dépouille. Qu'importe que « ces restes disparaissent par le feu, soient recouverts de terre « ou déchirés par les bêtes sauvages? Celui qui ne tremble icia bas devant aucune menace ne craindra pas pour son corps « inanimé les fureurs qui, pendant la vie, ont été impuissantes c< à l'émouvoir. Je ne redoute ni l'abandon de mon cadavre, ni « les crochets infâmes qui pourraient le traîner '. »
Vains efforts de la philosophie contre d'instinctives terreurs; Ovide, Virgile, Horace, Properce, Philon, Synésius avant sa conversion au christianisme, de nombreuses pièces insérées dans l'Anthologie grecque en attestent la persistance*, et une révolution profonde pouvait seule les atteindre dans leur base en jetant dans le monde d'autres idées sur la destinée de l'âme immortelle.
i. Episl cil.
2. ^n, II, 646; Senec. Episl. XCll\ Luc. Phars. VII, 723; Petron. Salyr, CXV; cf. 8. AuguBt. Civ. Dei, 1, xii in fiue.
3. Episl. XCII. Voir sur ce thème des philosophes, Lactance, //i5(. div. VI, xii.
4. Cf. ci-dessus pour Ovide, Virgile, Horace, Philon et Synésius ; Propert. 111, VI, V. 9 ; Anlholog. grœca, Sepulchralia, n»* 265 et suivants.
l'^is I.KS MARTYRS
Il était donné au christianisme d'accomplir cette œuvre (iitRcile ; mais la lutte devait être longue; avant de disparaître à jamais, le tenace préjugé des anciens devait se déplacer et revêtir une forme adaptée aux idées nouvelles.
Avec les doctrines chrétiennes s'évanouissent la crainte du Styx infranchissable, des rigueurs de Charon, vieilles fahles dont s'étaient égayés les philosophes*. Mais une secrète inquiétude succédait aux terreurs des païens ; détruit par une mort violente, le corps ressusciterait-il? sa disparition ne mettrait-elle pas au néant la récompense promise? Le chrétien renaît pour que son être participe tout entier au jugement ; si le corps ne sort point du tombeau, Tàme ne peut recevoir la couronne ; elle est exclue à tout jamais de la béatitude céleste *. Telle était la doctrine enseignée par les Pères, et Tune de ses applications, à coup sur les plus inattendues, est fournie par un texte de Lactance non signalé jusqu'à cette heure. Dans la pensée de Técrivain, la règle dont je parle s'était étendue jusqu'à Jésus lui-même. « Si le Seigneur a accepté, dit-il, le « supplice de la mise en croix, c'est que son corps devait rester « entier et que la mort, sous cette forme, ne mettait pas obs- ^< tacle à sa résurrection ^ » Comment donc espérer se soustraire à la loi subie par celui dont la mort, le séjour aux lieux sombres, la résurrection, étaient le type de nos lins dernières ^?
Le début de la Cilé de Dieu nous montre quel lien étroit la masse des fidèles établissait entre la conservation du corps el
1. Cic. Tu.^cuL 1, 0, 6; Senec. Epist. XXIV \ Juvcn. Sat, II, v. 149-152; cf. S. August. De cura pro mortuls gerenda^ c. i et ix.
2. Tertull. Apolog. XLVIII : <« Kalio restitiitionis def^tinatio jiidicii est. » cf. De animUf IV; S. Chrysopt. Homil. XXXIX ifi Epist. I Cor. § 3. Kl yâp où âvîoraTii TO <7(T)(xa(, â<7TefdÉvro":o; f, 'j'u/y, (livii ïltù tt,; |iax3t;>t6Tr,To; èxEivr,; tt,; ev oCipavoî;.
3. Inslit. div. IV, xxvi : « . . . L't inlejn^rtim corpus ojus conservarctur quiini " die tertio resurgerc ab inferis oportobat, etc. >»
4. S. Iren. V, xxi, 3 ; S. Greg. magii. In Ezech. 1. Il, Hom, VllI, § 5 ; cf. Inscriptions chrétiennes de la Gauie, t. II, p. 397.
ET LKS SUPPLICES DESTKLCÏELRS DU CORPS i.il*
sa reconstitution future. Un terrible désastre avait fondu sur Rome ; les hordes d'Alarîc venaient de la couvrir de sang et de ruines ; des milliers de cadavres avaient été abandonnés sans sépulture. Ecoutons les enseignements donnés par l'évêque d'Hippone à ceux que troublait ce dernier malheur ; « Com- « bien de chrétiens, me dira-t-on, n'ont pu, dans cette «f tourmente, être mis au tombeau. C'est là ce qu'une foi pieuse « ne saurait guère redouter, car il est écrit que pas un cheveu « de notre tête ne périra, et les bêtes qui dévorent un cadavre « ne sauraient l'empêcher de ressusciter. La Vérité ne dirait M pas : « Ceux-là qui tuent le corps sont impuissants à tuer w Tâme, » si ce que l'ennemi peut faire des restesde ses victimes « était un empêchement à l'autre vie. Dieu nous garde de ré- « voquer en doute ce qu'a dit la Vérité ! Le sol n'a point re- « couvert un grand nombre de chrétiens égorgés ; mais nul « d'entre eux n'a pu être séparé du ciel et de la terre que rem- « plît de sa présence celui qui sait d'où la créature doit être « rappelée pour la résurrection. Les gentils ne peuvent insulter « auxchrétiens demeurés sans sépulture, car il nousest promis « que non-seulement la terre, mais tous les éléments dans le a sein desquels le corps serait confondu, le rendront à la vie « éternelle, quand viendra le jour fixé par le Tn'^s-Haut*. »
Je dois le rappeler ici : annoncé autrefois à Athènes et accueilli par les railleriesdes idolâtres, le dogmede la résurrection fut de ceux que les chrétiens acceptèrent le plus difficilement. L'intelligence d'un tel mystère exigeait, écrit Origène, une culture de Tesprit qui n'appartient qu'au petit nombre'; ignorants et païens se rencontraient, en cette matière, dans une même objection '. Du camp de ces derniers venaient en foule des interrogations bizarres et captieuses : « Les enfants non venus à terme renaitront-ils comme les autres ? Sera-t-on tous de même taille, tous également maigres ou corpulents? Revien-