Les Missions calholiques^ janvier 1870, p
'6^-: LBS MARTYRS DE LEXTRÊMB-ORIENT
les actes des vieux polythéistes et ceux des nouveaux persécuteurs. Les accusations, les calomnies accumulées contre les missionnaires, contre leurs prosélytes sont celles qu'on se plaisait à répandre contre les enfants de TEglise primitive.
Toutes les calamités publiques, les invasions des mulots, des sauterelles, sont amenées, répèlent les idolâtres, par les méfaits et Timpiété des chrétiens. La magie pour ces hommes est une arme familière ; leur puissance de séduction est sans borne. En quelque lieu qu'ils se présentent, ils savent détourner les femmes. Malheur à celui qui les écoute ! Sa terre deviendra stérile ; la mort suivra de près le baptême *.
Ainsi revivent les erreurs, les mensonges des premiers siècles ; ainsi parlaient autrefois les païens irrités de voir Tàme de la femme s'ouvrant aux vérités de TËvangile ; ainsi disaient'ils, quand les tremblements de terre renversaient les cités^ quand les fleuves débordaient, quand la peste, la (aminc désolaient une contrée ; ainsi se plaignait l'idolâtre Clovis pleurant la mort d'un premier né qu'avait fait baptiser Clolildc -.
Les chrétiens, répèle-t-on encore, avec les païens des temps antiques, les chrétiens ont coutume de sacrifier des victimes humaines; ils vivent dans d'impures débauches; une promiscuité abominable règne dans leurs assemblées noc- Uirnes ; leur pensée est de dépeupler le monde en condamnant le mariage, en exaltant le célibat. Comme autrefois, les païens s'en irritent \ N'est-ce pas là, disent-ils, une religion perverse, et qui tend à délrnire la race humaine?
Une vierge du Christ est saisie à Kouy-Tchéou. C'est une
l. Les Missiofis catholiques, 187i, p. lll ; labbé Dourisboure, Les Sauvages Bah-Sars, p. 80.
i>. (iregor. Tiiron. Uisl. Franc. Vil, 29.
itius Kt'lix, Oclavius, c. viii et i\ ; Tertull. Apologel.^ c. vu ; Euseb. 1. V, c. i ; Acla s. Epipodii, ^ 4 ; Acla s. Pollioni.9^ § 2 (Ruinart« *a, p. 75 cl 40 i^- La Salle des martyrs^ p. 387; Libelles chinois Ùiens,
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fille indigène. « Abjure et marie-toi on meurs » lui ordonne le mandarin. — Non ! non ! dix mille fois non ! » dit-elle, el le bourreau lui tranche la tête. Ce fut ainsi que, suivant la tradition, résista et périt sainte Agnès, sommée d'accepter un époux *.
La rage autrefois déployée contre les apôtres du Seigneur, les évèques, les prêtres, ces « chefs de conjurés », comme parlait la loi romaine, nous la retrouvons dans ces pays lointains. Qu'importe la foule des convertis, si Ton peut atteindre les suborneurs ? Les missionnaires surtout sont recherchés, poursuivis, comme répandant une religion étrangère, et ainsi que le répètent les sentences de mort que Ton dirait copiées sur celles des proconsuls de Rome, leur supplice demeurera pour tous un exemple terrible et salutaire *.
Une secrète terreur pousse les idolâtres contre ces hommes dont la pensée demeure pour eux un mystère. Que demandent-ils? Quel dessein les anime? Ce sont des ennemis de l'Etat qu'ils veulent à coup sftr renverser.
Autrefois, raconte Hégésippe dans un passage conservé par Eusèbe, l'empereur Domitien prit ombrage de la famille de Notre-Seigneur. Il la fit comparaître devant lui, l'interrogea longuement sur ses ressources et ne se montra rassuré qu'en voyant les mains calleuses de ces hommes qui vivaient d'un pénible travail. Rien à craindre de ces humbles laboureurs. Mais, au moment de les congédier, une inquiétude lui vint encore : « Qu'est-ce que le règne du Christ, « leur dit-il? Qu'entend-on par ce mot? Quand ce règne « viendra-t-il? » Le puissant maître du monde tremblait devant une parole sortie de la bouche du fils d'un artisan '. Une même crainte agitait les romains, au temps de Marc-
1. La Salle des mariyrs, p. 430 ; Mamachi, Origines et antiquitates chrisfianœ, t. Il, p. 405.
2. La Salle des martyrs, p. 142, 170, 175, 242, 286, 312, 329, 332, 355. Acta s, Cypriani, § 4. (Ruiuart, Acta sincera, p. 217;,