‹ Les persécuteurs et les martyrs aux premiers siècles de notre èreChapitre 270 sur 307 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Recherches sur les bourreaux du Christ ^

Les documents réunis dans le chapitre qui précède visent un point important de Thistoire des procès criminels. J'ai tenté d'y faire voir que l'exécution des accusés légalement condamnés était confiée aux apparitores^ agents groupés autour du magistrat et spécialement attachés au service de son tribunal. Afin de mieux connaître la condition de ces fonctionnaires, j'ai dii chercher dans des âges plus anciens, comme dans les temps qui ont suivi le triomphe de TEglise, l'origine et le rôle de Vapparilio. La réunion des renseignements fournis par cette élude d'ensemble m'a montré qu'au point de vue qui m'occupe, le système n'a pas varié ; que, depuis les premiers âges de Rome jusqu^aux derniers temps de l'Empire, la charge de mettre à mort les malheureux déférés au juge criminel a toujours incombé aux mêmes agents.

Et pourtant, si nous devons suivre l'opinion accréditée depuis quatre siècles, la plus célèbre des exécutions^ celle de

I. Je dois, en reproduUant ce mémoire, avertir, comme je Tai fait dans te chapitre précédent, que mes conclusions ont été vivement combattues par un vénérable confrère, M. Naiidct, dans quatre notices dont la première figure dan4 les Mémoires de L'Académie des inscriptions (T. XXVI, 2« partie, p. 151).>0n trouvera plus loin llndication des trois autres.

Notre-Seigneur Jésus- Christ, aurait été confiée à un détachement de l'armée. Isolé au milieu de tous les autres, un pareil fait m'a semblé difficile à admettre, puisque le Christ a été crucifié entre deux malfaiteurs vulgaires, c'est-à-dire dans les conditions communes. J'ai donc cru qu'il ne serait pas inutile de faire ressortir cette exception, en plaçant sous les yeux du lecteur quelques-uns des éléments qui m'ont amené à la reconnaître. Tel est le but de mon mémoire.

Des soldats de Pilate ont, dans le prétoire, accablé d'outrages Notre-Seigneur; ils l'ont ensuite mené au supplice, se sont partagé ses vêtements, l'ont mis en croix et sont demeurés au pied de l'instrument de mort jusqu'à ce que leur grande victime ait rendu Tàme. Ces soldats formaient une cohorte, et un centurion figure parmi ceux qui furent chargés d'exécuter la sentence.

Voilà ce que rapporte l'Evangile, et, pour les exégètes modernes, Yatable, Baronius, Grotius, dom Calmet, Strauss et tant d'autres, les livres saints parlent ici d'une cohorte de l'armée. Aucun doute ne s'élôve chez les commentateurs du Nouveau Testament, et, à l'heure où nous sommes, l'Evangile sert à établir que les soldats romains, descendant, en vertu de la loi, au métier de bourreau, mettaient à mort les condamnés et s'en partageaint les dépouilles.

Au commencement du XVIP siècle, pourtant, un savant jurisconsulte, Panciroli, dit, en passant, que les bourreaux du Christ devaient avoir été des agents de la cohorte spéciale qui entourait les gouverneurs de province*. Cent ans plus tard, un théologien, Hyacinthe Serry, mentionne et soutient une opinion d'après laquelle le Seigneur aurait été flagellé et crucifié par des esclaves publics *. C'était la reproduction

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