La Salle des martyrs^ p
:m LES MARURS de LEXTRÊHE-ORtENT
SOUS les youx du lecteur, le libelle des Faits authentiques raconte, au sujet de Tancienne fablc^ le trait suivant qui fera connaître la perfide habileté de ce ramas d'anecdotes imaginées pour frapper le vulgaire.
« Au temps des Ming, beaucoup suivaient la religion du « Seigneur du GielMl y avait cependant un homme distingué, « nommé Où, qu*on n'avait jamais pu amener à cette secte. « Un |)rétre tenta de l'attirer par Tart de monter au ciel. « (iCt homme lui dit: Si je n'y vais pas maintenant et ne «< vois ce lieu céleste, je ne croirai jamais. Le jour suivant, « le prêtre revint pour le conduire au ciel. Tous deux étant » donc sortis ensemble de la maison, semblaient voler en t< Tair. Bientôt ils arrivèrent dans un lieu très agréable^ tel « qu'on n'en peut trouver en ce monde. Ils entendirent les « chants de voix divines et une musique céleste ; ils virent « de si grandes merveilles qu'ils ne pouvaient se résoudre c à revenir. Mais tout à coup une voix se Tit entendre, disant « à cet homme appelé Où : Veux-tu dunc^ toi aussi^ embrasser « celle secle diabolique? Il reconnut la voix de son père u défunt. Aussil()L comnie se réveillant au milieu d'un songe, M il ne vit plus personne, pas même le prêtre qui l'avait • accompagné. •>
Voilà, parmi tant d'autres qu'on ne peut rappeler, quelques-uns des traits imaginés contre les chrétiens, contre leurs missionnaires, par des hommes dont les instincts méchants égalent la crédulité.
Les sorciers qui, par leurs tours d'adresse, vivent de la simplicité publique, accréditent les rumeurs et attisent les colères. Le christianisme ruine leur prestige et, comme ces fabricants de petits temples de Diane (jui, devant la parole de saint Paul, tremblèrent pour leur industrie et excitèrent une émeute à Ephèse, les thaumaturges de l'Extrême-Orient crionl et tempêtent à l'envi contre les ministres de Dieu.
\ voi"^ )iYi}^ de la foi, secourables, confiants, géné-
I i;^ lé par les Chinois au christianisme.
reux, soucieux des droits de tous, à les entendre prier le Seigneur pour les mandarins cupides et cruels *, quelquesuns cependant parmi les idolâtres hésitent à accepter de si noires calomnies. Dominicains, Jésuites, Lazaristes, Sulpiciens, Marisles, humbles pn^tres des Missions étrangères, ces hommes dont le dévouement, le courage imposent à tous le respect, seraient-ils donc les monstres que prétendent démasquer les libelles ? A ceux qui les croient calomniés s'adressent des écrits spéciaux. L'un des plus curieux de ces livrets, répandu dans le Su-Tchuen, met en présence deux indigènes, un converti, un idolâtre; c'est le païen qui, dans leur dialogue, a naturellement le dernier mot *.
— « Si les Européens, dit le lidèle, sont si barbares et <c si immondes^ pourquoi le Ciel ne les extermine-t-il pas.
— « Par la même raison, répond le païen, qu'il n'exter- « mine pas les loups, les tigres, les panthères, quoique ces •< animaux fassent beaucoup de mal. Le Ciel est clément; « il fait naître les Européens et les conserve, comme il fait i< naître et conserve les bétes fauves ; les uns et les autres « nous sont très nuisibles.
— « Mais l'Empereur de votre vaste pays permet aux «< Européens d'y prêcher leur religion, d'y faire le commerce. « Êtes-vous donc plus sage que l'Empereur?
— « C'est vrai ; bien que les anciens Empereurs aient « défendu aux Européens de mettre le pied sur notre sol, « l'Empereur actuel le permet ; mais aussi, dans quelles « intentions? C'est afin que les barbares d'Europe, voyant « notre civilisation, quittent leurs mœurs sauvages et « embrassent notre culte. »
A côté de ces traits particuliers aux hommes de TExtréme- Orient, se montre une étroite ressemblance entre les paroles,